L’héritage de Nérée De Grâce en montre à Shippagan

SHIPPAGAN – De son vivant, Nerée De Grâce n’a jamais côtoyé la gloire. Malgré la qualité de son œuvre, son art est resté dans l’ombre durant la majorité de sa vie et ce n’est qu’en 1979, à l’âge de 59 ans, qu’une rencontre avec la chanteuse Édith Butler change le destin du peintre originaire de Shippagan. Même 10 ans après son décès, il demeure relativement inconnu à l’extérieur des cercles initiés, bien que cela soit sur le point de changer.

Au courant de la prochaine année, une partie de son œuvre, issue de la collection privée d’Édith Butler et de Lise Aubut, sera en exposition au Centre des congrès de la Péninsule acadienne, à Shippagan, jusqu’en 2013.

Cette exposition a été rendue possible en partie grâce au travail de Gaétane Manzerolle-Haché, responsable de l’organisation de cette exposition. Toujours attirée par les œuvres naïves et surréalistes de Nérée De Grâce, elle a contacté Édith Butler afin de présenter le travail de l’artiste dans sa ville natale.

«Pour moi, son art représente Shippagan et les environs. Quand il parle de Pointe-Sauvage, c’est Shippagan, la famille Mallet. Ce sont toutes des choses qui viennent nous chercher. J’aime beaucoup les couleurs, c’est naïf et léger. Soit tu aimes ou soit tu n’aimes pas, mais il a su recréer toutes les scènes acadiennes», souligne Gaétane Manzerolle-Haché.

Nérée De Grâce a attendu longtemps avant de se faire connaître. Il a consacré la majeure partie de sa vie à diriger une petite entreprise de publicité et de sérigraphie. Il faisait de l’art à temps perdu. La chanteuse Édith Butler se souvient de sa première rencontre avec le peintre.

«Il m’a envoyé une lettre et puis des photos de ses tableaux. Probablement qu’il m’a envoyé ça parce que j’étais connue et une Acadienne, mais je ne connaissais pas nécessairement l’art plus qu’il faut. Je lui ai téléphoné et j’ai dit: «Écoute, je m’en vais à Québec dans trois jours, j’irais te voir». Quand je suis arrivée chez lui, sa femme a dit: «C’est une chance que ça ne t’a pas pris plus longtemps, ça fait trois jours qu’il ne dort pas»», raconte Édith Butler, récipiendaire du prix du lieutenant-gouverneur pour l’excellence dans les arts de la scène 2012.

Le coup de cœur est immédiat.

«J’ai été foudroyée par la qualité des tableaux et je trouvais que c’était l’expression de l’âme acadienne qui passait dans ses toiles», explique-t-elle.

Elle se procure un bon nombre de ses tableaux et elle le prend sous son aile en organisant des vernissages et en présentant son art avant ses concerts. Une de ses créations figure même sur un timbre de Postes Canada, au début des années 1980.

«J’ai vécu avec ses œuvres pendant des années. J’avais une très grande maison de 15 pièces à Montréal et j’avais des toiles de Nérée dans chacune de mes pièces. Tous les personnages sont de chez nous, des gens très colorés, mais un peu timides. Ils ont toujours leurs yeux cachés en dessous de leur chapeau, ils t’observent. Les Acadiens sont comme ça, ils observent les autres, mais pas pendant longtemps. Avec le temps, soit tu deviens un ami ou soit ça ne passe pas», avance Mme Butler.

Depuis sa mort en 2002, à l’âge de 82 ans, les œuvres de Nérée De Grâce ne cessent de voyager un peu partout. Au début de l’année, elles étaient au Musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul. En 2013, elles pourront également rendre visite à Fredericton.

«Je ne veux pas que les gens l’oublient», affirme Édith Butler.