Édith Butler, la «fille de Paquetville», se révèle dans une biographie

MONTRÉAL – «Édith est une icône de la culture acadienne – et dans son cas, ce n’est pas grossier de le dire», appuie Antonine Maillet à l’Acadie Nouvelle, alors qu’Édith Butler et Lise Aubut faisaient tout juste leur entrée dans une galerie d’art montréalaise bondée de gens venus assister au lancement, mercredi soir, de la biographie de «la fille de Paquetville», ainsi que mentionne le titre du bouquin.

De nombreuses personnalités du milieu artistique québécois et acadien ainsi que plusieurs parents et amis d’Édith Butler et de Lise Aubut étaient massés à la Galerie Gora, mercredi, pour célébrer la sortie de la biographie de la grande dame de la chanson acadienne. Parmi eux, Michel Louvain, Louise Forestier, Claude Lafortune, Diane Juster, Danielle Ouimet, le cinéaste acadien Phil Comeau, la soprano native de Caraquet Rosemarie Landry ainsi que l’auteure-compositrice-interprète Lisa LeBlanc.

«Je suis heureuse, jubilatoire! Je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait autant de monde au lancement! Même la promotion du livre va très bien!», a exprimé Édith Butler entre deux accolades de personnalités de son entourage.

Édith Butler, la fille de Paquetville, publiée aux Éditions de l’Homme, retrace le parcours artistique et intime de la chanteuse, qui célèbre cette année ses 50 ans de carrière.

Le livre d’un peu plus de 300 pages constitue un véritable chassé-croisé entre la pensée d’Édith et l’écriture poétique de sa gérante et complice Lise Aubut. Cette dernière réussit avec brio à traduire le franc-parler de l’Acadienne en une écriture fluide et souvent très touchante.

Celle qui, au départ, ne songeait pas à mener une carrière musicale active et qui s’est laissé convaincre par Félix Leclerc de composer son premier texte de chanson aura finalement connu un parcours auréolé de succès et de rencontres déterminantes qui auront influencé sa carrière et son existence forgée par son amour intarissable pour son Acadie et sa résilience à traverser les défis auxquels elle a dû faire face à divers moments.

«J’ai eu une belle vie, confie béatement Édith, même si ça n’a pas été toujours facile. Au moins, je n’ai pas eu une vie de scandales.»

Engagée et n’hésitant pas à sortir des sentiers battus, la chanteuse acadienne dit avoir très souvent suivi son instinct, au risque d’ébranler certaines conventions. À une époque où le star-system n’existait à peu près pas et où l’Acadie n’osait même pas se nommer chez elle – et encore moins à l’étranger –, Édith Butler se révèle être une véritable pionnière et ambassadrice de son patelin, tant au Canada qu’au Japon, en passant par la France, la Belgique et plusieurs autres endroits où les chocs culturels sont parfois violents, mais ne font jamais ombrage à l’accueil chaleureux qu’elle a reçu partout où elle est montée sur scène.

«Briser les conventions, je ne le faisais pas par provocation. C’était spontané. Je me présentais aux gens telle que je suis, et mon intuition ne m’a jamais trompée, comme celle du chat qui sait quand foncer tout en se préservant du danger.»

La biographie est ponctuée de quelques moments cocasses, comme lorsque, lors de l’une de ses premières prestations télévisées, elle est littéralement tombée dans un baril sur lequel elle était assise, brisant du coup la précieuse guitare de Fred McKenna, célèbre musicien folk dans les années 1960. D’autres épisodes sont moins heureux, comme son cancer du sein, dont elle relate en détail, vers la fin du livre, le choc violent au moment où l’affreux diagnostic est tombé. Elle parle aussi en toute candeur de ce passage à vide émotif pendant lequel où, malgré l’immense succès de son album Le Party d’Édith, lancé en 1985, et des autres opus du genre qui ont suivi, elle s’est sentie dénaturée de son but premier, celui de faire connaître l’Acadie, un engagement occulté par le fait que les stations radiophoniques regimbaient face à ce type d’engagement sociopolitique et culturel.

«Plus personne ne voulait entendre parler de ma ferveur pour l’Acadie, se souvient Édith Butler. Le fait de se faire dicter par les radios ce qui passait et ne passait pas a été difficile à assumer, d’autant plus que le paysage musical et technologique changeait très rapidement à cette époque. Et puis, dans la vie de tous les jours, je ne suis pas une fille de party. Je suis plutôt solitaire et contemplative, lorsque je me retire dans mes terres et que je bâtis mes petites maisons chez moi.»

Or, la légende vivante de la culture acadienne, comme à chaque nouveau défi, sait rebondir.

«Finalement, je réalise que cette période musicale de party m’a influencée à me sortir d’une certaine morosité, d’un certain spleen, qui me guettait à la fois dans ma musique que dans ma vie personnelle. Mon père, d’un naturel taquineur et enjoué, a aussi dû affronter la dépression dans sa vie et j’ai hérité ça de lui. Mais les années 1980 ont été un tournant pour moi à cet égard, car à partir de ce moment-là, j’ai décidé de faire un effort tous les jours pour combattre en assumant cette réputation de “fille de party” que j’y avais acquise, tout en continuant de défendre mon identité musicale et mon engagement pour l’Acadie en me disant que de toute façon, le public allait savoir me prendre comme je suis.»

Édith Butler, la fille de Paquetville, pourrait connaître une suite. Celle qui en est le sujet central avoue que certains moments de sa vie ont été condensés ou relatés avec un peu de retenue.

«L’important pour moi, c’était que les gens saisissent bien l’essence de qui je suis. Et je crois que c’est ce qu’ils retrouveront dans la biographie», assure la grande chanteuse.

Et surtout le fait qu’en dépit de son exil loin de sa terre natale, elle a toujours la ferme conviction d’être bel et bien «la fille de Paquetville».

Édith Butler et Lise Aubut effectueront un second lancement de la biographie au cours des prochaines semaines, dans le cadre du Salon du livre de la Péninsule acadienne, à Shippagan.

PLUSIEURS ARTISTES SALUENT LEUR AMIE

Plusieurs artistes québécois et acadiens ont salué leur «amie» Édith Butler lorsque nous les avons rencontrés mercredi soir.

Antonine Maillet, qui est à la fois son ancienne professeure au Collège Notre-Dame-d’Acadie de Moncton et amie de longue date, reconnaît l’immense héritage culturel que la fêtée de la soirée a laissé en son sillage.

«On abuse souvent du terme “icône” pour parler d’une personnalité connue, mais dans le cas d’Édith, on n’en abuse pas, parce qu’elle a mis un peuple en chanson à une époque où la culture acadienne n’osait pas se dire. Par son enthousiasme, sa joie de vivre, mais aussi ses malheurs, elle a contribué à faire connaître l’Acadie de par le monde et encore aujourd’hui, elle est une légende vivante de notre peuple.»

Louise Forestier connaît Édith Butler depuis 35 ans. La chanteuse québécoise souligne que son amie a été une source d’inspiration pour elle.

«Elle a été la première à jouer de multiples instruments aussi bien qu’elle sait chanter et conter sur scène. Elle était en avant de son temps à cet égard. Tout ce que les nouvelles chanteuses font aujourd’hui, elle le faisait déjà il y a 40 ans.»

Michel Louvain, quant à lui, apprécie particulièrement la folie de son amie acadienne, qu’il côtoie depuis les débuts de sa carrière.

«J’ai beaucoup de plaisir avec elle chaque fois que je la rencontre. Elle est folle! Elle a un dynamisme que j’aimerais avoir, des fois. C’est une femme extraordinaire et je l’aime beaucoup.»

La cantatrice acadienne Rosemarie Landry faisait partie du groupe Les Nigogueux il y a 50 ans, bien avant qu’Édith Butler et elle-même connaissent le succès planétaire – et séparément, dans d’autres registres musicaux. Cette période enthousiasmante est relatée en détail dans la biographie.

«Nous avions eu tellement, tellement de plaisir avec Les Nigogueux! Je garde un souvenir impérissable du plaisir que nous avons eu à cette époque. Beaucoup plus tard, alors que nos carrières étaient avancées, Édith m’a appelée un jour pour que nous chantions ensemble la pièce folklorique Le grain de mil. Quel moment de grâce ce fut! À travers toutes ces années, nous avons conservé une profonde amitié qui est demeurée intacte.»

En plus de faire la promotion de l’Acadie, Édith Butler a épaulé plusieurs artistes de la relève qui mènent aujourd’hui de brillantes carrières. Daniel Lavoie et Jean-François Breau, entre autres, ont reçu un coup de pouce de la part de leur consoeur, apprend-on dans la biographie.

La jeune auteure-compositrice-interprète Lisa LeBlanc fait aussi partie des jeunes talents à avoir été gratifiés des encouragements de la pionnière native, comme elle, du Nouveau-Brunswick.

«Elle est un “role model” pour beaucoup de nous autres. Elle a été une figure acadienne forte forte au Québec et elle nous a vraiment ouvert des portes. C’est incroyable tout le chemin qu’elle a parcouru et elle a un charisme rare autant sur scène que dans la vie de tous les jours. C’est vraiment un bon exemple à suivre pour moi.»

Pour Antonine Maillet, Édith Butler est une véritable icône de la culture acadienne. - Collaboration spéciale: Danny Cormier
Pour Antonine Maillet, Édith Butler est une véritable icône de la culture acadienne. – Collaboration spéciale: Danny Cormier