Il aura fallu plus de trois ans pour forcer le gouvernement du Nouveau-Brunswick à révéler complètement la façon dont il a supervisé un projet de promotion à l’étranger de l’immigration francophone au Canada atlantique entre 2014 et 2020: Destination Acadie.

L’Ombud du Nouveau-Brunswick a mis fin à son enquête formelle à la suite d’une plainte de l’Acadie Nouvelle au sujet d’une réponse du gouvernement provincial à une demande d’accès à l’information faite en novembre 2020.

Le journal a voulu savoir comment le gouvernement provincial a utilisé l’argent du contribuable pour attirer des immigrants francophones grâce au projet de promotion appelé Destination Acadie.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick l’a financé en collaboration avec d’autres provinces de l’Atlantique. Les sommes annuelles vont de 110 000$ à 196 000$. Le Nouveau-Brunswick y a contribué à 100% la première année, puis dans une proportion située entre 40% et 82%, pour une dépense totale de 538 000$.

Jusqu’en 2018, Fredericton a rassemblé les fonds des provinces de l’Atlantique participantes, puis les a donnés en subventions à la Société Nationale de l’Acadie (SNA), chargée de l’organisation.

Or, l’Ombud du Nouveau-Brunswick, un fonctionnaire indépendant, révèle par son enquête que le gouvernement provincial n’a pas demandé à la SNA les factures et justificatifs financiers liés à Destination Acadie.

L’agence publique Opportunités NB (ONB) a expliqué que l’administration était satisfaite du processus de vérification financière de l’association acadienne et le jugeait suffisant pour assurer l’exactitude de ses rapports financiers, selon l’Ombud.

L’Acadie Nouvelle a précédemment révélé que le gouvernement du Nouveau-Brunswick a financé Destination Acadie au profit d’un seul entrepreneur, choisi sans appel d’offres par la SNA: le producteur François Émond.

Si les gouvernements du Canada atlantique ont décidé de se passer de l’association acadienne en 2018, ils ont utilisé le Conseil des premiers ministres de l’Atlantique comme partenaire. Grâce à cet organisme, les gouvernements ont encore évité d’émettre des appels d’offres pour les éditions ultérieures de Destination Acadie.

M. Émond a encore reçu les contrats pour leur mise en œuvre en 2019 et en 2020, à travers son entreprise Productions KLEF.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick doit pourtant inviter des entreprises à lui envoyer des soumissions pour des services qui coûtent entre 50 000$ et 105 699$ (avec plusieurs exceptions toutefois, s’appliquant notamment à ONB).

L’administration provinciale ignore par ailleurs combien d’immigrants francophones Destination Acadie a attirés de 2014 à 2020. Elle a peu mesuré l’efficacité de la mise en valeur du Canada atlantique par des conférences, des concerts et des kiosques au Maroc, en France, en Belgique et au Royaume-Uni, par exemple.

De façon générale, le Nouveau-Brunswick évalue peu les programmes de ses ministères, encore moins publiquement. Si le Canada et d’autres provinces le font davantage, la qualité de leurs évaluations laisse à désirer. C’est toute la démocratie qui manque d’imputabilité, pour l’expert en administration publique, Donald Savoie.

L’expert en lutte anticorruption Donald Bowser croit néanmoins que le Nouveau-Brunswick est l’endroit idéal pour le népotisme.

«Les mêmes gens sont impliqués dans tous les secteurs et ils se refilent sans cesse des contrats, à la fois dans les secteurs public et privé ainsi que dans les ONG, a remarqué en 2021 le consultant, qui a mené des projets en Ukraine, en Sierra Leone et aux Maldives. Il y a des réseaux de copinage francophones, anglophones et bilingues. C’est ce qui unit le Nouveau-Brunswick.»

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