Symposium d’art actuel: cathédrale éclatée

CARAQUET – Carottes glacières, Jésus en plumes enclavé dans une Pietà disco, visages emmurés dans un flou d’images et d’impressions réglées au métronome, caisses de poisson échouées sur la plage et pleurant la spoliation de sa mer… Le premier Symposium d’art actuel de Caraquet a dressé, hier, pour une ultime fois, la cathédrale de toutes les utopies et, d’un commun accord, de tous les possibles pour d’autres manifestations du genre dans l’avenir.

De l’aveu de plusieurs artistes rencontrés hier au Colisée Léopold-Foulem, lors de la dernière journée de l’événement, le Symposium a été riche en synergie et en quête du bout de soi. Le thème, Espace cathédrale, s’est révélé fort inspirant, appelant à la démesure, au monumental.
«Les artistes ont amené leurs propositions vraiment loin», s’est réjoui la cocommissaire du Symposium, Pauline Dugas.
«La rencontre entre des artistes de tous les milieux a aussi été très significative. Je pense qu’ils nous ont apporté dans un espace très différent», a-t-elle ajouté.
François Gaudet a par exemple laissé entrer ses chevaux identitaires dans une cathédrale de couleurs qui rappelle des souvenirs fantomatiques, désincarnés et pourtant revendicateurs d’un peuple qui refuse d’abdiquer. Gilbert LeBlanc a quant à lui ima­giné une cathédrale rongée par le capitalisme et le consumérisme de nos jours, qui a pris d’assaut les fêtes religieuses chrétiennes. Au Carrefour de la mer, les caisses de poisson de Jean-Yves Vigneau se sont échouées sur la plage pour signifier le naufrage de l’industrie de la pêche, qui a spolié sa cathédrale, qu’est la mer. Une autre caisse et un couvercle de caisse étaient ancrés dans l’eau. Dans la même veine marine, Sonja Hébert, de Vancouver, a créé un labyrinthe qui se pétrifie quand on s’y déplace, le mouvement du visiteur bouleversant en quelque sorte l’équilibre de l’installation. Le tout avait pour but d’exprimer ce que la surpêche peut avoir comme impact sur la biodiversité marine, avec pour exemple le nombre réduit de poissons qui mangent des larves de méduses, ce qui entraîne une surpopulation de ces dernières. Les Luc Charrette, Vincent Lévy, Michèle Bouchard, Jacques Martin, Carole Bherer et Joël Boudreau ont en outre exploité le thème Espace cathédrale en mettant à profit le temps, la couleur, la démesure et l’humour, le réel et le virtuel.
Tous les niveaux d’art actuel ont été touchés durant le Symposium: installations, performances, sculpture, peinture, arts médiatiques… L’utopie a lentement pris naissance. Une lenteur souhaitable et pratique, selon l’un des artistes participants, Joël Boudreau.
«Le fait que le Symposium ait duré presque trois semaines, ç’a donné le temps de façonner une pièce de plus grande envergure, mais aussi de s’approprier notre environnement de travail. La connaissance de chacun des artistes a permis aussi plusieurs échanges qui seront sûrement pratiques pour l’avenir», a souligné Joël Boudreau.
La Galerie d’art Bernard-Jean du Centre culturel de Caraquet accueillera, vers le 7 août, une exposition vidéo et photographique retraçant le parcours des artistes durant le Symposium. Les organisateurs souhaitent répéter l’événement l’an prochain.