Cinq personnes qui ont joué un grand rôle dans la vie de Patrick Norman

CARAQUET – Cinq personnes ont joué un rôle de premier plan dans la longue et belle carrière de Patrick Norman: Fernand Éthier, Chet Atkins, Claude St-Jean, Fernand Gignac et Willie Lamothe.

Fernand Éthier, c’est son père. C’est lui qui apprendra à son fils à jouer de la guitare.

«Mon père m’a inculqué le goût de la musique, affirme-t-il. Il était un grand fan de country américain. Grâce à lui, j’ai découvert très tôt Hank Williams, George Jones, Jim Reeves, Waylon Jennings et Lefty Frizzell, entre autres. Il adorait aussi Félix Leclerc.»

C’est d’ailleurs son père qui l’inscrira au concours Les découvertes de Billy Monroe, à la radio de CKVL, en 1954. Le petit Yvon n’a alors que 8 ans et il s’agit pour lui d’un premier contact avec l’industrie musicale.

Quelques années plus tard, un deuxième personnage fait son entrée dans son panthéon et pas n’importe lequel. Chet Atkins, le roi du picking.

«J’avais 12-13 ans et mon oncle m’a donné un album de Chet Atkins. Je me souviens que ça m’a complètement jeté par terre dès la première écoute. Ça m’a bouleversé. La découverte de Chet Atkins a donné une autre dimension à mon amour pour la guitare. Ç’a été un appel pour lequel je n’ai pas pu résister. Chet Atkins est devenu l’influence de mon bonheur», raconte-t-il avec émotion.

Enhardi par ses nouvelles connaissances, le jeune Yvon démarre peu de temps après son premier groupe, les Red Stars, qui deviendront ensuite les Scorpions, puis finalement les Fabuleux Élégants.

La mode est au yé-yé et c’est avec ce groupe qu’il lancera, en 1966, son premier 45 tours, qui comprend les pièces Je pleure sous la pluie et Tu me reviendras Cindy. Malheureusement, le succès est plus que minime et les Fabuleux Élégants disparaîtront de la circulation l’année suivante. N’empêche, Yvon Éthier avait trouvé sa destinée.

Déterminé à poursuivre son aventure en solo, le hasard lui fait croiser la route de Claude St-Jean, que les vieux amateurs de lutte, à l’époque des Mad Dog Vachon, Édouard Carpentier et Johnny Rougeau, ont connu sous le nom de La Merveille Masquée. Cet étrange bonhomme est également à l’époque le propriétaire d’un restaurant fort prisé des personnalités sportives et artistiques, et dans lequel des spectacles sont présentés chaque soir. Il embauche Yvon, qui y voit une belle occasion de poursuivre sa progression et d’améliorer son réseau de contacts. La chance ne tardera pas à se manifester.

En 1969, le chanteur de charme et comédien Fernand Gignac est présent et tombe sous le charme du jeune musicien qui a troqué le yé-yé au pop. Gignac conseille fortement à Claude St-Jean de lancer Yvon sur la scène professionnelle. Le conseil ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd et St-Jean devient aussitôt le gérant d’Yvon. Il lui suggère même de changer son nom pour celui de Patrick Norman.

«C’est vraiment là que tout a commencé, lance-t-il. Fernand Gignac a dit à Claude Saint-Jean que ça vaudrait la peine de s’occuper de moi parce que j’avais du talent.»

Un 45 tours est lancé dès mai 1970 par l’entremise du producteur Gilles Lecuyer avec les pièces Notre amour et Que le temps s’arrête. Les radios et la télévision commencent à s’intéresser à lui.

Fernand Gignac, qui anime Qui-Club en compagnie de Gilles Latulippe, l’invite à son émission de variétés. Donald Lautrec fait de même à Jeunesse d’Aujourd’hui.

En 1972, il tient son premier hit radio avec Mon coeur est à toi, une chanson qui deviendra le fer de lance de son album éponyme lancé l’année suivante.

Mais s’il fait surtout carrière dans la musique pop, il trouve quand même le moyen de pousser de temps à autre une petite toune country dans ses spectacles. Il a d’ailleurs été invité à plusieurs reprises à la célèbre émission Le ranch à Willie, qu’animait le non moins célèbre Willie Lamothe.

«Willie Lamothe m’aimait beaucoup. Au début de ma carrière, j’étais pas mal snobé par les artistes qui étaient au sommet. Ils me regardaient de haut, mais pas Willie. Il est venu me voir chanter à quelques reprises au restaurant. Comme j’avais été élevé en écoutant le country américain, j’aimais en chanter quelques-unes dans mes spectacles. Je faisais, entre autres, des chansons de Marty Robbins. Je trouvais qu’il avait une voix extraordinaire ce gars-là. C’est lui qui chantait El Paso et plein d’autres trucs. Ça adonnait que Willie capotait bien gros sur Marty Robbins. C’est d’ailleurs pourquoi il a décidé de m’inviter au Ranch à Willie. Il voulait que je chante du Marty Robbins», mentionne-t-il.

«Même si je n’étais pas vraiment un chanteur country dans le temps, Willie m’a en quelque sorte fait entrer dans le showbizz par la porte du country. Le country, grâce à mon père, ça fait partie de mes racines. Il y a des vieilles chansons que je n’ai pas chantées depuis 30 ans, mais il m’arrive à l’occasion d’en sortir une pendant un party. Je me souviens encore des paroles de toutes ces chansons. C’est bien imprégné dans mon subconscient. Je dois vraiment beaucoup à Willie Lamothe et Fernand Gignac. Ils m’ont remarqué, souligné et encouragé à persister dans ce métier», dit-il.

Une source d’inspiration inépuisable

Pour plusieurs guitaristes, Chet Atkins s’est avéré une source d’inspiration inépuisable. Lenny Breau, considéré à juste titre comme l’un des plus grands guitaristes acadiens de l’histoire, le vénérait au plus haut point. Patrick Norman ne fait pas exception.

L’auteur-compositeur-interprète et animateur âgé de 68 ans dit avoir vécu l’un des plus grands moments de sa vie en 1991 lorsque le destin lui a permis de croiser la route de l’immortel roi du yakety.

La rencontre a été orchestrée par Carmel Dugas pour le compte de Radio-Canada.

«Radio-Canada préparait une série de cinq émissions qui s’appelait Quand la chanson dit bonjour au country et on m’a approché pour animer celle qui serait tournée à Nashville. Comme je savais que ça allait être écoeurant de faire ça, j’ai tout de suite sauté sur l’occasion», raconte-t-il.

«Et vu que nous étions dans son voisinage, je me suis dit que ce serait le fun qu’on puisse inviter Chet Atkins à l’émission. Plusieurs personnes de l’équipe de tournage ne savaient pas qui il était et je les ai donc mis au parfum. Je leur ai raconté que Chet était derrière les grands succès des années 50, 60 et 70, qu’il était le gars derrière Elvis Presley, les Everly Brothers, Jim Reeves, Don Gibson, etc. Je leur ai expliqué que Chet était l’instigateur du Nashville sound. J’étais vraiment parti, mon gars, à raconter mes affaires. Tellement qu’il a fallu qu’ils m’arrêtent», dit-il en éclatant de rire.

«Dix minutes plus tard, ils ont réussi à le booker pour une entrevue. Je n’en revenais pas. Je capotais. Ç’a été l’une des journées les plus belles de ma vie. Ça m’a renversé de le rencontrer. Il a été tellement gentil et humble, tellement fin avec moi. Il m’a tout de suite mis à l’aise. J’ai réalisé un grand rêve en jouant de la musique avec lui. D’avoir l’occasion de chanter avec Chet Atkins, qui m’accompagnait à la guitare, c’était grandiose. La fin du monde aurait pu arriver que ça ne m’aurait pas dérangé», lance-t-il.

«Le même soir, j’étais tellement crinqué, tellement énergisé, que je n’ai jamais pu dormir. Jamais je n’oublierai cette rencontre. De le voir si généreux de son temps avec moi, ça m’a donné une belle leçon d’humilité. Maintenant, quand des gens me regardent de la même façon que je regardais Chet, avec les mêmes yeux, tu ne peux pas savoir à quel point ça me fait plaisir. Ces gens-là, je les embrasse, je les prends dans mes bras. Je ne peux pas faire autrement parce qu’ils me ramènent aussitôt à ma rencontre avec Chet Atkins, mon idole», ajoute-t-il avec beaucoup d’émotion dans la voix.

Il y a quelques années, Patrick Norman a également eu l’occasion de rencontrer un autre surdoué de la guitare, l’Australien Tommy Emmanuel. Ce dernier est l’un des quatre guitaristes à avoir reçu le titre CGP (certified guitar player) des mains de Chet Atkins. Les trois autres sont Jerry Reed, Steve Wariner et John Knowles.

«Tommy, c’est le Chet Atkins du XXIe siècle, soutient-il. J’ai eu l’honneur de jouer devant le public quelques-unes de mes chansons en sa compagnie. Ça se trouve d’ailleurs sur YouTube. Tommy est même venu faire une émission de Pour l’amour du country ensuite. J’avais passé la journée avec lui à Moncton. Ç’a été un bonheur incroyable. Il m’a même raconté des histoires sur mes idoles du passé, à commencer par Chet Atkins, bien sûr, mais aussi sur Jerry Reed et James Burton.»

«Ce sont des guitaristes que la majorité des gens ne connaissent pas, mais ces gars-là ont changé la face du country et de Nashville. Ce sont des légendes, des gars qui font partie du Nashville Sound. James Burton, il jouait de la guitare pour Ricky Nelson. C’est lui qui fait les solos sur les pièces Hello Mary Lou et Fools Rush In. J’adorais Ricky Nelson parce qu’il y avait ce guitariste-là, Jimmy Burton, qui faisait les solos. Je ne savais pas qui il était dans le temps. En dernier, il a accompagné Elvis Presley partout dans le monde. Ce sont ces gars-là qui ont fait en sorte que j’aime la musique par-dessus tout», mentionne Patrick Norman.

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