Le ministère de la Défense nationale prévoit reprendre en février le déboisement de l’ancien champ de tir de Tracadie, propriété de la province du N.-B. depuis 1997.

Les travaux en question toucheront plusieurs «ARA», un terme désignant des secteurs où la présence de munitions non explosées (UXO) a été confirmée. En février et mars, 39 hectares (96 acres) devraient être nettoyés.

Andrée-Anne Poulin, une porte-parole de la Défense nationale, a indiqué, dans un courriel à l’Acadie Nouvelle, que son ministère devrait, lors des prochaines années, déboiser quelque 1300 acres «dans le cadre du plan de développement potentiel de parcelles de bleuetières de la province».

Ces travaux permettront «des travaux potentiels de développement futur tel que la récolte du bleuet sauvage ou des activités écotouristiques», a ajouté Mme Poulin.

L’ancien champ de tir, d’une superficie de 18 000 hectares (approximativement 45 000 acres), a été un terrain d’essai pour l’armée de l’air entre 1939 et 1994. Vers 2000, des consultations publiques avaient été tenues et l’idée d’y développer des bleuetières fut alors proposée.

S’il n’a pas infirmé ou confirmé les intentions de la province, Nick Brown, l’agent des communications du ministère provincial d’Agriculture, Aquaculture et Pêches, aura au moins expliqué à l’Acadie Nouvelle que «l’objectif du gouvernement est de stimuler la croissance économique le long de la chaîne de valeur du bleuet sauvage et de cultiver et de transformer autant de bleuets sauvages que possible au Nouveau-Brunswick.»

Les bleuets de la colère

Dans cet esprit, le gouvernement provincial sollicitait en 2021 l’industrie du bleuet pour développer 5000 acres de terre dans l’ancien champ de tir. Des travaux d’abattage furent entrepris mais le public s’est interposé et les contracteurs ont été contraints de se retirer.

Les travaux devaient reprendre en mars 2022. Les manifestants ont forcé une fois encore leur annulation.

Gilles Sonier, le représentant régional de la Fédération de la faune du N.-B. et opposant de la première heure, croit que les bleuetières occupent déjà dans la région une large portion du territoire.

«Dès que tu sors du camp d’armée, c’est un désert. Quand il (le gouvernement provincial) a consulté les gens dans le temps (vers l’an 2000), il n’y avait pas de bleuetières comme aujourd’hui.»

M. Sonier juge essentiel de préserver le couvert forestier de l’ancien champ de tir, tant pour la faune que pour maintenir la qualité de l’eau. Il a rappelé que de nombreux cours d’eau, notamment la Grande Rivière de Tracadie, y trouvent leur source.

«C’est impossible de faire des bleuetières sans ruiner la qualité de l’eau. Et 300 mètres de zone tampon, c’est de la scrap! Avant que ça pousse suffisamment pour faire de l’habitat, je ne le verrai pas.»

M. Sonier se souvient aussi qu’au début de 2022 les manifestants étaient fermes dans leur opposition. Plusieurs n’ont pas oublié que dans les années 1930 et 1940 la création du champ de tir avait mené à de nombreuses expropriations.

Les gens sont mécontents, a-t-il constaté, et ils n’accepteront pas des «coupes à blanc pour des bleuetières.»

«Ils ne nous l’enlèveront pas de nouveau!» s’est encore exclamé M. Sonier, pour reprendre une parole répétée en mars.

«Et le camp d’armée, pour la population, c’est un territoire sacré.»

Selon Gilles Sonier, ce dernier mot ne serait pas vide de sens, d’autant plus que huit sites archéologiques d’origine mi’kmaq auraient été découverts sur les terres de l’ancien champ de tir. Des têtes de flèche en pierre auraient entre autres été retrouvées.

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