II: la paranoïa de l’autre

MONCTON – Jusqu’où peut aller la peur de l’autre? Voilà un peu ce qu’explore le suspens II (Deux), du dramaturge ontarien Mansel Robinson, qui prend l’affiche à Moncton jeudi et à Caraquet vendredi.

En plus de jouer dans la pièce, l’homme de théâtre Jean-Marc Dalpé, originaire d’Ottawa, signe la traduction de cette coproduction du Théâtre du Nouvel-Ontario et de la Vieille 17. Le public acadien se souviendra certainement de Jean-Marc Dalpé pour sa prestation dans la pièce Slague, une histoire de mineur, aussi écrite par Mansel Robinson. Jean-Marc Dalpé raconte qu’en lisant cette nouvelle pièce de Mansel Robinson il a eu envie d’entreprendre ce nouveau projet de traduction en raison de sa pertinence.

«J’ai eu envie de le faire parce que c’est ce que je reconnaissais dans l’oeuvre de Mansel, au niveau de sa parole, de son point de vue sur le monde, surtout aussi parce que c’était un peu différent des autres qui étaient ancrés dans la réalité du nord de l’Ontario, tandis qu’ici on aborde une question plus d’actualité. Aussitôt que je l’ai lue, je me suis dit c’est quelque chose dont il faut parler», a déclaré en entrevue Jean-Marc Dalpé.

Deux raconte l’histoire d’un policier canadien blanc, Mercier (Jean-Marc Dalpé) et de son épouse, Maha (Elkahana Talbi), une médecin musulmane originaire du Magreb. La pièce commence dans une salle d’interrogatoire où Mercier confesse son crime à deux autres policiers. Jean-Marc Dalpé souligne qu’on apprend très vite que Mercier a tué son épouse. «L’énigme qu’on cherche à résoudre c’est le pourquoi et qu’est-ce qui s’est passé au juste.»

Juste à côté, dans un autre espace-temps, il y a Maha qui raconte son point de vue sur ce qui va mal dans son couple. Elle fait ce témoignage quelques heures avant le meurtre. L’action se déroule donc en deux temps différents, c’est-à-dire quelques heures avant le meurtre et juste après l’acte.

«On commence à comprendre une chose, mais tranquillement, à mesure que la pièce avance, on commence à comprendre quelque chose d’autre et nos allégeances changent de bord», a poursuivi Jean-Marc Dalpé.

Celui-ci précise que la pièce décortique les mécanismes de la paranoïa collective et ce climat de suspicion qui s’est installé dans nos sociétés à la suite des attentats du 11 septembre 2001.

«Mercier devient obsédé par cette idée que sont épouse est peut-être une terroriste à cause d’une espèce de méfiance qui s’est installée dans notre société.»

«C’est ça qu’il y a d’insidieux depuis le 11 septembre. Cette espèce de méfiance et de peur de l’autre qui est nourrie par les films, les nouvelles, les médias et par tout l’environnement. C’est en train de pourrir nos relations avec nos voisins, nos compatriotes», a exprimé Jean-Marc Dalpé, qui a choisi d’interpréter son personnage avec sobriété. «C’est un geste tellement extrême qu’il faut essayer d’être le plus sobre possible, laisser les gens imaginer les émotions et que le public sente tout le bouillonnement qu’il y a en dessous», a ajouté le comédien qui a plus de 35 ans de métier.

Geneviève Pineault assure la mise en scène de cette pièce qui est présentée au théâtre l’Escaouette le 29 novembre et au Centre culturel de Caraquet le 30 novembre. Les représentations débutent à 20 h.