Les multiples voix d’André-Philippe Gagnon

CARAQUET – André-Philippe Gagnon est-il encore l’homme aux 400 voix? Voyons donc! Il y a belle lurette que l’imitateur sympathique et unique en son genre a dépassé ce plafond tout de même prodigieux.

Un peu de la même manière que les «voix» écrites se sont multipliées sur les médias sociaux dans les dernières années, André-Philippe Gagnon a lui aussi engrangé de nombreuses nouvelles voix dans son larynx. À tel point qu’il se considère lui-même comme un réseau social – c’est d’ailleurs le thème de son plus récent spectacle – tellement ses imitations sont variées et surtout, qu’il les fait interagir ensemble dans des situations souvent inusitées ou, dans le cas des chanteurs, sur des chansons que jamais au grand jamais les artistes originaux n’auraient osé chanter. Vous souvenez-vous de son imitation de Michel Louvain chantant Hawaïenne des Trois Accords, qu’il avait faite il y a trois ans lors de son passage à Lamèque? Drôle à pisser, d’autant plus que l’effet surprise était impeccable. C’est d’ailleurs ce genre d’effet qu’il recherche lorsqu’il monte ses shows en compagnie de son fidèle complice, Stéphane Laporte.

«En fait, j’essaie surtout de faire en sorte qu’il n’y ait pas de confusion avec ce que je faisais avant. Mon interprétation de We Are The World ne se retrouve pas dans le nouveau spectacle. Je ne veux pas que les gens disent “ah non! pas encore ça!“. J’essaie de me tenir à jour sur l’actualité et de m’amuser avec les personnages que j’incarne», souligne André-Philippe Gagnon en entrevue téléphonique.

L’humoriste québécois, qui sera en spectacle vendredi et samedi, à 20 h, au Carrefour de la mer de Caraquet, a d’ailleurs concocté un menu à la page pour sa nouvelle série André-Philippe Gagnon est un réseau social. Garou, Richard Desjardins, Fred Pellerin, Vincent Vallières et quelques autres joueront dans une comédie musicale intitulée Cônemania, inspirée par l’avalanche de cônes orange envahissant les routes de Montréal et de quelques autres endroits au Québec. Même des Acadiens, les membres du groupe Radio Radio, toujours dirigés par les cordes vocales d’André-Philippe Gagnon, prendront part à ce numéro.

«Je trouvais que leur jacuzzi était intéressant pour la thématique! Le maire de Saguenay, Jean Tremblay, aura aussi son mot à dire durant le spectacle», indique André-Philippe Gagnon, qui fera également un numéro sur le Canadien de Montréal avec plusieurs protagonistes de L’Antichambre, un tableau résumant la carrière de Michael Jackson ainsi qu’un palmarès des 10 sujets d’actualité ayant attiré son attention au cours des dernières semaines.

Il revient en outre avec son numéro sur le chanteur parfait, dans lequel André-Philippe Gagnon demande au public de combiner une voix, une démarche et une chanson de ce qui représenterait pour lui l’artiste idéal. Et le clou du spectacle: ce numéro pendant lequel il choisit une personne du public totalement au hasard et dont il imite la voix avec une précision telle que même la plus fine des oreilles absolues n’y voit que du feu.

«Ça permet beaucoup d’interaction avec les gens. Je me nourris beaucoup de l’énergie du public. Ça se sent quand un public est plus gêné. Mais quand il est “dedans“ et qu’il me dit “on en veut plus“, je leur dis “OK, tenez-vous bien, on va faire le party“», appuie André-Philippe Gagnon avec un sourire dans la voix.

Il préfère d’ailleurs de loin cette énergie brute du public qui lui permet de communiquer avec lui en direct, plutôt que se retrouver devant les rayons cathodiques ou numériques d’une page Facebook. L’humoriste admet son paradoxe avec le titre de son spectacle: il n’est pas un fervent «twitteux» ou «facebookeux».

«Je fais mon mea-culpa! Je me dis que comme je suis moi-même un réseau social et que je fonctionne à plein temps, ça m’exempte de devoir alimenter ma page Facebook!», déclare-t-il dans un éclat de rire.

«Non pour vrai, je ne me sens pas du tout à l’aise devant un écran d’ordinateur. Ma fille, Camille, me dit souvent que je devrais faire un effort. Mais je me sens toujours coupable lorsque j’appuie sur le bouton “envoyer“. Je me dis que j’aurais pu écrire autrement. Mais pour moi, passer deux heures à jaser avec le public, ça, ça m’allume!», exprime André-Philippe Gagnon avec conviction.