Bouffe convie le public à un festin unique

CARAQUET – Mangez allègrement, avant d’être bouffés tout cru. Tel pourrait être le sous-titre de la pièce Bouffe, dans laquelle évoluent Bazil et Mortadel, deux cuisiniers cannibales. Les deux hurluberlus convient d’ailleurs le public à un festin pour le moins unique très bientôt sur différentes scènes à travers la province et dans les Maritimes.

Bazil et Mortadel s’étaient déjà offert une première entrée sur scène, à Caraquet. C’était à l’été 2009, à la Boîte-théâtre. Mathieu Chouinard et Marc-André Charron revêtaient alors les traits de leurs irrévérencieux personnages pour la première fois devant public.

Tous deux venaient de terminer la première phase de leur oeuvre dramatique. Arabesques endiablées, jeu à la fois clownesque et morbide, théâtre d’objet pendant lequel ils envoyaient valser des frites et de la salade… Le festin se révélait à la fois drôle et volontairement inconfortable. Car l’issue était annoncée dès le départ: Bazil et Mortadel allaient se farcir le public.

Que s’est-il donc passé au cours de ces deux années? Mathieu Chouinard et Marc-André Charron ont continué de modeler leur projet, déjà passablement bien ficelé. Mais il manquait un peu de viande autour de l’os, admettront-ils à l’unisson au cours d’un récent dîner rencontre dans un restaurant de Caraquet. Le metteur en scène Daniel Collados, un bon ami de surcroît, était le boucher qu’il leur fallait.

«Daniel nous a appris à respirer. Dès le départ, il nous a posé une question: d’où viennent nos personnages et pourquoi sont-ils cannibales? Ça nous a vraiment permis de mieux les ancrer dans leur environnement et d’ainsi faire évoluer la pièce», reconnaît Marc-André Charron.

Et de rendre le message un peu moins coriace à avaler à travers leurs facéties. Car Bouffe, c’est avant tout une délicieuse satire sociale sur l’opulence du secteur de l’alimentation, la surconsommation et l’imbécilité – de plus en plus marquée – de l’industrie de la transformation. Basile et Mortadelle marquent le coup à gros traits, et encore davantage dès mercredi, au Centre culturel de Caraquet.

Exit les comptoirs en contreplaqué et autres objets cartonnés dont ils se servaient en 2009; les deux cuistots excentriques évolueront dans une véritable cuisine industrielle, avec des électroménagers fonctionnels récupérés à divers endroits dans la Péninsule acadienne.

«Nous allons véritablement faire de la bouffe sur scène! Et ce sera un repas copieux, parce que le principe est que Bazil et Mordtadel veulent bien nourrir leur public afin qu’il soit assez appétissant pour être mangé», signale Marc-André Charron, un rictus au coin de la joue.

Et dire qu’au départ, Bouffe ne devait être que deux clowns bizarroïdes déambulant sur scène avec des gestes larges et un jeu physique et acrobatique, spécialité des deux comédiens qui les incarnent.

«Sauf qu’à un moment donné, pour nous donner de l’inspiration, nous avons lu des livres pourtant sur l’alimentation et ç’a vraiment poussé notre réflexion plus loin. Le film La grande bouffe a également été un bon point de repère», exprime pour sa part Mathieu Chouinard.

«Et à travers notre processus de réflexion, nous avons été touchés par tout l’aspect sacré de la nourriture, ce cycle de la vie qui fait que nous mangeons et que nous serons à notre tour mangés un jour. C’est un côté à la fois vorace et très beau. Aujourd’hui, nous n’avons plus aucun paramètre du sacré et du bon goût dans notre industrie alimentaire. On se permet toutes sortes d’expériences – qu’on ne nous explique pas tout le temps – et qui peuvent occasionner de sérieux problèmes de santé», se désole Mathieu Chouinard.

Bouffe sera présentée en première à Caraquet, au Centre culturel, mercredi, à 20 h. Elle sera par la suite en tournée un peu partout dans la province et dans les Maritimes jusqu’au 26 février.

Bouffe est une coproduction du Théâtre populaire d’Acadie, de Satellite Théâtre et de HOUPPZ! Théâtre.