Recherchant l’essentiel, Yves Duteil, qui s’arrêtera prochainement à Moncton, a développé une belle relation avec le public canadien. Le célèbre auteur-compositeur-interprète français, qualifié d’orfèvre des mots, vient présenter son plus récent opus, Flagrant délice, qui dépeint de façon poétique le monde d’aujourd’hui.
Quarante ans de chanson n’ont pas réussi à affaiblir la passion d’Yves Duteil pour la création. Après une pause obligée de plusieurs mois en raison d’un problème cardiaque grave, le chanteur, qui est de retour sur scène depuis janvier, cherche avant tout à renouer avec l’essentiel, c’est-à-dire la famille et la création.

«Une fois qu’on émerge de tout, il y a un changement de regard qui donne aussi en général un changement de vie parce qu’il faut tirer les conséquences. Le temps qui nous est imparti est limité, donc il faut peut-être davantage aller vers nos essentiels et évidemment ça amène à les définir», a confié l’artiste qui a décidé de ne pas se représenter à la mairie de son village afin de se recentrer vers ses activités artistiques. Yves Duteil a été maire de Percy-sur-Marne pendant 25 ans.

«Être élu c’est arrivé un peu par hasard et ça va rester une très longue parenthèse. Ma vraie vocation c’est d’écrire des chansons, de chanter et d’être un artiste», a-t-il poursuivi.

Celui qui peut se vanter d’avoir composé Prendre un enfant, élue plus belle chanson française du XXe siècle d’après un sondage public en 1988, raconte qu’il a vécu un moment incroyable, mais aussi une sorte de cataclysme.

«On vous dit que vous avez écrit la plus belle chanson du siècle, que vous êtes passé devant Piaf, Trenet, Brel, Brassens. Vous imaginez ce que ça peut être pour un jeune artiste, quand on vous renvoie l’image de quelqu’un qui aurait dépassé ses maîtres. Après, vous vous retrouvez devant une page blanche, c’est impressionnant. Par chance, j’avais déjà écrit des chansons. Ç’a quand même déclenché une remise en cause chez moi qui m’a amené à être plus l’homme de mes chansons et à me mettre au diapason humain des aspirations et des rêves que je décrivais dans mes chansons.»

Ironiquement, cette chanson est passée inaperçue à sa sortie. Ce n’est qu’un an plus tard qu’une radio française l’a programmée et qu’elle est devenue un succès.

Yves Duteil arrive avec un 14e disque, Flagrant délice, qui regroupe 12 titres portant sur le monde actuel et les nouvelles technologies. Celui qui manie les mots avec adresse arrive même à faire du cellulaire un objet poétique.

«Quand on cherche ce qui émane de notre époque, on trouve forcément ça. Tout le monde fait de la photo, appelle à l’autre bout du monde et a tous ses amis au bout des doigts, on ne peut plus faire abstraction de ça, c’est comme si on voulait désinventer la bombe atomique. En même temps, je trouve qu’il y a une grande poésie dans ça. C’est un objet qui est souvent très beau où on a tout notre univers intime dans le creux de notre main, avec tous les échanges de textos et de mots doux», a-t-il exprimé.

En spectacle, il propose à la fois un survol de ses chansons plus anciennes, des repères et ses nouvelles créations. Bien sûr, il y a les incontournables comme Prendre un enfant et La langue de chez nous. Impossible pour lui de venir au Canada sans chanter La langue de chez nous. Il se souvient bien de son dernier passage à Moncton en 2010.

«C’était une belle expérience parce que pour moi c’était la découverte d’un Canada francophone ailleurs qu’au Québec dans des endroits un peu plus isolés où le français était devenu une cause encore plus intense», a commenté le chanteur qui croit que la survie du français est un combat de longue haleine, ni gagné ni perdu d’avance.

Yves Duteil vient aussi de publier deux livres, dont un qui s’intitule La petite musique du silence, une compilation de ses réflexions sur la vie. Il signe aussi sa première biographie, Profondeur de chant, qu’il a écrite avec l’auteur Alain Wodrascka. Yves Duteil présente son spectacle au Théâtre Capitol, à Moncton, le 29 octobre.

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