La Banque du Canada a fait passer son taux directeur à 4,5% mercredi, un sommet depuis 15 ans, et prévoit que la situation pourrait durer plusieurs mois.

Il s’agit de la huitième hausse consécutive du taux directeur de la banque centrale, qui tente ainsi de combattre la plus forte inflation observée en plusieurs décennies.

Dans le communiqué annonçant sa décision, la banque centrale a noté que l’inflation restait élevée et qu’elle était généralisée à l’échelle de la planète, mais qu’elle diminuait dans de nombreux pays, surtout grâce au recul des prix de l’énergie et aux améliorations dans les chaînes d’approvisionnement.

Au Canada, l’inflation annuelle est passée de 8,1% en juin à 6,3% en décembre.

Malgré cette amélioration notable, elle reste largement au-dessus de la cible de 2,0% que privilégie la Banque du Canada.

D’après Pierre-Marcel Desjardins, professeur à l’École des hautes études publiques à l’Université de Moncton, la Banque du Canada envoie un message fort que sa première préoccupation reste la lutte à l’inflation.

«Il y a eu des secteurs où il y a eu un ralentissement, par exemple du côté du marché de l’immobilier, mais globalement, il y a quand même des pressions inflationnistes qui continuent à se faire sentir. Le signal que donne la Banque du Canada c’est qu’elle prendra toutes les actions nécessaires pour arriver à sa cible», dit l’économiste.

La banque centrale est d’avis que la tendance à la baisse de l’inflation devrait se poursuivre cette année. Elle prévoit que la croissance des prix devrait s’établir autour de 3 % au milieu de 2023 et atteindre sa cible de 2% en 2024.

Vers une récession?

Par ailleurs, la banque centrale estime que l’économie a progressé de 3,6% en 2022, ce qui est légèrement supérieur à sa projection d’octobre. La croissance devrait stagner jusqu’au milieu de 2023, pour montrer une progression d’environ 1% en 2023, puis de 2% en 2024, calcule la banque.

C’est donc dire que l’économie pourrait tourner au ralenti au cours des deux prochaines années, mais la perspective d’une récession engendrée par les taux d’intérêt élevés est beaucoup moins certaine qu’elle ne l’était l’an dernier, tempère Pierre-Marcel Desjardins.

«Les signes de ralentissement économique que l’on voit en Europe et aux États-Unis sont moins rapides et importants que ceux qui avaient été prédits, analyse-t-il. Une récession est encore possible, mais tout porte à croire que si elle arrive, elle sera beaucoup moins sévère. Aujourd’hui, les taux de chômage sont relativement faibles, donc on pourrait s’attendre à des pertes d’emploi beaucoup moins importantes que lors de récessions précédentes.»

La Banque du Canada a précisé que si l’évolution de l’économie se révélait généralement conforme à ses perspectives, son conseil de direction s’attendait à maintenir le taux directeur à son niveau actuel, le temps d’évaluer l’impact des augmentations cumulatives de taux d’intérêt.

Les taux pourraient donc encore faire mal aux Canadiens pendant plusieurs mois, dit M. Desjardins. Il estime toutefois que ne rien faire serait bien pire.

«Je pense que les gens vont attendre avant d’acheter une maison ou faire de grosses dépenses et c’est ça la logique de la banque centrale. Quand on dit que les taux d’intérêt vont faire mal, il ne faut toutefois pas oublier que l’inflation fait elle aussi énormément mal à beaucoup de gens avec de faibles revenus ou des revenus fixes.»

«Un peu comme lorsque nous avons un problème de santé et qu’il faut recevoir un traitement qui nous rend malades pour devenir mieux, par exemple un traitement contre le cancer, la hausse de l’inflation c’est le médicament qu’on n’aime pas, mais qui nous permet de redonner une santé à l’économie.»

Avec des extraits de La Presse Canadienne

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