Deux divas sous le regard de Julien Cadieux

DIEPPE – Dans Le chant du phare comme dans Guilda – elle est bien dans ma peau, Julien Cadieux met en relief des monuments; l’un du patrimoine maritime et l’autre de la scène, qui ont encore une résonnance aujourd’hui.

Julien Cadieux a croisé son regard cinématographique avec deux grands artistes, Jean Guilda et Sandra Le Couteur. - Gracieuseté
Julien Cadieux a croisé son regard cinématographique avec deux grands artistes, Jean Guilda et Sandra Le Couteur. – Gracieuseté

Doublement nerveux puisqu’il présente ses deux premiers longs métrages documentaires au FICFA cette année, le cinéaste âgé de 26 ans qui a réalisé plusieurs courts métrages aime aller à la rencontre des gens. Dans ces deux films, Julien Cadieux arrive à saisir l’émotion et à nous faire revivre en quelque sorte les vies de ces gens qu’il met en scène, bien que ce soit deux œuvres complètement différentes, l’une étant intimiste et l’autre beaucoup plus vaste.

«Pour moi, à la base, c’est de raconter des histoires et d’aller à la rencontre des gens. J’ai l’impression des fois de connaître mieux d’où je viens parce qu’en filmant, j’ai accès à des choses dont nous n’avons pas nécessairement accès habituellement», a déclaré en entrevue Julien Cadieux.

Avec la chanteuse Sandra Le Couteur, Julien Cadieux a parcouru la côte Atlantique de la baie de Fundy à Terre-Neuve, en passant par le fleuve Saint-Laurent et les Îles-de-la-Madeleine toujours à la recherche des phares, appelés aussi gardiens de la mer. Certains sont laissés à l’abandon, tandis que d’autres comme celui de Miscou ont été repris par la collectivité afin de les transformer en lieu touristique et culturel. Le gouvernement fédéral a choisi de céder les phares aux communautés souvent très petites et qui n’ont pas toujours les fonds nécessaires pour les sauvegarder. Au rythme des vagues et de la voix chaude de Sandra Le Couteur, Le chant du phare (Bellefeuille production) suscite plusieurs réflexions. Les phares sont un peu les enfants pauvres du patrimoine, mentionne-t-on dans le film qui donne la parole à d’anciens gardiens de phare. Un film lumineux avec certaines images à couper le souffle qui nous transporte dans des lieux paradisiaques et parfois isolés, tels les rochers aux Oiseaux au large des Îles-de-la-Madeleine où le journaliste Guy LeBlanc et sa famille ont vécu puisque le père était gardien de phare. Sandra Le Couteur interprète quelques chansons, dont Le phare, composée par son fils, Valéry Robichaud, qui figurera sur son prochain album.

En première mondiale, Julien Cadieux présente Guilda – elle est bien dans ma peau (Phare-Est média), qui propose un portrait de ce grand artiste transformiste aux costumes extravagants; une célébrité des cabarets de Montréal dans les années 1950.

«C’est quelqu’un qui a tout donné pour son art. Toute son énergie a été mise là-dessus, mais elle n’a pas été mise sur sa vie personnelle ou son bien-être à lui, donc c’est un peu ce que le film reflète. Derrière les paillettes et les plumes, il y a une profonde tristesse, surtout vers la fin de sa vie où il est entouré de sa gloire du passé», a exprimé Julien Cadieux, qui a filmé Guilda dans son tout petit appartement à Montréal.

Julien Cadieux, qui a fait son film après le décès de Guilda, en juin 2012, avait commencé à s’intéresser au personnage avant sa mort. Il était donc allé lui rendre visite à quelques reprises afin de réaliser des entrevues qu’on voit d’ailleurs dans le documentaire. Quand il a obtenu le feu vert des producteurs, Guilda venait d’entrer à l’hôpital et Julien Cadieux était plongé dans la vie de l’artiste. Un décès qui l’a profondément marqué, confie celui qui a réussi à créer une oeuvre intimiste qui retrace les hauts et les bas de la vie de l’artiste né sous le nom de Jean Guida.

«J’ai été vraiment impressionné qu’au Québec, à l’époque de Duplessis, dans la grande noirceur, qu’une des plus grandes vedettes était Guilda, un homme déguisé en femme, à une époque très conservatrice. Ça démontre l’esprit d’ouverture de la société à l’époque. Je crois qu’il méritait un film», a conclu Julien Cadieux, qui redonne aussi à l’art du burlesque ses lettres de noblesse.

Les deux films sont présentés au Cinéplex, à Dieppe, mardi, à 19 h. Guilda – elle est bien dans ma peau clôturera aussi le Festival Image+nation, à Montréal, le 30 novembre, et fera partie de la tournée du FICFA.

Le FICFA en bref…

Deux œuvres signées par des réalisateurs acadiens sont présentées en fin de semaine au Cinéplex, à Dieppe.

Rodrigue Jean, natif de Caraquet, poursuit son œuvre sur l’univers des travailleurs du sexe à Montréal. Après le documentaire-choc Hommes à louer et la série sociale Épopée, le cinéaste est de retour avec sa plus récente réalisation, le long métrage dramatique, L’amour au temps de la guerre civile, une œuvre dérangeante, pas facile, très réaliste et pertinente. Encore une fois, le cinéaste nous transporte dans un long périple qui plonge dans ce monde marginal de laissés-pour-compte, sans porter de jugement. Le film met en scène un jeune toxicomane, Alex, interprété brillamment par Alexandre Landry (Martin dans Gabrielle) qui se prostitue pour pouvoir se payer sa drogue. D’ailleurs, tous les acteurs sont excellents. On assiste à la descente aux enfers de ces jeunes qui sans cesse recommencent la même danse. C’est dur, sombre, mais c’est la triste réalité que dépeint Rodrigue Jean, qui n’a jamais fait dans la dentelle. Rodrigue Jean a réalisé aussi les drames Full Blast, Yellowknife et Lost Song. Un des acteurs du film sera présent à la projection samedi soir, à 21 h.

Dans un tout autre registre, le FICFA propose le film, Un DocHumour acadien, de François Pierre Breau et Domenic Bro. Ce documentaire dresse un portrait actuel de l’humour en Acadie. On y retrouve, entre autres, Luc LeBlanc, Dominique Breau, JC Surette, Matthieu Girard, Ryan Doucette, René Cormier, André Roy des Productions l’Entrepôt, Anne Godin, Joannie Thomas, le journaliste Robert Lagacé ainsi que Daniel Maillet, qui étudie à l’École nationale de l’humour pour ne nommer que ceux-là. Chacun expose sa vision de l’univers humoristique en Acadie en racontant des anecdotes et des défis liés à leur carrière. C’est très rafraîchissant comme portrait. Bien plus qu’un simple reportage, le film nous transporte aussi dans l’univers de musiciens, comme Serge Brideau et Lisa LeBlanc, qui utilisent l’humour lorsqu’ils sont sur scène. En plus des témoignages, le documentaire propose des extraits de spectacles, des visites de plateaux et des entrevues intimistes. Le film est présenté dimanche à 15 h. – SM