Les étudiants en art dramatique s’attaquent à une oeuvre d’une rare intensité

MONCTON – Les étudiants en art dramatique de l’Université de Moncton explorent l’univers singulier du célèbre auteur japonais Yukio Mishima, en présentant les Cinq Nô modernes, du 10 au 14 avril.

Sous la direction du professeur Andréi Zaharia, la pièce traduite par Marguerite Yourcenar, met en vedette 11 comédiens, soit 10 étudiants de troisième année et un finissant.

D’après Carole Belliveau et Ludger Beaulieu, c’est la première fois qu’une œuvre d’une aussi grande intensité est montée au département. Andréi Zaharia explique que plusieurs facteurs ont motivé leur choix, d’abord la distribution, puis la puissance du texte.

«C’est un texte d’une grande valeur littéraire et théâtrale et qui a eu aussi une carrière prestigieuse au Canada. Il a été monté à plusieurs reprises», a déclaré le metteur en scène, au cours d’une entrevue réalisée à quelques jours de la première.

Les Cinq Nô modernes propose cinq courtes pièces qui explorent la force du spirituel, l’univers des fantômes et des songes, en interrogeant les valeurs du monde moderne par rapport à celles du passé. La pièce a été écrite au début des années 1950 après la Seconde Guerre mondiale et la bombe atomique.

«Après la Seconde Guerre mondiale, le monde japonais ressemblait un peu à ce que nous avons vu dans le film de science-fiction The Day After», a souligné Andréi Zaharia expliquant que la dramaturgie de Mishima illustre d’une certaine façon ce monde d’après-guerre, en pleine crise morale, éprouvé par une profonde blessure dans la conscience de l’humanité que cet événement a pu créer.

Chaque pièce des Cinq Nô modernes est une petite parabole, indique le metteur en scène.

«Ce sont des histoires en apparence simples, mais d’un autre côté, de la façon dont les choses se déroulent, nous rencontrons toujours l’obsession du spirituel, et si ce spirituel-là a une incidence sur notre vie humaine», a poursuivi M. Zaharia.

Selon Ludger Beaulieu, cette pièce aborde des sujets complètement différents de ce qu’ils sont habitués de voir. Il faut dire que l’auteur lui-même a eu une vie hors du commun.

Les thèmes dominants de toute son œuvre sont la beauté, l’érotisme et la mort. Il s’est enlevé la vie par harakiri en 1970. Les comédiens ont fait des recherches sur l’écrivain afin de comprendre un peu plus sa vie et son œuvre. Carole Belliveau soutient que personne d’autre n’aurait pu écrire comme Yukio Mishima.

«Il a fallu faire beaucoup de recherche émotive parce que ce n’est pas nécessairement quelque chose que j’ai vécu. C’est certainement l’univers le plus dense auquel nous avons touché. Il faut vraiment de la conviction», a exprimé Carole Belliveau qui joue deux rôles: une artiste peintre et une travailleuse sociale.

Tous les personnages présentent des ambiguïtés fondamentales, précise Andréi Zaharia. Pour sa part, Ludger Beaulieu incarne un homme du ministère, un jeune amoureux et un aveugle.

«Il y a une poésie dans cette pièce que je n’ai jamais vue au département. C’est une expérience complètement différente, et pour le public, et pour les comédiens», a ajouté Ludger Beaulieu.

La pièce est présentée au Studio théâtre La Grange du 10 au 14 avril à 20 h.