Blandine Rannou: le clavecin d’avant pour les émotions d’aujourd’hui

LAMÈQUE – Avec le clavecin, Blandine Rannou voyage jusqu’aux sources de la musique ancienne. L’époque des Bach, Rameau, Couperin, Forqueray et plusieurs autres. Une période d’écriture intense et complexe. Trop complexe? Non, répond Blandine Rannou. Parce que le seul but de ces compositeurs aux partitions réglées au quart de tour était et est encore aujourd’hui bien simple: émouvoir.

Pour Blandine Rannou, claveciniste française depuis 30 ans et considérée comme l’une des meilleures au monde dans son art, la musique baroque est avant tout une passion. Elle se met d’ailleurs au défi de dire aux gens que cette musique n’est pas que savante, qu’elle peut toucher tous les cœurs.
«C’est important pour moi que la musique ancienne ne soit pas poudrée dans un seul but esthétique. Et je pars du principe qu’un compositeur n’est pas inintéressant parce qu’il n’est pas connu», explique Blandine Rannou à L’Acadie NOUVELLE.
Le clavecin a vécu ses heures de gloire aux XVIIe et XVIIIe siècles. Il a par la suite fait face aux changements de régime, qui l’ont fait devenir un imposteur dans l’orchestre pendant plusieurs années, avant d’y reprendre sa place. Absent ou omniprésent du paysage musical, le clavecin a marché dans les mêmes pas que l’évolution des peuples européens d’où il est issu.
«À l’époque baroque, le clavecin était central dans tout le répertoire musical. À la fin du XVIIIe siècle, les gens ont eu envie d’autres sonorités. C’est à cette époque que le piano-forte et par la suite le piano ont été inventés. Puis il y a eu les changements de régime, comme la Révolution française, pendant laquelle le clavecin a été considéré comme un représentant d’un autre régime dont on ne voulait plus», explique Blandine Rannou.
Le clavecin a plus tard été redécouvert au début du XXe siècle. Avec lui, les compositeurs qui ont fait sa renommée sont tranquillement ressortis de l’ombre. Le défi pour les musiciens d’aujourd’hui, c’est donc d’adapter les partitions anciennes et très rigides aux émotions d’aujourd’hui. Cela ne démonte en rien Blandine Rannou. Au contraire.
«On peut parler de contrepoint, de basse continue ou de toute autre forme de composition baroque. Mais dans les écrits d’époque, on se rend compte que la seule chose qui importait aux compositeurs, c’était de toucher, même avec des partitions hyper complexes. Je sais que je peux aller chercher l’émotion qu’a voulu illustrer un compositeur et la jouer comme si elle se vivait aujourd’hui», soutient Blandine Rannou.
Blandine Rannou sera en concert samedi, à 15 h, à l’église de Pigeon Hill. Au menu, des oeuvres de Couperin, Forqueray et Balbastre.

En bref… Le Festival international de musique baroque de Lamèque s’ouvre ce soir, à 20 h, à l’église Sainte-Cécile de Petite-Rivière-de-l’Île, avec le Quatuor Franz Joseph du Québec. Au programme, des œuvres de Haydn, Mozart, Jadin et Beethoven. Les détails de la programmation sont sur le site officiel du Festival (www.festivalbaroque.com)…