Un géant de l’art en Atlantique expose à Moncton

MONCTON – De passage à Moncton, Garry Neill Kennedy, qui a plus de 40 ans de pratique artistique, propose une toute nouvelle exposition qui, pour la première fois, pose un regard sur ses œuvres photographiques.

Celui qui a dirigé le Nova Scotia College of Art and Design pendant plus de 23 ans a contribué à transformer l’enseignement de l’art au Canada. Figure marquante de l’art conceptuel en Atlantique, Garry Neill Kennedy invite le public à réfléchir, à questionner le rôle de l’art. Pour lui, l’art est avant tout un véhicule interrogeant le monde dans lequel on vit.

«J’essaie aussi d’avoir des émotions, mais le plus important, c’est de dire quelque chose d’une façon intéressante», a déclaré l’artiste au cours d’une entrevue à l’Acadie Nouvelle lors du vernissage de son exposition à la Galerie Louise et Reuben-Cohen à l’Université de Moncton.

C’est la première fois qu’il expose à Moncton et c’est également la première fois qu’il présente une exposition de ses photographies. Sa pratique en photographie, bien qu’elle fasse partie de sa production, n’a jamais été soulignée comme telle. Garry Neill Kennedy est surtout connu pour ses peintures.

«Quand Nisk Imbeault (directrice de la galerie) est venue me visiter, nous avons discuté de la possibilité d’une exposition et ce sont mes photographies qui l’ont intéressée.»

En photographie, Garry Neill Kennedy utilise les outils nécessaires pour exprimer ses idées et il n’hésite pas à intervenir dans le processus photographique.

Plusieurs œuvres de cette exposition posent une réflexion politique, notamment sur le fait de vivre dans un pays, le Canada, voisin d’un empire puissant, les États-Unis. C’est le cas de sa série sur des avions utilisés par la CIA, ou encore de la collection tirée des films hollywoodiens sur les cow-boys et les Indiens.

«J’ai fait cette série pendant la crise d’Oka et je voulais attirer l’attention sur cet événement. Évidemment, il n’y a pas d’Indiens sur ces photos. Ce sont des Blancs costumés en Indiens, comme le veut la tradition dans l’industrie du cinéma américain. Cela donne une vision stéréotypée des Premières Nations», a-t-il expliqué.

Sensible aux droits civiques, l’artiste se dit contre la guerre et les grandes corporations. Garry Neill Kennedy s’insurge contre les idées conservatrices du gouvernement actuel.

Cependant, son travail n’est pas que politique. Il expose, entre autres, une série sur Jerry Lewis qu’il a réalisée dans le métro de Paris en 1995. Ces photographies d’affiches de Jerry Lewis ont été faites pour le plaisir, un peu comme un défi artistique.

«À chaque station, je sautais du métro pour prendre la photo de l’affiche de Jerry Lewis et j’embarquais de nouveau dans le métro avant qu’il reparte», a-t-il raconté.

Originaire de l’Ontario, Garry Neill Kennedy, qui habite à Halifax depuis 1967, a reçu le Prix du Gouverneur général en arts visuels en 2004. Il restera à Moncton jusqu’au 28 janvier, puisqu’il effectue aussi une résidence d’artiste à l’Atelier d’estampe Imago. Son exposition à la Galerie Louise et Reuben-Cohen est en montre jusqu’au 1er avril.