L’intolérance racontée par neuf personnages

MONCTON – Mélange d’humour, de réalisme et d’intensité, la pièce Cul-de-sac, de l’auteur néo-écossais Daniel MacIvor, sur l’intolérance, nous transporte dans un quartier peuplé de divers personnages tous incarnés par un seul comédien, Ludger Beaulieu. De la haute voltige théâtrale.

À la fin de la première représentation au théâtre l’Escaouettte à Moncton, Ludger Beaulieu a été salué par une ovation du public. Une ovation bien méritée. Le comédien, qui a terminé ses études en art dramatique à l’Université de Moncton en avril dernier, relève le défi avec brio. Pendant une heure et 40 minutes, il est seul sur scène. La pièce aurait pu être écrite pour plusieurs comédiens, mais l’auteur en a décidé autrement, donnant ainsi une dimension totalement fascinante à cette œuvre. À l’issue de la représentation, Ludger Beaulieu confie qu’il est totalement épuisé. C’est exigeant comme pièce.

«C’est un bizarre de sentiment parce qu’en sortant de la scène, j’arrive dans la loge et j’ai envie de m’effondrer et, tout d’un coup, ça devient une autre énergie complètement différente et c’est un bon feeling», a déclaré le comédien originaire de Campbellton qui a déjà présenté cette pièce au Département d’art dramatique à l’automne 2011 alors qu’il était encore étudiant. Un an plus tard, le comédien reprend le texte sur une scène professionnelle avec la même metteure en scène, Marcia Babineau, aussi directrice artistique du théâtre l’Escaouette.

Avec des retours dans le passé, Cul-de-sac raconte l’histoire des dernières minutes de la vie de Leonard, qui demeure au fond d’un cul-de-sac entouré de voisins. Chacun vient raconter un peu sa vie et celle de Léonard selon sa propre perception. Un soir, un grand bruit étrange s’est fait entendre dans le quartier. Qu’est-il arrivé à Leonard?

Ludger Beaulieu joue neuf personnages, un gai, un couple, une jeune fille, un vieillard, un danseur… Le grand défi, confie-t-il, a été de bien marquer les personnages afin qu’on puisse les différencier. Il y a un moment dans la pièce où presque tous les personnages sont en scène. C’est une fête de Noël.

«Si on n’avait pas réussi à bien différencier les personnages, ce bout-là de la pièce aurait flopé. C’était ça le plus gros défi», a mentionné le comédien, qui arrive à rendre cette scène avec pas mal d’assurance et de conviction.

Au-delà de la prestation de Ludger Beaulieu, cette pièce aborde des thématiques importantes, comme l’intolérance, la solitude et l’indifférence.

«Je trouve que c’est un beau message contre l’intolérance, contre l’indifférence donc, vraiment, ce n’est plus juste une question de satisfaction personnelle. Ça devient de l’engagement», a poursuivi le comédien, qui se sent privilégié de pouvoir reprendre cette œuvre au théâtre l’Escaouette.

Avant d’entrer en scène, Ludger Beaulieu arrive deux heures et demie à l’avance au théâtre afin d’effectuer des exercices physiques et des réchauffements vocaux.

«J’embarque sur scène puis, des fois, j’ai l’impression que je n’ai aucune idée de mon texte. Ça sort tout seul», a-t-il ajouté.

Fanny Britt a signé la traduction française de la pièce. La scénographie et les costumes sont d’Alain Tanguay, les éclairages de Louise Lemieux et la conception sonore de Jean-François Mallet. Présentée en tournée au Nouveau-Brunswick du 15 au 28 novembre, la pièce s’arrête à Caraquet, Tracadie-Sheila, Fredericton, Edmundston, Dalhousie, Shediac, Néguac et Shippagan.