Lenny Breau et Clarence White: deux guitaristes acadiens légendaires et planétaires

CARAQUET – À moins que vous n’ayez habité sur une autre planète ces dernières années, vous n’êtes pas sans savoir que l’Acadie est devenue un terreau on ne peut plus fertile en musique. Prenez les guitaristes, par exemple. Ça foisonne tellement qu’on a parfois l’impression qu’un Eric Clapton ou un Jeff Beck en devenir se cache dans chaque maison.

Quiconque s’intéresse un tantinet à ce qui se brasse en Acadie est déjà familier avec la dextérité des Denis Surette (Les Païens, Les Improbables, La Virée), Christien Belliveau (The Backyard Devils) et Mico Roy (Hôtesses d’Hilaire, Les Hay Babies).

Parmi les autres guitaristes acadiens de renom, on retrouve aussi les John Boulay, Shaun Ferguson, Daniel Maillet, Nicolas Basque, Daniel Godin, J.P. LeBlanc, Steven LeBlanc, Greg Amirault, Éric Pitre, Jean-François Goguen, Mike Bourgeois et Mathieu Brun.

Mais ce que malheureusement trop de gens ignorent, c’est que l’Acadie a aussi produit deux guitaristes qui, encore aujourd’hui, figurent parmi les plus grands de l’histoire de la musique. Lenny Breau et Clarence White (LeBlanc), nés à seulement trois ans d’écart dans l’État du Maine au début des années 1940 de parents acadiens originaires du sud-est du Nouveau-Brunswick, sont même régulièrement cités par les nouveaux virtuoses de la guitare pour l’influence qu’ils ont eue sur la génération suivante.

Lenny Breau, dont les parents Harold (surnommé «Hal Lone Pine») et Betty Cody (née Côté) ont également connu une brillante carrière professionnelle, est reconnu pour avoir développé un style unique en mélangeant le jazz avec le country, le classique et le flamenco. Il suffit d’ailleurs d’écouter les harmonies qu’il est parvenu à livrer avec sa guitare pour réaliser à quel point sa virtuosité en a fait l’un des noms les plus respectés dans le milieu du jazz.

Chet Atkins, que Breau a toujours considéré comme son mentor, Ted Greene, Pat Metheny, Paul Yandell, George Benson, Leonard Cohen, Randy Bachman, Joe Pass, Tal Farlow et Johnny Smith sont parmi ses plus grands fans.

«C’est Paul Yandell qui m’a fait découvrir Lenny Breau en 1966 en m’apportant un enregistrement. Dès la première écoute, j’ai tout de suite su qu’il était l’un des plus grands guitaristes sur la planète. C’était la chose la plus excitante que j’avais entendue depuis des années. Je lui ai demandé qui était ce gars-là et il m’a dit que c’était Lenny Breau. Je me suis alors rappelé que j’avais déjà travaillé avec sa mère et son père. Certes, il a pris quelques-unes de mes idées, mais il est ensuite parti vers d’autres sphères auxquelles je n’avais même jamais rêvé. Ce jour-là a été l’un des plus beaux de ma vie», aimait raconter Chet Atkins.

 

Clarence White est réputé pour son flatpicking, à l’époque qu’il jouait du bluegrass, et pour avoir fait partie du groupe de country-rock The Byrds, de 1968 à 1973.  - Gracieuseté
Clarence White est réputé pour son flatpicking, à l’époque qu’il jouait du bluegrass, et pour avoir fait partie du groupe de country-rock The Byrds, de 1968 à 1973. – Gracieuseté

Clarence White, lui, est réputé pour son flatpicking, à l’époque qu’il jouait du bluegrass, et pour avoir fait partie du groupe de country-rock The Byrds, de 1968 à 1973.

Il a grandement aidé à populariser, au début des années 1960, la guitare acoustique comme instrument principal dans la musique bluegrass, alors que la guitare était jusque-là, à quelques exceptions près, utilisée comme instrument d’accompagnement.

On doit aussi à Clarence l’invention du B-Bender, un mécanisme qui permet de simuler le son d’une pedal steel guitar sur une guitare électrique.

À l’instar de Lenny Breau, plusieurs guitaristes légendaires citent Clarence White pour l’influence que ce dernier a eue sur leur carrière. On a qu’à penser à Dan Crary, à Norman Blake, à Tony Rice, à David Grier et à Russ Barenberg, entre autres.

Son père, Éric LeBlanc, ainsi que ses frères Roland et Eric White ont également connu de belles carrières professionnelles.

Cruelle ironie du destin, ces deux légendes acadiennes sont décédées brutalement dans l’État de la Californie. D’abord Clarence, en juillet 1975, qui a été tué par un chauffeur ivre. Celui de Lenny, en août 1984, est encore plus morbide puisqu’il a été retrouvé sans vie dans une piscine. Le coroner a toutefois établi qu’il avait été tué par strangulation et l’affaire n’a toujours pas été résolue.

Clarence White et Lenny Breau n’étaient âgés que de 29 et 43 ans lorsqu’ils nous ont quittés. Ils avaient donc encore plusieurs sons magiques à sortir de leur guitare.

Comment devenir un guitariste de premier plan?

BATHURST – Quelle est la recette pour devenir un guitariste de premier plan dans un groupe de musique? C’est justement la question qui a été posée à deux de nos meilleurs musiciens en Acadie, Denis Surette et Christien Belliveau.

Les deux as de la guitare s’entendent pour dire qu’il faut avant tout être passionné de musique, avoir la volonté de réussir et ne pas avoir peur de compter les heures à gratter les cordes de leur instrument.

«C’est certain qu’il faut aussi avoir un certain don, mais c’est surtout le travail qui fait la différence», indique Denis Surette, du groupe Les Païens.

«Personnellement, comme j’ai commencé à 17 ans, je suis ce qu’on peut appeler un late bloomer. Peu importe l’instrument que tu joues, c’est important de pratiquer souvent. Ça fait 26 ans que je joue de la musique et je continue de pratiquer. Il faut aussi que tu développes un style et ça peut prendre du temps. Mon style, je l’ai trouvé en gobant plusieurs styles, comme le rock, le jazz, le country, le blues et la musique africaine», révèle l’artiste âgé de 42 ans.

«C’est également important de développer ton oreille musicale, mais ça se pratique avec de l’entraînement», ajoute quant à lui Christien Belliveau, du groupe The Backyard Devils.

«Je ne l’avais pas à mes débuts, mais j’étais tellement obsédé par la musique que j’y suis arrivé. Il fait vraiment que tu sois passionné. Avant de toucher à une guitare, j’étais dans plusieurs sports, comme le hockey, le tennis, le soccer et le baseball. J’ai tout quitté à l’âge de 13 ans, au grand découragement de mon père, pour développer ma passion», mentionne le jeune guitariste âgé de 27 ans.

«Ton style, lui, tu le trouves en volant de petites choses sur les guitaristes que tu aimes. Puis, tu mélanges tout ça comme si tu te faisais un sandwich. Dans un sandwich, tu peux utiliser plusieurs sortes de pains, de viandes et de fromages. C’est la même chose avec la musique», explique Belliveau.

Mais il y a plus. Au-delà du talent, Surette et Belliveau ajoutent qu’il est tout aussi important de développer son caractère pour faire partie d’un groupe.

«Ça peut paraître bizarre à dire, mais pour réussir, il faut aussi que les gens t’aiment. Tu n’auras pas beaucoup de chances de réussir si tu as toujours une face de baboune ou encore si tu passes ton temps à chialer. Je connais des guitaristes extrêmement talentueux qui ne parviennent pas à travailler dans la musique parce qu’ils ne sont pas aimés», révèle Belliveau.

«Si tu veux faire carrière, il faut être une bonne personne. Les gens semblent oublier que quand tu fais partie d’un band en tournée, les spectacles ne représentent que 10 % de ton temps. Le reste du temps, tu ne fais que vivre avec les autres membres du groupe. C’est plate à dire, mais dans un génie de la musique il peut aussi se cacher un trou du cul. Un groupe, c’est comme une famille. Il faut que tu saches comment vivre avec ça, que les autres aiment t’avoir dans les parages», raconte Surette. – RL