À qui profite l’argent recueilli pour lutter contre le cancer du sein?

MONCTON – En réalisant le documentaire L’industrie du ruban rose, la cinéaste Léa Pool a voulu susciter un débat autour de la question des campagnes de marketing social et de financement associées au cancer du sein.

Un peu comme tout le monde, Léa Pool voyait ces femmes marcher, courir, pédaler et acheter toutes sortes de produits roses afin de financer la recherche sur le cancer du sein sans vraiment se poser de questions.

Puis un jour, une productrice de l’ONF l’a contactée pour entreprendre la réalisation d’un documentaire sur le sujet… Qu’en est-il vraiment de ces campagnes de marketing représentées par le ruban rose menées par de grandes corporations et de toutes ces sommes d’argent amassées? Servent-elles vraiment la cause des victimes du cancer et de la recherche?

Avec ce film, Léa Pool apporte une autre perspective sur cet enjeu. Derrière ces campagnes qui donnent une image plutôt positive, voire festive, remplie d’espoir, il y a la terrible réalité de la maladie.

Dans ce film, on apprend, entre autres, que le nombre de femmes qui développent un cancer du sein a augmenté et que le taux de mortalité est demeuré sensiblement le même qu’il y a 40 ans. Alors on est en droit de se demander à qui profite vraiment tout cet argent recueilli.

Sorti d’abord au Québec, puis aux États-Unis, ce long métrage documentaire très critique et émouvant sera présenté pour la première fois au Nouveau-Brunswick à compter du 1er octobre, dans le cadre de la nouvelle saison des Rendez-vous de l’ONF.

«Il a vraiment suscité un débat et c’était le but principal du film, d’essayer d’avoir une autre conversation sur ce sujet, de creuser un peu le sujet, voir ce qu’il y a derrière ça qui n’est pas tout à fait au point», a déclaré Léa Pool, au cours d’un entretien avec l’Acadie Nouvelle.

Pour arriver à faire ce film, la réalisatrice s’est inspirée d’abord d’un article et d’un livre de Samantha King, Pink Ribbons, Inc – Breast Cancer and the Politics of Philanthropy. Cette dernière parle d’ailleurs dans le film. Bien documenté, le film présente des entretiens avec des expertes, des professionnels de la santé, des auteurs et des militantes.

La cinéaste a interviewé aussi des gens qui organisent ces campagnes de financement au sein de grandes entreprises. On assiste à plusieurs rassemblements de femmes et de survivantes qui participent à ces immenses collectes de fonds. Léa Pool a donné aussi la parole à des femmes atteintes du cancer du sein de stade 4 dont la survie est peu probable.

«Ces femmes qui sont malades elles n’ont pas tellement voix au chapitre. Sur toutes les publicités, ce sont des femmes en pleine santé, belles, ça n’a rien à voir avec l’horreur de cette maladie qui ne représente pas cette image édulcorée», a indiqué Léa Pool.

Le film parle de lui-même.

Renommée pour être une visionnaire, Léa Pool, qui fait du cinéma depuis plus de 30 ans, a réalisé davantage de films de fiction que de documentaires.

«En fiction, on part de quelque chose de très personnel, d’un univers fictif qu’il faut habiter et nourrir de notre propre imaginaire, alors qu’en documentaire, on reçoit énormément des gens qu’on rencontre et on est au service d’une cause, d’un sujet. C’est très nourrissant de travailler en documentaire, et en plus, il y a une sorte de liberté parce que les équipes sont plus petites», a expliqué la cinéaste québécoise qui travaille à deux nouveaux projets, dont un documentaire international sur les enfants des mères en prison.

L’industrie du ruban rose est présenté à Moncton et à Caraquet le 1er octobre, à Fredericton le 2 octobre et à Edmundston le 4 octobre. Les projections commencent à 19 h et l’entrée est libre.