Caroline Savoie, un conte de fées qui n’en finit plus

CARAQUET – Difficile de croire qu’elle n’a que 19 ans quand on regarde son impressionnante feuille de route des 12 derniers mois.

Les faits ne trompent pourtant pas. Les radios font tourner ses chansons à des heures de grande écoute, l’industrie musicale, qui l’a rapidement adoptée, a la conviction d’avoir entre les mains un diamant brut et, plus important encore, le public l’adore et en redemande. Personne ne doute de ses chances de suivre les traces de Lisa LeBlanc et des Hay Babies, autres phénomènes au féminin du mouvement folk acadien qui «contaminent» délicieusement la francophonie mondiale depuis deux ans. L’histoire de Caroline Savoie, c’est un conte de fées que Charles Perrault aurait sans doute aimé écrire.

Malgré son succès, la jeune auteure-compositrice-interprète de Dieppe, qui fréquente depuis quelques semaines l’École nationale de la chanson de Granby, là où sont déjà passés, entre autres, Lisa LeBlanc, Cédric Vieno et Raphaël Butler, garde les deux pieds bien ancrés au sol. Pas question de laisser sa réussite lui enfler la tête.

«La dernière année a été beaucoup mieux que je ne l’avais anticipé, dit-elle. En fait, je ne m’attendais à rien de tout ça. Quand j’ai commencé à faire de la musique, c’était au départ un simple passe-temps. Avec le temps, c’est devenu une passion. Mais jamais je n’avais pensé que je pourrais un jour en faire mon métier. Je réalise que je suis très chanceuse. J’ai une belle équipe qui me supporte.»

Croyez-le ou non, malgré les belles tapes dans le dos qu’ont été ses victoires au Sommet de la chanson de Kedgwick en 2011 et au concours Accros de la chanson l’année suivante, et en dépit de sa présence à la une du numéro de mars 2012 du magazine Reviewer, qui répertoriait les 25 jeunes femmes à surveiller sur la scène musicale indépendante en Amérique du Nord, Caroline Savoie doutait.

«C’est normal d’avoir des doutes. Ce n’est pas un métier facile. Il n’y en a pas beaucoup qui font ce métier et qui ont du succès. C’est difficile de percer et de faire de l’argent. Pour y arriver, il faut que tu travailles fort. C’est ce que j’ai fait et c’est ce que je continue de faire», affirme-t-elle.

Malgré tout, elle doit parfois se pincer pour réaliser tout ce qui lui arrive depuis qu’elle a pris la décision de faire de la musique sa carrière. On la devine d’ailleurs un brin gênée par toutes ces marques d’affection qui déferlent sur elle.

Il y a quelques mois, le directeur général du Théâtre Capitol, Marc Chouinard, qui est pourtant quelqu’un qui en a vu et revu au cours des dernières décennies, a profité d’un long entretien avec l’animatrice Cynthia Maillet, à l’émission Au rythme des courants, à Ici Radio-Canada Première, pour clamer sa certitude de voir un jour Caroline Savoie rayonner sur la scène internationale. Il va même jusqu’à dire qu’elle a tous les outils pour mener de front des carrières en français et en anglais (rappelons que Caroline Savoie a lancé un minialbum en anglais en 2011 intitulé Just Sayin’).

«Ça me touche énormément d’avoir autant de soutien et d’amour de la part des gens de chez nous. C’est quelque chose que je vais toujours chérir. J’ai toujours été fière de mes origines acadiennes, mais je le suis encore plus aujourd’hui.»

«Ce que je retiens le plus de 2013, ce n’est pas vraiment un spectacle en particulier. Non, ce que je retiens c’est d’avoir réalisé à quel point la communauté artistique du Nouveau-Brunswick se supporte. C’est comme si nous étions une petite famille», raconte-t-elle.

Que lui réservent les 12 prochains mois?

«Si ça peut aller aussi bien qu’en 2013, je serai contente. Je sais déjà que je vais faire plusieurs spectacles l’été prochain au Nouveau-Brunswick et j’ai hâte. Je vais aussi retourner en Europe, probablement deux fois. On parle de la France et de la Belgique. Il n’y a rien qui est encore confirmé, mais c’est ce qui est le plan. Il y a aussi des spectacles qui s’annoncent au Québec et enfin il y a le Congrès mondial acadien.»

«J’aimerais aussi entrer en studio à un moment donné, mais il n’y a rien qui presse. Je veux d’abord m’assurer d’avoir le meilleur matériel possible avant de lancer mon premier vrai album.»

D’ici là, Caroline Savoie entend continuer de perfectionner son art à l’École nationale de la chanson.

«Je suis d’abord venue ici pour soigner mon syndrome de la page blanche. Je voulais aussi trouver qui je suis vraiment comme artiste pour que ça se reflète dans l’écriture de mes chansons. Je tiens à ce que mon premier album soit 100 % mon style. J’aime le folk, mais j’aime aussi qu’il y ait des arrangements dans mes chansons. Mon style, finalement, ça va être du folk avec des couleurs pop», annonce celle qui voue une grande admiration pour Norah Jones, Adele, Neil Young, Bob Dylan et le groupe Mumford and Sons.

Et elle en est où avec le syndrome de la page blanche?

«Je crois que je suis guérie, dit-elle en riant. J’ai déjà sept nouvelles chansons qui sont écrites.»

Une année de rêve

En août, Caroline Savoie a partagé la scène du Festival acadien de Caraquet en compagnie de Lisa LeBlanc et des Hay Babies. - Archives
En août, Caroline Savoie a partagé la scène du Festival acadien de Caraquet en compagnie de Lisa LeBlanc et des Hay Babies. – Archives

Plusieurs prix, une tonne de spectacles et de belles rencontres. Il n’y a pas à dire, Caroline Savoie n’est pas passée inaperçue en 2013.

En mars, deux semaines après avoir lancé son minialbum Laisse-moi rêver sous le label Le Grenier musique, le nouveau bébé de l’incontournable gérante d’artistes Carol Doucet, Caroline Savoie est choisie Artiste de l’année au 13e Gala paraacadémique de la Fédération des étudiants et étudiantes du Centre universitaire de Moncton (FÉÉCUM) et du Service aux étudiantes et étudiants (SAÉÉ).

En octobre, elle a remporté deux prix au Gala de Musique Nouveau-Brunswick, soit l’enregistrement solo francophone de l’année et l’enregistrement pop de l’année. Elle figure aussi parmi les finalistes de l’enregistrement francophone de l’année, prix qui sera finalement remis aux Hay Babies avec le minialbum Le Folio.

En novembre, elle a également mis la main sur le prix RADARTS/CMA2014 à la FrancoFête en Acadie, s’assurant du même coup de faire partie de la programmation du Congrès mondial acadien qui aura lieu du 8 au 24 août au Madawaska.

«J’ai fait plusieurs belles rencontres en 2013. Et tout ça, je le dois à la musique qui m’a aussi permis de voyager. Je suis même allée deux fois en France», mentionne la jeune Dieppoise de 19 ans.

Une expérience marquante?

«Il y en a eu plusieurs. Cependant, celle du Festival Interceltique de Lorient c’était vraiment quelque chose. Tu ne peux pas vivre ce genre d’expérience ici», dit-elle.

«La foule, c’était tout simplement fou. Il y avait 2000 personnes à chaque spectacle, tous des gens qui étaient super intéressés à ta musique. Il y avait tellement de bruit que tu n’entendais quasiment rien. Je n’avais jamais vécu ce type de foule avant. Tu as l’impression d’être une rock star. Tu marches dans la rue et les gens veulent prendre des photos avec toi. Ils veulent des autographes. J’ai vendu plusieurs CD à Lorient. C’est une expérience qui m’a grandement aidée et qui va me servir pour la suite.»

«J’ai vraiment appris beaucoup pendant mon séjour à Lorient. Comme j’ai fait deux spectacles par jour pendant 10 jours consécutifs, j’ai pu y pratiquer mes performances. C’était fou. C’était intense. Pour soigner ma voix, Serge (Brideau, des Hôtesses d’Hilaire) me disait de manger des bananes», lance-t-elle en riant.

Parmi les autres performances marquantes de sa dernière année, mentionnons ses vitrines pendant la semaine des East Coast Music Awards, en mars, au Festival Vue sur la relève de Montréal, en avril, et à la FrancoFête en Acadie, en novembre, ainsi que ses trois soirs au Festival de Tadoussac, en mai, à Gatineau. En août, elle a aussi partagé la scène avec Lisa LeBlanc et les Hay Babies au Festival acadien de Caraquet et au Pays de la Sagouine, de même qu’avec Zéro° Celsius, Radio Radio, Vishten et The Backyard Devils au Festival Acadie Rock de Moncton.