La communauté de Kedgwick est toujours sous le choc depuis la tragédie qui a coûté la vie à deux jeunes hommes de l’endroit le 4 décembre dernier.

«C’est très silencieux ici, la communauté est ébranlée, elle est en deuil. Les gens ne savent pas quoi dire tellement ce qui est arrivé est épouvantable. Le moral est à terre. C’est normal, on est une petite place, tout le monde connaissait les victimes et leur famille.»

Maire de Kedgwick, Éric Gagnon se fait le porte-parole de sa communauté afin d’exprimer le désarroi qui se vit actuellement chez lui à la suite du terrible accident de dimanche dernier. Dans celui-ci, Ritchie Fournier, âgé de 20 ans, et Guillaume Desjardins, âgé de 35 ans, sont décédés lorsque leurs véhicules sont entrés en collision à Robinsonville.

Selon plusieurs, la chaussée glissante serait en cause dans l’accident de dimanche dernier à Robinsonville. Ironiquement, on retrouve pourtant à quelques centaines de mètres du drame un garage d’entretien des autoroutes du ministère des Transports. – Acadie Nouvelle Jean-François Boisvert

Selon le premier constat de la GRC, l’accident serait rattaché en grande partie aux conditions routières difficiles. On croit que la camionnette qui roulait en direction de Kedgwick a traversé la ligne médiane avant de frapper de plein fouet l’autre camionnette qui se dirigeait en sens inverse, vers Campbellton. Un VUS qui suivait cette dernière n’a pu arrêter à temps et a également embouti une des camionnettes déjà accidentées.

Le caporal Raphaël Vézina de la GRC de Campbellton confirme que l’état de la route dans ce secteur était loin d’être impeccable dimanche matin.

«On ne peut pas se prononcer pour l’instant à savoir si d’autres facteurs ont joué un rôle – comme la vitesse par exemple -, mais une chose est certaine, on suspecte définitivement que les conditions routières sont en cause. La chaussée était tellement glacée que nos membres ont eu de la difficulté à demeurer debout lors de l’intervention. Ils tombaient littéralement par terre», témoigne le policier.

Ironiquement mardi matin, deux jours seulement après la tragédie, un autre incident s’est produit dans ce même secteur, à moins d’un kilomètre de distance. Selon le caporal Vézina, la chaussée glissante semble une fois de plus être le principal facteur. Heureusement cette fois, on ne déplore aucun décès ni blessé grave.

Un léger baume dans cette triste histoire, la mère de Bobby Sullivan – jeune homme qui accompagnait Ritchie Fournier dans sa camionnette et qui fut grièvement blessé dans l’accident -, a confirmé au journal que son fils prenait du mieux. Celui-ci a dû subir une intervention au cœur et à la jambe (fémur). S’il continue de bien répondre aux traitements, celui-ci devrait même pouvoir quitter les soins intensifs sous peu.

Passager dans le véhicule de Ritchie Fournier, Bobby Sullivan a été blessé sérieusement et a dû subir plusieurs interventions d’urgence. Selon sa mère toutefois, celui-ci répondrait bien aux traitements et pourrait même bientôt quitter les soins intensifs. – Gracieuseté

Questionnements 

Outre la douleur, le maire de Kedgwick constate qu’il y a également beaucoup de colère au sein de sa population. C’est qu’on croit que cette tragédie aurait pu être évitée avec un meilleur entretien de la chaussée.

«Il y a bien des choses que l’on ne peut pas contrôler, mais ça, on le peut», indique-t-il.

Celui-ci rappelle que le Restigouche-Ouest est une île entourée de bois et que ses citoyens doivent constamment se déplacer à l’extérieur pour obtenir certains services.

«Si on doit aller à Campbellton, il n’y a qu’un chemin, alors on s’attend à ce qu’il soit bien dégagé afin de ne pas mettre notre sécurité en jeu. On ne peut pas arrêter de se déplacer, même en hiver», indique-t-il.

Du coup, la tragédie de dimanche dernier force la réflexion. Lui et son conseil se questionnent à savoir si les normes de déneigement et d’entretien ont changé dans le secteur, s’il y a des plages horaires où aucun entretien n’est effectué, et même si le sable a remplacé le sel comme abrasif principal.

«Est-ce qu’on a procédé à des changements sans nous en aviser? On se pose vraiment ces questions aujourd’hui, car on est en première ligne et on voit bien que nous n’avons plus la même qualité d’entretien que par le passé. Personnellement, je ne trouve pas ça normal que la route ne fût pas entretenue à 10h15, même un dimanche», avoue le maire.

Questionné à ce sujet, le ministère des Transports et de l’Infrastructure a répondu qu’il surveille régulièrement l’état des routes afin de s’assurer qu’elles sont entretenues pour les automobilistes.

«Cependant, à cette saison, les températures peuvent fluctuer rapidement et causer des changements extrêmes dans l’état des routes, comme la formation de glace noire avec peu ou pas d’avertissement, peu importe l’application de sel sur la route», note une porte-parole du ministère.

 

«Honteux!»

Éric Gagnon et son conseil ne sont pas les seuls à se poser des questions.

Président de la CSR-Restigouche et du District rural de Restigouche, Brad Mann ne mâchait pas ses mots mardi au sujet de l’entretien des routes dans son secteur, un enjeu qu’il qualifie d’extrêmement préoccupant.

«C’est une farce, c’est honteux. Nos citoyens méritent mieux que cela», fulmine-t-il.

Habitant à quelques kilomètres seulement du lieu de l’accident, il a pu constater de ses propres yeux dimanche le piètre état de la chaussée.

«C’était une vraie patinoire. Vers 10h15, j’ai croisé le camion du ministère qui épandait du sel et qui roulait en direction de Kedgwick, donc vers la scène de l’accident. C’était malheureusement trop tard», déplore-t-il.

Ce n’est pas la première fois que celui-ci s’emporte à propos du travail d’entretien des routes du Restigouche en période hivernale, routes qu’il juge mal déneigées et mal déglacées.

«Et lorsqu’elles le sont, elles le sont souvent beaucoup trop tard. On a des gens qui travaillent de nuit ou tôt le matin, des ambulances et des véhicules d’urgences qui répondent à des appels. Il faut qu’ils puissent emprunter nos routes de façons sécuritaires en tout temps, pas seulement entre midi et 17h du lundi au vendredi», souligne-t-il.

Ce qu’il dénonce, c’est que les décisions sont prises ailleurs que dans la région, soit du côté de Chaleur.

«Avant, nous avions une personne qui sillonnait les routes pour déterminer la condition des routes et leurs besoins, mais ce poste n’existe plus. On prend plutôt les décisions à distance, qui plus est dans une autre région que la nôtre. Ce n’est pas acceptable», indique-t-il, notant qu’il entend solliciter une réunion d’urgence à ce sujet avec ses confrères de la CSR-Restigouche afin d’aborder le sujet de l’entretien des routes.

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