Mez’elles: une critique sociale puissante

MONCTON – Avec son nouveau spectacle, Mez’elles… Sois belle et tais-toi!, la chorégraphe Julie Duguay propose une critique sociale puissante sur le vedettariat, la recherche de la perfection et de la réussite. Elle présente une œuvre où la danse rencontre la philosophie.

C’est fou comme la danse contemporaine peut susciter diverses interprétations et émotions. À l’issue de la première de Mez’elles… Sois belle et tais-toi!, présentée à la salle Empress, à Moncton, jeudi, devant une salle comble, le public a été invité à échanger sur le spectacle.

Si certains moments sont parfois difficiles à déchiffrer, il reste que ce spectacle a suscité diverses réactions de la part des spectateurs qui ont acclamé la prestation livrée par Julie Duguay, Lou Poirier, Érika Morin et Shannon Leibgott. Elle n’a laissé personne indifférent.

«Je n’essaie plus de comprendre la danse; la danse, ça se vit et ça va chercher quelque chose quelque part en moi», a exprimé une spectatrice, Gracia Couturier, lors de la discussion ayant suivi la représentation animée par Sébastien Belzille et Stéphanie Godin.

Dans l’oeuvre de Julie Duguay, le théâtre n’est jamais loin de la danse. Son travail est très expressif. Le spectacle de Julie Duguay présente l’histoire d’une vedette à qui tout semble réussir et qui, tranquillement, vivra une descente vers l’épuisement, la solitude et le déchirement.

Dans cette œuvre remplie de symboles, que ce soit du côté des couleurs (blanc, jaune, bleu, rouge), des objets ou encore de la gestuelle, tout nous rapporte à cette quête utopique de la perfection.

Mélange d’élégance, de force et de mouvements découpés, structurés, on sent constamment une tension et une certaine souffrance incarnées par quatre magnifiques interprètes qui réalisent une œuvre monumentale.

La gestuelle de Julie Duguay, qui est très musculaire, demande de la force. Les danseuses bougent parfois comme des poupées mécaniques. Issu d’un long processus ayant duré plusieurs années, Mez’elles… Sois belle et tais-toi! est un spectacle enraciné et soigné. À la danse se mêlent le théâtre, l’acrobatie, la vidéo, le cirque et le buto (danse d’origine japonaise).

«Ce n’est pas un genre de spectacle où j’étais passif», a souligné un spectateur, Justin Gauvin.

Certains mouvements sont poussés à l’extrême, comme lorsque les interprètes entrent dans un tourbillon continu. Pendant près de 10 minutes, Julie Duguay tourne et tourne encore.

«Même si tout va très vite autour de moi, je me sens très calme à l’intérieur», a confié Julie Duguay, à l’issue de la représentation.

Lou Poirier mentionne que ce tourbillon peut constituer un beau parallèle à faire avec la vie.

«Quand ça va vite dans ma vie, est-ce que je peux rester centrer? Et c’est là que la danse devient philosophique», a soulevé Lou Poirier, qui a contribué au développement du scénario du spectacle.

Mentionnons la qualité des vidéos réalisées par Julien Cadieux. La trame sonore créée à partir de musiques de différents compositeurs est très belle et sous-tend l’intensité du spectacle. Les éclairages plutôt sobres de Louise Lemieux, mélange d’ombres et de lumières, apportent aussi une présence aux danseurs.

Le spectacle, qui en est à ses débuts, a été présenté jeudi et vendredi à la Salle Empress.