Remplir les salles: un défi aux multiples facettes

MONCTON – Avec la FrancoFête arrive la période du grand magasinage pour les diffuseurs de l’Atlantique qui sélectionnent des spectacles parmi la cinquantaine de propositions qu’ils verront pendant ces cinq jours consacrés aux arts de la scène. Tout un défi, estiment les programmateurs qui doivent redoubler d’efforts pour remplir leurs salles.

Le marché francophone de l’Atlantique des arts de la scène se déroule cette semaine à Moncton et Dieppe. C’est un peu comme à l’époque où on recevait le catalogue de Noël à l’automne, lance le président de RADARTS (Réseau atlantique de diffusion des arts de la scène) et directeur des Affaires culturelles de l’ARCf (Association régionale de la communauté francophone) de Saint-Jean, Rodney Doucet.

«Il y a beaucoup d’offres comparativement à la capacité de présenter des projets. On est appelés à faire des choix et il y en a de plus en plus», a déclaré Rodney Doucet qui précise que les organisateurs de la FrancoFête reçoivent quelques centaines de propositions en chanson, humour, théâtre, danse et variétés pour des vitrines. Cette année, la FrancoFête présente 56 extraits de spectacles.

Chaque région a ses défis. Des diffuseurs à travers la province affirment avoir connu une stabilité de l’assistance au cours de la dernière année, quoique certains ont fait face à une légère diminution. Comme l’explique Rodney Doucet, la question du développement de public demeure un enjeu de l’heure.

«Je dirais qu’on vit une certaine diminution ou au mieux une certaine stabilité de l’assistance à nos spectacles. Ça dépend beaucoup des marchés et des publics, notamment au niveau de l’homogénéité de la langue», a affirmé Rodney Doucet faisant remarquer que la série Coup de cœur francophone en Acadie pour l’ensemble du collectif a connu une baisse d’environ 36 % de l’auditoire l’année dernière. Certaines régions ont été moins affectées que d’autres. Rodney Doucet précise que l’assistance aux spectacles repose sur plusieurs facteurs, comme la popularité des artistes, la compétition, les intempéries, la grandeur du territoire, les changements technologiques et la composition linguistique de la région.

«Un des défis à Saint-Jean est la portion importante de familles francophones qui vivent dans une situation maritale d’exogamie, donc cela a certainement un impact sur la familiarité qu’ils peuvent avoir sur ce qui se fait sur le plan artistique en français. Dans mon cas, je dois mener beaucoup d’opérations de découvertes», a-t-il indiqué.

Ce n’est pas tous les jours que les billets pour un spectacle se vendent en un temps record de quatre minutes comme ç’a été le cas pour Véronic Dicaire à Caraquet. Le directeur général du Centre culturel de Caraquet, Claude l’Espérance, entend développer le marché des arts de la scène dans la région en offrant de plus en plus d’activités au Centre culturel et au Carrefour de la mer. Son objectif est de présenter plus d’une vingtaine d’activités au cours de la prochaine année.

L’animatrice culturelle Lynne Beaulieu Picard, du Centre des arts de la petite église d’Edmundston et de la salle Léo-Poulin, juge que le défi majeur est de réussir à faire sortir les gens de la maison pour les amener dans les salles de spectacle. Depuis un an, Mme Beaulieu Picard et son équipe ont décidé de faire revivre les arts de la scène dans la région. Elle est satisfaite du résultat, malgré l’ampleur de la tâche.

«On essaie de ramener les gens à vivre des spectacles en salle. Le centre des arts est une petite salle de 92 places et on remplit assez bien. C’est certain qu’il faut habituer les gens à venir faire des découvertes parce que c’est souvent des artistes moins connus. Ce n’est pas facile de convaincre les gens à payer un montant pour venir voir un spectacle en salle surtout quand ce sont des artistes dont ils entendent moins parler»», a expliqué Lynne Beaulieu Picard.

Chaque programmateur tente de mettre en place des moyens et des stratégies pour créer des événements uniques et des rencontres privilégiées entre l’artiste et le public.

«Selon ma vision de la chose, on a besoin de ne pas présenter que des bonbons au public, mais des propositions artistiques qui vont les amener à peut-être réfléchir ou qui sont moins faciles ou qui tournent moins. Si on analysait le succès d’un projet par le nombre de personnes qui assistent à la prestation comme telle, on ferait erreur. L’idée est de bâtir des publics fidèles et de bien les cibler et faire en sorte qu’ils deviennent des partenaires dans ce projet», a ajouté Rodney Doucet.