Le monde introspectif de Daran

MONCTON – Il en rêvait depuis 15 ans de cet album guitare voix et harmonica. Huitième opus de Daran, Le monde perdu révèle un univers rempli d’humanité. Avec des chansons introspectives, ce témoin de son temps propose un disque personnel d’une grande sensibilité.

D’abord, c’est un album émouvant où l’émotion, les textes et les mélodies prennent toute la place. Quand on écoute les chansons de Daran, on se dit que la musique permet non seulement de voyager, mais également de rendre compte du monde, qu’il soit sombre ou lumineux.

«Je ne pense pas qu’en tant que chanteur on est une mission de changement de quoi que ce soit, par contre, on peut mettre le doigt sur des choses, faire voir des angles de vue un peu différents. Beaucoup de choses ont été dites, mais c’est souvent l’angle de vue qui fait la nouveauté. Une chanson est réussie quand les gens se disent: ah, c’est ça que j’avais dans la tête, mais lui il a su cristalliser ce que je pense! Dans cette zone-là, je pense qu’on a une petite action possible», a déclaré Daran au cours d’une entrevue à l’Acadie Nouvelle.

Québécois d’adoption, l’auteur-compositeur-interprète originaire de la Bretagne s’arrête à Moncton dans le cadre de la FrancoFête pour y présenter son tout dernier opus, qui risque fort de se retrouver au sommet des listes de fin d’année des critiques musicales. Sur la scène du Théâtre Capitol, il donnera un avant-gout de son nouveau spectacle, qui prendra son envol en janvier prochain. Pour l’occasion, il a imaginé un concept où il marie la chanson, les arts visuels et le cinéma. Il est accompagné d’une artiste qui dessinera en direct sur un film projeté.

Le compositeur du succès Dormir dehors raconte que les maisons de disques étaient un peu frileuses à l’idée qu’il enregistre un album acoustique, juste guitare et voix. Il a pris tout son temps pour le réaliser, rappelant qu’il ne pouvait pas se reposer sur des artifices et des arrangements.

«Déjà que c’est plus dur à faire qu’un album avec les amis en studio où on fait du bruit. J’avais un allié, c’était le temps parce que je l’ai fait dans mon studio chez moi, donc, évidemment, je ne me suis pas pressé. Comme on ne peut rien cacher sous le tapis dans un disque guitare voix, parfois, il m’est arrivé de refaire un morceau pour un détail infime»,  a exprimé le chanteur.

Il a travaillé avec quelques paroliers, dont son auteur fétiche, Pierre-Yves Lebert. «J’aime à dire qu’on fait un auteur-compositeur ensemble. Disons qu’on a de grandes discussions au préalable. Nous avons des lignes directrices et on sait de quoi on va parler et puis il me surprend toujours avec des fulgurances magnifiques. Je compose la musique toujours avec le texte sur les genoux. Quand le texte est vraiment fort, mon métier devient très facile.»

Le premier extrait, Gens du voyage, est inspiré, entre autres, des romanichels, de ces peuples qui ont été déplacés.

«C’est venu d’une réflexion où on se disait que ces gens du voyage, donc ces gens qui étaient des nomades par définition, se retrouvent aujourd’hui parkés dans des camps horribles à la périphérie de grandes agglomérations, souvent près des autoroutes et nous regardent partir en voyage alors que nous on les a sédentarisés dans une misère manifeste. On peut faire aussi le rapprochement avec les Premières Nations», a ajouté Daran.

Daran a enregistré huit albums en carrière, dont deux avec le groupe Daran et les chaises. C’est au Québec qu’il a entendu pour la première fois une de ses chansons à la radio. Depuis, il a développé une relation particulière avec le Canada. Il promet de revenir en Acadie pour offrir un spectacle complet.

Celui-ci présente sa vitrine jeudi soir au Théâtre Capitol. Luce Dufault, Joseph Edgar, Geneviève Toupin, Stef Paquette et Geneviève Morissette offriront également des extraits de spectacle lors de cette soirée.