Des parents néo-brunswickois continuent d’avoir des difficultés à trouver le lait maternisé dont leurs bébés ont besoin. Les ruptures de stock s’étendent à tout le Canada et surgissent depuis le début de l’année.

Une mère de Rexton, Zita Nieuwets Ross, a eu son premier enfant il y a neuf mois. Depuis, elle ressent énormément de stress. Et pas seulement celui de tout nouveau parent.

«Il y a trois mois, c’est devenu très difficile de trouver le lait maternisé que je donnais à mon bébé. J’ai donc décidé de changer de produit. J’ai choisi la marque maison d’une chaîne de grande distribution, parce qu’elle avait toujours l’air disponible. Maintenant, je ne peux plus la trouver non plus. C’est devenu très difficile…», raconte-t-elle.

Mme Nieuwets Ross est incapable de trouver de solution convenable, même si son tout-petit a seulement besoin de lait maternisé standard.

«Nous allons donner à notre bébé du lait de vache entier, même s’il ne devrait pas boire ça pendant encore plusieurs mois. J’ai dit à mon docteur que nous n’avions pas vraiment le choix, parce qu’il y a un moment où il n’y aura plus de lait maternisé pour notre enfant», croit-elle.

Une mère de Riverview, Mindy Hiebert, doit nourrir des jumeaux de six mois.

«Ils prenaient un lait maternisé standard d’une marque maison de chaîne de grande distribution, introuvable depuis l’été. Nous avons donc dû leur donner plusieurs marques différentes de produits similaires. Mais c’est beaucoup plus cher et changer de produit régulièrement cause des difficultés parce que les petits ventres de bébé doivent s’habituer à chaque fois.»

Mme Hiebert exprime de la frustration.

«Nous essayons de ne pas faire de stock pour que tout le monde puisse acheter du lait maternisé, mais en même temps, on veut s’assurer d’avoir tout le temps un produit sous la main. C’est difficile. Je ne sais jamais si je serai capable de nourrir mes enfants», angoisse-t-elle.

Manque de produits spécialisés

Le gérant de la pharmacie Jean Coutu située rue Champlain à Dieppe, Albert Guay, indique obtenir au compte-gouttes des laits maternisés destinés aux bébés ayant des allergies et des intolérances.

«Ils sont distribués aux hôpitaux en priorité, avance-t-il. Il y a moins de problèmes avec les laits standards. Mais il y a 20 styles de lait pour bébé! Ce n’est pas comme de l’essence… Quand un bébé est habitué à un style de lait qu’il tolère, maman ne veut pas le changer.»

M. Guay constate que le lait maternisé revient sur le marché, mais pas encore au volume souhaité.

Sylvain Charlebois, directeur du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie, à Halifax, rapporte que la production de lait maternisé ne fonctionne pas au maximum de sa capacité.

«On s’attend à des problèmes jusqu’à l’été 2023, dit-il. Il y a eu une série de problèmes au niveau de la salubrité et de l’état d’une usine.»

Santé Canada déclare qu’il y a une pénurie nationale de préparations pour nourrissons adaptées aux allergies alimentaires et à certaines conditions médicales. Elle concerne les formules largement hydrolysées et les formules à base d’acides aminés.

Le ministère affirme qu’il n’y a pas de pénurie de lait maternisé standard. Il admet que des produits peuvent être en rupture de stock, mais que des substituts sont normalement disponibles.

«Les parents ne devraient pas changer de recette dans des intervalles plus courts que trois ou quatre semaines, avertit la nutritionniste Claire Johnson. Parfois, ils sont tellement désespérés par les pleurs, les régurgitations et les refus de boire du bébé qu’ils achètent trop rapidement un autre lait maternisé pour corriger les problèmes perçus.»

Elle conseille aux pères et aux mères inquiets de consulter un médecin ou un diététicien, même s’il peut être difficile de prendre rendez-vous avec ces professionnels au Nouveau-Brunswick. En attendant, elle pointe des erreurs à éviter.

«Quand on dilue le lait maternisé, on dilue ses apports nutritionnels, dit-elle. Introduire du lait de vache dans l’alimentation du bébé avant 12 mois est trop rapide et peut causer des carences en fer et une anémie. Enfin, le lait de soja dans les magasins est différent des laits maternisés au soja, qui contiennent des acides gras et du fer.»

Problèmes de production américains

Le 17 février 2022, l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) a émis un avis de rappel d’aliments concernant certaines préparations en poudre pour nourrissons produites dans l’usine de fabrication d’Abbott à Sturgis, au Michigan. À la suite de ce rappel, cette usine a fermé temporairement, selon Santé Canada.

«Cette installation est un fournisseur clé de préparations pour nourrissons, de fortifiants pour le lait maternel (HMF) et de produits métaboliques pour les marchés américain et canadien», explique le ministère.

Il note que l’usine a repris ses opérations le 1er juillet, mais qu’elle pourrait être incapable de retrouver sa capacité maximale de production avant 2023.

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