Le développement de l’industrie musicale porte ses fruits

NDLRCe texte est le troisième d’une série de trois sur les groupes en émergence en Acadie.

DIEPPE – Les efforts pour développer l’industrie musicale en Acadie commencent à porter leurs fruits, estiment plusieurs acteurs de la scène culturelle. La multiplication des tribunes et des initiatives, comme Accros de la chanson, contribuent certainement à l’essor des artistes émergents.

Des diffuseurs, musiciens, animateurs et gérants s’entendent pour affirmer qu’il y a une belle cuvée d’artistes émergents en ce moment, des créateurs de qualité, avec une authenticité, un univers singulier et de plus en plus professionnel.

«Ça fait plusieurs années que nous sommes en train de bâtir la fondation. C’est comme si ça commence à porter des fruits et on est en train de profiter des graines que nous avons semées», a déclaré le représentant du secteur musique à l’Association acadienne des artistes professionnels du N.-B., Sébastien Michaud.

Au-delà du talent, les musiciens doivent souvent diversifier leurs activités et persévérer. Plusieurs occupent aussi d’autres emplois.

«La clé du succès n’est pas nécessairement de vivre à 100 % de sa musique. Je dis tout le temps aux artistes, gardez votre job de jour. S’ils pensent que pour être des artistes complets, il faut absolument qu’ils vivent de ça et qu’ils soient pauvres, moi je ne suis pas d’accord avec ça, parce que quand t’as des problèmes financiers, t’es pas très inspiré», a indiqué la gérante d’artistes et consultante en communication Carol Doucet.

S’il y a autant de bons artistes émergents en ce moment, la faute revient beaucoup au concours Accros de la chanson, soutient Carol Doucet. Le succès de Lisa LeBlanc et de Radio Radio démontre aussi qu’il est possible de faire ce métier en commençant au Nouveau-Brunswick.

Le directeur du Service des loisirs socioculturels de l’Université de Moncton, Louis Doucet, constate qu’il y a de plus en plus de tribunes offertes aux auteurs-compositeurs de la relève leur permettant de poursuivre leur travail de création, de se perfectionner et de leur donner des ailes. Il cite en exemple le Festival en chanson de Petite-Vallée, le Festival international de la chanson de Granby, Les rencontres qui chantent et d’autres manifestations qui ouvrent leurs portes aux artistes acadiens.

Cependant, Louis Doucet se désole de voir la population étudiante arriver en milieu universitaire avec une connaissance ou une appréciation de la musique francophone plutôt minime.

«Je trouve que leur culture générale s’est américanisée. Leur habitude de consommation, c’est de la musique de DJ, je n’ai rien contre ça, mais je trouve juste que c’est assez ironique, alors que le talent et les choses qui sortent en français sont vraiment de petits bijoux», a exprimé Louis Doucet, qui considère que les médias sociaux véhiculant largement la culture anglophone et la production d’émissions de variétés du genre América’s got talent jouent certainement un rôle dans l’américanisation de la culture. Comment dans cet océan culturel nord-américain arriver à créer un engouement et une sensibilité à l’expression francophone?

«J’aurai cru avec tout ce qui a été mis en place que ça irait de mieux en mieux, mais je me rends compte que c’est de plus en plus difficile», a poursuivi Louis Doucet qui salue les initiatives artistiques de la Fédération des jeunes francophones du N.-B, rappelant que l’intégration des arts et de la culture commence à l’école.

L’animateur radio et DJ Marc Xavier LeBlanc se réjouit de voir la variété de styles musicaux se développer en Acadie.

«La plupart des jeunes de la côte Est ont grandi en écoutant de la musique anglophone, mais ils sont de plus en plus fiers de parler dans leur langue, au lieu du français du Québec et de la France, de s’affirmer comme Acadiens et d’écrire en chiac ou dans leur dialecte», soutient Marc Xavier LeBlanc.

Les artistes émergents sont d’une maturité incroyable au niveau de leur présence sur scène, de leur écriture et de l’encadrement professionnel, avance le directeur du Théâtre Capitol, Marc Chouinard.

«On est rendu à un point où on commence à pouvoir s’en occuper dans d’autres marchés, que ce soit au Québec ou en Europe. La notion de gérance ou de gestion d’artistes à partir de notre territoire commence à être vraie et réelle», a-t-il ajouté.