Une histoire d’amour entre l’Acadie et le Festival de la chanson de Tadoussac

TADOUSSAC – Le Festival de la chanson de Tadoussac constitue une belle escale pour les artistes acadiens.

De plus en plus d’artistes de l’Acadie sont invités à se produire au Festival de la chanson de Tadoussac. Cette année, on retrouve entre autres les Hôtesses d’Hilaire, Marie-Jo Thério et les Hay Babies.

«Premièrement, il y a une qualité de musiciens et d’artistes en Acadie. Quand j’ai été à la FrancoFête, j’ai été vraiment impressionné. Je trouve que les musiciens acadiens savent aller chercher l’âme de chaque style, faire du vrai, et qu’ils ont un plaisir à jouer qui emporte la musique. Il y a beaucoup de bons artistes. Peut-être qu’avant on ne les découvrait pas assez et qu’il y en avait tout autant», a affirmé le directeur du festival, Charles Breton.

Selon l’agente d’artiste, Carol Doucet, tout le monde veut venir jouer à Tadoussac, mais la sélection est extrêmement rigoureuse.

«Je dirais que ça fait partie des grands festivals au Québec, même si c’est petit dans le sens que ce ne sont pas de grandes salles. Mais c’est toujours plein. Il y a vraiment une qualité musicale et on est de plus en plus connus au Québec. On est aux FrancoFolies, à Tadoussac, à Petite-Vallée, il reste juste le Festival d’été de Québec qui ne fait pas beaucoup d’effort pour nous accueillir», a commenté Carol Doucet.

Une quarantaine de diffuseurs et programmateurs de spectacles du Québec et de l’Europe sont présents. De plus, la couverture médiatique est assez importante pour les Acadiens. Les Hôtesses d’Hilaire qui jouent trois soirs dans un bar en fin de soirée, ont accordé au moins six entrevues à des médias de partout.

«Je trouve ça flatteur qu’ils nous mettent trois soirs. C’est vraiment une belle place et une belle visibilité pour notre public, surtout qu’on s’en va jouer en France. Il y a une journaliste d’une radio française qui pensait que j’étais Pierre Lapointe», a raconté en riant Serge Brideau.

Les Hay Babies en sont à leur deuxième année à Tadoussac.

«L’année passée, on a fait trois ou quatre spectacles, et beaucoup de Québécois nous ont dit par la suite qu’ils nous avaient découverts à Tadoussac. Ici à Tadoussac, ce sont de vrais amateurs de musique et c’est une bonne place pour bâtir son public parce que les gens sont là pour découvrir la musique francophone», a exprimé Julie Aubé des Hay Babies.

Cette formation présente samedi un spectacle inédit en compagnie des Sœurs Boulay.

Deuxième passage à Tadoussac aussi pour Marie-Jo Thério qui savoure chaque minute de ce festival.

«Je vois que c’est un festival qui a gardé sa saveur hyperorganique qui permet à des auditeurs de rencontrer des artistes qui ont des approches singulières, personnelles et qui prennent des risques. Je me rappelle quand je suis venue, c’était avec mes premiers albums et je n’ai pas du tout été dépaysée à Tadoussac parce qu’il y a quelque chose qui nous ressemble, une proposition d’espace, une authenticité et une ouverture dans les rapports», a ajouté Marie-Jo Thério.

PETIT VILLAGE, GRAND FESTIVAL

La première image qui nous vient en tête en pensant à Tadoussac est celle des baleines, mais depuis 31 ans, il y a aussi la chanson qui s’est taillé une place importante dans ce village de 880 habitants, situé à l’embouchure de la rivière Saguenay.

En quatre jours, une quarantaine de chanteurs et groupes se produisent sur la douzaine de scènes du Festival de la chanson de Tadoussac qui attire environ 26 000 personnes. Une manifestation consacrée à la chanson francophone de tous les horizons musicaux. Des artistes du Québec, mais aussi de l’Acadie.

Pendant quatre jours, les gens de Tadoussac vivent au rythme du festival qui donne le coup d’envoi à la saison touristique. L’ensemble des hôtels, motels, gîtes, auberges de la région qui, dans la grande majorité, ouvrent leurs portes à l’approche du festival, sont pleins et les commerçants font des affaires d’or.

Le maire de Tadoussac, Hugues Tremblay, estime que les retombées économiques varient de 3 à 4 millions $. Pour un village de cette dimension, c’est tout un défi de maintenir ce festival.

«Ça prend du dévouement et des gens qui y croient. Notre intérêt personnel passe souvent après les intérêts du festival», a déclaré le directeur général du Festival, Charles Breton. Environ 80 bénévoles, dont la majorité provenant de l’extérieur du village, viennent prêter main-forte à la petite équipe d’employés.

«On crée tellement d’emplois pendant le festival parce que tous les commerces fonctionnent au maximum de leur capacité que les gens ne sont pas disponibles pour être bénévoles. Par exemple, les techniciens sont de Montréal, les gardiens de sécurité de Québec. Il faut dire aussi que n’avons pas ces ressources-là ici», a poursuivi Charles Breton, précisant que l’hébergement constitue un enjeu majeur dans l’organisation.

Au dire d’Alexandre Bergeron, de Chicoutimi, venu passer l’été à Tadoussac pour y travailler, le village bouillonne sur le plan culturel pendant toute la saison estivale.

«Il y a une énergie musicale qui est vraiment forte ici, avec des spectacles presque tous les jours. Ce n’est pas pour rien que c’est la 31e édition du festival et que ça tient encore», a exprimé Alexandre Bergeron.

L’économie de ce village dépend à 85 % du tourisme, indique le maire Tremblay, fier de dire que sa municipalité figure sur la liste des 35 plus beaux villages du Québec.

«Notre image de marque c’est les baleines, mais les baleines, on se dit aussi qu’il pourrait arriver quelque chose», a indiqué Hugues Tremblay, inquiet, entre autres, du projet de pipeline le long du fleuve Saint-Laurent.

«Même s’ils nous disent que c’est sécuritaire, cela pourrait avoir un impact sur la vie des mammifères marins qui sont des espèces sensibles.»

La municipalité mise donc aussi sur la culture pour diversifier son industrie touristique.

Le festival est né il y a 30 ans, de manière spontanée, raconte Charles Breton.

«À l’époque, c’était la grosse vague de disco puis le festival est venu en réaction à ça. Ç’a été une soirée improvisée à l’auberge de jeunesse et nous avions un budget de l’équivalent d’une caisse de 24», a relaté le directeur précisant qu’aujourd’hui le budget du festival frôle les 800 000 $.

À chaque festival,  l’église de Tadoussac se transforme en salle de spectacle de 500 places. C’est là que Pierre Lapointe a offert la première de son nouveau spectacle, jeudi soir.

Bien plus qu’une fête populaire, les organisateurs proposent une programmation alliant artistes établis et émergents, tout en favorisant les échanges avec les professionnels de l’industrie musicale.

«On cherche aussi à être une étape dans la carrière des artistes», a ajouté Charles Breton, rappelant que le choix des artistes se fait avec énormément de soin. Sans prétendre que le festival lance des carrières, la directrice, Catherine Marck, semble avoir le flair pour déceler les talents qui sont mûrs.