La critique littéraire en déclin

MONCTON – Les textes critiques en littérature déclinent dans les médias canadiens, ce qu’ont déploré les auteurs Jocelyne Saucier, Daniel Lessard et Anne Compton réunis en table ronde au Festival Frye à Moncton, jeudi. Selon eux, ce triste constat reflète peut-être aussi la situation de la culture présentement au pays. Quand ça va mal sur le plan économique, c’est souvent le secteur des arts qui écope en premier.

L’ancien journaliste et romancier historique Daniel Lessard estime que le sens critique n’existe plus beaucoup dans les médias, ceux-ci s’intéressant davantage au parcours de l’écrivain qu’à son livre.

«Quand j’ai publié mon premier roman, ce qui intéressait davantage les journalistes, c’était le journaliste à la retraite qui devient romancier», a affirmé Daniel Lessard, précisant qu’il s’est aperçu que l’important pour un auteur est de développer son lectorat.

L’auteur québécois qui vient de publier La revenante constate que la majorité des auteurs sont ignorés par les médias et que très peu d’articles se publient sur le roman historique, comme la poésie d’ailleurs. Il a rappelé que les ventes en littérature se situent en moyenne à 900 exemplaires.

La romancière Jocelyne Saucier a attribué aux médias le succès de son quatrième roman, Il pleuvait des oiseaux.

«Ce livre-là aurait pu passer inaperçu. Je suis certaine que ce sont les médias qui font le succès d’un livre. J’aime avoir le regard d’un lecteur professionnel sur mon roman. Bien que je préfère les médias écrits, c’est sûr que le média qui a le plus d’impact est la télévision, mais souvent on s’intéresse davantage à la personnalité de l’auteur», a exprimé Jocelyne Saucier.

Les auteurs de l’Atlantique sont moins présents dans les médias nationaux, a avancé la poète Anne Compton, du Nouveau-Brunswick.

«Nous avons besoin de cette conversation entre la critique et l’écrivain, mais les médias en font de moins en moins», a-t-elle indiqué.
Si dans l’ensemble, les auteurs souhaitent une plus grande présence de la littérature dans les médias, ils considèrent que les commentaires les plus touchants leur viennent souvent des lecteurs.

Plusieurs personnes ont assisté à cette table ronde à l’hôtel de ville de Moncton. Le comédien Philippe Beaulieu a particulièrement apprécié la franchise des intervenants.

«Tous les trois (les auteurs) confirment que la culture a de moins en moins de place dans les médias, ce qui veut dire qu’on l’analyse de moins en moins. Est-ce que les Canadiens sont en train de commencer à regarder ce que les autres font au lieu de réfléchir à notre culture à nous?», a soulevé Philippe Beaulieu.

Bénévole au Festival Frye, Mabel Levesque se passionne pour les tables rondes.

«Quand il y a des tables rondes comme ça, ça m’interpelle tout de suite. J’y viens tous les ans. On apprend à connaître les auteurs. La personne qui interviewe les auteurs pense à des questions et des dimensions auxquelles nous n’avons pas nécessairement pensé. On a de petites révélations et ça nourrit», a-t-elle commenté. La table ronde était animée par Catherine Voyer-Léger, du Regroupement des éditeurs canadiens-français.

Une deuxième table ronde qui s’intitule Derrière les histoires se déroule vendredi à midi avec Deni Y. Béchard, Éric Dupont et CS Richardson.