Des politologues croient que l’enjeu de l’abolition de l’immersion demeurera présent dans l’esprit des électeurs et que les progressistes-conservateurs risquent d’y perdre des plumes lors de la prochaine élection.

L’abolition de l’immersion française dans le système d’éducation anglophone, et son remplacement par un programme d’apprentissage du français pour tous les écoliers, était un cheval de bataille du premier ministre Blaine Higgs depuis plusieurs années.

Ces changements risquent toutefois de désavantager les conservateurs dans les prochaines élections provinciales, selon l’avis de deux politologues.

Pour Roger Ouellette, de l’Université de Moncton, il n’y a aucun doute que l’enjeu de l’immersion sera un enjeu électoral en 2024, en partie à cause de la promesse de la chef libérale, Susan Holt, de rétablir l’immersion si elle est élue.

Le politologue croit que Blaine Higgs pourrait perdre de l’appui chez l’électorat anglophone en raison de ses changements en éducation, s’il est toujours chef du parti à ce moment-là.

«S’il [va] de l’avant avec cette décision controversée, ça peut avoir des répercussions, surtout dans des grands centres comme Moncton, Saint-Jean et Fredericton.»

Il rappelle aussi que Higgs s’est mis l’électorat francophone à dos depuis qu’il est devenu chef de parti en 2016 et qu’il a réussi le «tour de force» de remporter les élections de 2018 et de 2020 malgré le vote francophone.

Selon un sondage web réalisé par la firme Léger pour le compte du groupe d’intérêt Canadian Parents for French, qui s’oppose aux changements à l’immersion, les partisans progressistes-conservateurs sont divisés sur cet enjeu: 47% sont en faveur de l’abolition, et 42% s’y opposent.

Les changements à l’immersion pourraient donc nuire à son appui chez l’électorat anglophone qui lui a permis d’accéder au pouvoir, selon Roger Ouellette. Il estime que la réforme de l’immersion est «très malhabile» sur le plan électoral.

«Il me semble que tu devrais remonter la pente avec les francophones et il a fait zéro dans ce sens-là. Et comme ce sont les anglophones qui t’ont permis de prendre le pouvoir majoritaire malgré les francophones la dernière fois, t’aimerais essayer de les garder, n’est-ce pas?»

Thomas Bateman, professeur de science politique à l’Université Saint-Thomas à Fredericton, explique que les opposants à l’abolition de l’immersion française sont des parents et des groupes d’intérêt qui s’expriment beaucoup pour faire valoir leur point de vue. Mais les parents d’étudiants qui n’avaient pas l’immersion française à leur école sont peut-être moins actifs sur la place publique.

«Je crois que c’est un problème pour le gouvernement. Le groupe qui en bénéficie le plus n’est peut-être pas totalement intéressé, alors que le groupe qui en est perdant est très déterminé à garder ce programme.»

Thomas Bateman affirme toutefois que les gouvernements ont parfois intérêt à réaliser des changements qui sont politiquement coûteux afin de créer un legs politique qui perdure et qui pourrait bien être perçu comme un bon changement d’ici quelques années.

Il compare cela à la mise en place de la taxe sur les produits et services (TPS) par le gouvernement conservateur de Brian Mulroney, en 1991, qui avait fâché beaucoup d’électeurs mais qui, selon lui, s’était avéré être une bonne idée.

«Est-ce que c’est de cette façon que le gouvernement voit ceci? Qu’il sera difficile de l’accepter, mais qu’avec un peu de temps, tout le monde en bénéficiera et verra ces changements d’un bon oeil? Peut-être qu’il pense comme cela», explique Thomas Bateman.

Le politologue dit qu’il croit que tout le monde appuie l’idée de rendre la province plus bilingue, mais qu’on ignore si ce nouveau programme permettra réellement au N.-B. d’atteindre cet objectif.

La firme Léger indique que son sondage web a été réalisé auprès de 500 résidents du N.-B. pouvant s’exprimer en français ou en anglais. Les données ont été collectées du 15 au 23 décembre 2022.

On y explique qu’il n’est pas possible de calculer une marge d’erreur sur un échantillon tiré d’un panel, mais qu’à titre comparatif, la marge d’erreur maximale pour un tel échantillon est de plus ou moins 4,4% 19 fois sur 20.

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