Le Festival de musique baroque de Lamèque se termine sur une bonne note

LAMÈQUE – Le 39e Festival international de musique baroque de Lamèque s’est achevé sur une bonne note, samedi soir, à l’occasion du dernier des trois grands concerts présentés à l’église Sainte-Cécile de Petite-Rivière-de-l’Île.

Des mélomanes des quatre coins de la province et de l’extérieur s’étaient donné rendez-vous pour l’ultime concert du festival, intitulé Les voix de Dieu. En plus d’afficher complet, le concert, qui mettait en vedette le Chœur et Orchestre de la Mission Saint-Charles avec chanteurs solistes, s’est déroulé dans une ambiance empreinte de fierté et d’émerveillement.

Le directeur artistique du festival de musique baroque Mathieu Lussier, qui a également dirigé le concert de samedi soir, affirme avec un large sourire qu’il ne pouvait rêver mieux comme clôture pour l’événement.

«Je ressens un immense bonheur. L’orchestre et le chœur ont fait un boulot hallucinant pour le concert. Depuis quelques années, je les vois travailler et évoluer, tout le monde est vraiment investi à fond pour offrir des concerts de grande qualité et qui plaisent au public», souligne-t-il, rencontré quelques minutes à peine après avoir donné ses derniers coups de baguette.

Le directeur estime également que l’ensemble du festival, qui s’était ouvert jeudi soir, a répondu aux attentes des organisateurs, tant en termes d’affluence que de qualité des œuvres offertes.

«Les gens ont répondu présents à la hauteur de ce que nous espérions chaque soir. Je lisais récemment un article dans votre journal sur l’engagement citoyen. Je pense que le public du festival a compris ce principe. C’est vrai que nous avons connu quelques difficultés financières au cours des dernières années, mais je crois que le message sur l’importance de continuer à faire vivre l’événement a bien passé. J’ai senti que le public a eu peur de nous perdre et qu’il a répondu à notre appel pour garder son festival. Je crois que nous sommes revenus sur les rails, et pour encore un bon bout de temps», exprime Mathieu Lussier avec entrain.

Cela augure bien pour le 40e Festival international de musique baroque de Lamèque, qui aura lieu du 23 au 25 juillet 2015, indique le directeur artistique.

«Nous avons déjà établi une programmation préliminaire qui s’annonce très intéressante. Nous comptons peut-être ramener certaines initiatives que nous avions explorées par le passé et nous avons aussi beaucoup de nouvelles idées», avance celui qui en est à sa dernière année à la barre du festival.

«Après sept ans comme directeur artistique, je quitte le festival avec le sentiment du devoir accompli. L’organisation du festival est extraordinaire, sa réputation est intacte au niveau national et international et je suis certain qu’ils sauront trouver un nouveau directeur qui saura le porter encore plus loin», déclare celui qui est devenu depuis peu chef associé des Violons du Roy à Québec ainsi que professeur de musique dans une université à Montréal, en plus d’avoir plusieurs autres engagements à titre de bassoniste et qui entend néanmoins à demeurer près de l’événement, qu’il considère comme l’une de ses plus belles expériences dans sa carrière musicale. 

UNE FINALE DIVINE

Le 39e Festival international de musique baroque de Lamèque a offert au public une finale divine dans tous les sens.

Le concert Les voix de Dieu, composé d’œuvres du XVIIe siècle écrites à la gloire de Dieu et du roi de Grande-Bretagne, aurait pu s’avérer casse-cou. Chaque pièce avait son lot de difficultés techniques de haut niveau et commandait à la fois expressivité et nuances.

Le Chœur et Orchestre de la Mission Saint-Charles s’en est très bien tiré dans le Miserere en do mineur de Zelenka, qui ouvrait la soirée. L’orchestre et le chœur en ont offert une interprétation magistrale, saisissant toute sa gravité ponctuée de moments d’exaltation et de suppliques lorsque le chœur demande à Dieu sa grâce et sa sanctification. Au troisième mouvement, la soprano Marie Magistry, en guise de premier solo de la soirée, a fait preuve d’une belle expressivité avec sa voix satinée dans les aigus et plus ronde dans les graves.

Le motet en do mineur In furore Iustissimae Irae de Vivaldi – compositeur de prédilection du festival – s’est avéré fougueux et rien de moins qu’extatique, surtout avec la présence de la soprano québécoise Florie Valiquette comme soliste. Avec son beau timbre agile et velouté, la jeune femme a déclamé les deux Arias et le Recitativo avec une maîtrise parfaite dans les montées rapides et les transitions d’octaves qui se déchaînaient parfois, sans visiblement lui faire peur. Florie Valiquette fut définitivement la reine de la soirée; sa prestation lui vaudra d’ailleurs une longue ovation bien sentie.

Les deux Handel (le Coronation Anthem Let Thy Hand Be Strenghthened et le Dixit Dominus) précédant et suivant l’entracte ont également enchanté le public. On peut retenir surtout le Dixit Dominus en deuxième partie, pour son éloquence et sa justesse malgré quelques légers accros des violons au début du premier mouvement – ah ces cordes dans la chaleur humide d’une église! Une œuvre grandiose en neuf mouvements qui incitait à la méditation. Du coup, la musique et les voix semblaient couler de source et la beauté à l’état pur primait le haut degré de virtuosité évident de cette pièce majeure de Handel.

À noter que le concert était dédié à Marilyn et Henry Litz, originaires du Maine et généreux bienfaiteurs du festival, à qui les organisateurs ont d’ailleurs rendu hommage samedi soir.

Rencontrés pendant la pause, M. et Mme Litz n’avaient que de bons mots pour le concert et l’ensemble du festival.

«Nous venons au festival depuis environ 15 ans et chaque fois, nous sommes étonnés qu’un village de pêcheurs comme Lamèque puisse présenter un festival musical de cette qualité», a souligné M. Litz dans un français quasi impeccable.

Le concert Les voix de Dieu a été enregistré par la radio de Radio-Canada et sera diffusé sur les ondes nationales d’ICI Musique le 14 août, à 21 h, dans le cadre de l’émission Soirées classiques animée par Françoise Davoine.