La commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick, Shirley MacLean, réaffirme l’indépendance de son bureau après le jugement négatif exprimé à son égard par Blaine Higgs, mardi. Le premier ministre a toutefois des moyens de pression contre la fonctionnaire.

Blaine Higgs a jugé de façon très négative le Commissariat aux langues officielles en point presse, mardi soir.

Le premier ministre s’est interrogé sur l’utilité du traitement des plaintes du public au sujet du bilinguisme. Il a ensuite évoqué un éventuel transfert des missions de promotion et de sensibilisation de l’agent de l’Assemblée législative à un secrétariat du gouvernement.

«Le Commissariat aux langues officielles existe en vertu de la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick (LLO-NB), a réagi la commissaire aux langues officielles de la province, Shirley MacLean. Mon bureau relève de l’Assemblée législative, ce qui m’assure une indépendance du gouvernement.»

Elle a précisé que son rôle ressemble à celui des autres hauts fonctionnaires de l’Assemblée législative comme l’ombud, le vérificateur général et le défenseur des aînés.

«Je crois fermement en l’importance du travail que nous accomplissons», a conclu Mme MacLean, dans sa déclaration écrite.

Néanmoins, le Commissariat aux langues officielles est vulnérable.

«Le gouvernement pourrait essayer de modifier la loi pour abolir le poste créé en 2002, indique le professeur de droit émérite de l’Université de Moncton, Michel Doucet. Ça nous ramènerait à une période où il n’y avait aucun recours en vertu de la LLO-NB, adoptée en 1969.»

Il ajoute en revanche que l’article 16.3 de la Charte canadienne des droits et des libertés pourrait faire obstacle à une telle action.

«En cas de contestation judiciaire, le gouvernement devrait expliquer comment abolir une institution qui accorde des protections à la communauté minoritaire satisfait le principe de progression vers l’égalité [de statut ou d’usage du français et de l’anglais], précise-t-il. Je crois qu’il aurait énormément de difficultés à le faire.»

Le problème budgétaire

Le professeur agrégé de politique à l’Université Mount Allison, Mario Levesque, souligne que le premier ministre peut aussi geler ou réduire le budget des agents indépendants de l’Assemblée législative.

Le gouvernement a prévu de financer le Commissariat aux langues officielles à hauteur de 735 000$ durant l’exercice 2022 – 2023.

L’enveloppe était de 608 000$ en 2015 -2016 (en tenant compte de l’inflation), sous le gouvernement libéral de Brian Gallant.

«D’habitude, les premiers ministres ne se mêlent pas des agents indépendants de l’Assemblée législative, soutient M. Levesque. Avec ses commentaires, Blaine Higgs essaye de déstabiliser le Commissariat aux langues officielles et le met en danger.»

Le chef conservateur n’est pas le premier dirigeant de la province à critiquer ce bureau en public. En 2015, M. Gallant et son ministre Donald Arsenault ont fait des reproches à la commissaire aux langues officielles de l’époque, Katherine d’Entremont, pour sa gestion de l’affaire Wayne Grant (un agent de sécurité unilingue).

«S’il avait le choix, M. Higgs se débarrasserait de cet agent, s’alarme toutefois M. Levesque. Il ne peut pas faire ça, car il sait que les gens crieraient beaucoup. Il a un gouvernement majoritaire, il peut faire les changements qu’il veut. Mais s’il pense qu’ils peuvent nuire pendant les élections de 2024, il va juste rogner le Commissariat à la marge. C’est un calcul électoral.»

Un sondage de MQO commandé par le commissaire aux langues officielles et mené en 2021 auprès de 800 Néo-Brunswickois, montre que 81% de la population se prononce en faveur de la LLO-NB.

Si l’ensemble de cette majorité soutient aussi le Commissariat aux langues officielles, il l’aidera peut-être à se maintenir.

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle