C.H.E.P.A., la première série de fiction acadienne, célèbre ses 20 ans

MONCTON – Le 13 janvier 1995, la première série télévisée de fiction acadienne C.H.E.P.A. prenait son envol. Signée par Chris LeBlanc, Paul Bossé et Marc «Chops» Arsenault, cette création connaît une nouvelle vie 20 ans plus tard.

Pour souligner le 20e anniversaire, les créateurs ont décidé de présenter la série sur YouTube à raison d’un épisode par mois, afin de permettre au public de voir ou de revoir cette télésérie qui a marqué le paysage culturel des années 1990. À l’époque, elle était diffusée sur le câble Fundy, à la chaîne communautaire. C.H.E.P.A., qui signifie «capsules d’histoire enterrées pour l’avenir», tend à imaginer sous un nouvel angle la ville de Moncton, en posant un regard ludique. Comme préambule, les protagonistes de l’avenir déterrent une capsule de temps qui datent des années 1994. Dans le premier chapitre présenté cette semaine, il est question, entre autres, de crise du stationnement, de trafic et de développement urbain. Fantaisie, humour, science-fiction et une montagne d’imagination ont animé cette série qui a fait appel à l’ingéniosité d’un groupe de créateurs.

«L’été 1994, c’était l’été du Congrès mondial acadien. Il y avait vraiment un buzz. On sortait tous de l’université. C’était le temps de s’exprimer», a relaté Chris LeBlanc, rappelant notamment la naissance de plusieurs groupes de musique comme Zéro degré celsius et Les Païens. On assistait à un essor de l’Acadie moderne, souligne Marc «Chops» Arsenault.

À l’époque, Chris LeBlanc et Paul Bossé, qui étaient sur le point de terminer leurs études en cinéma à Montréal, songeaient à l’avenir et ils ont eu l’idée de cette série qui se déroulerait à Moncton.

«Nous étions un peu nostalgiques de Moncton et nous nous disions qu’il n’y avait pas beaucoup de fictions qui avaient été réalisées en Acadie», a mentionné Paul Bossé.

Avec la maigrelette somme de 14 500 $ dans leurs coffres (une subvention du Conseil des arts), les réalisateurs avaient à l’époque approché plusieurs diffuseurs. Finalement, c’est le producteur Paul Arseneau (cinéaste de Moncton) à la station communautaire qui leur a ouvert la porte. Leur objectif était de créer une fiction identitaire acadienne, jeune, dynamique qui s’éloigne des images traditionnelles de l’Acadie et des clichés. Ils ont réalisé six épisodes d’une demi-heure. Plusieurs personnalités de la scène artistique comme France Daigle, Gérald Leblanc, Mario Doucette, Bernard LeBlanc, Fayo, Joseph Edgar, Marcia Babineau, Jean-Marc Dugas, Phillip André Collette et Dano LeBlanc ont participé à cette série. 

«Avec le recul, après 20 ans, c’est incroyable de voir tout le travail qu’on a fait. Il y avait des artistes chevronnés qui ont passé par la série. Ç’a été un peu une école pour nous», a commenté Marc «Chops» Arsenault qui a contribué au montage, à la réalisation de la bande sonore et à la musique de la série.

C’est d’ailleurs avec cette série que Les Païens ont vu le jour. Ils ont créé des musiques pour tous les épisodes.

«Le son était souvent tellement mauvais qu’on refaisait 98 % des voix et pas nécessairement avec la personne originale. Il y avait de la musique mur à mur», a confié Marc «Chops» Arsenault.

C’était aussi la première fois que le chiac faisait son entrée dans la culture télévisuelle. Le premier épisode de C.H.E.P.A., présenté au bar étudiant le Kacho, a bien failli ne jamais voir le jour. Jusqu’à la toute dernière minute, l’émission n’était pas encore complétée, faisant en sorte que Chris LeBlanc a dû ajouter des séquences en direct pendant la projection. Il se souvient que cette séance de projection a été assez chaotique. C.H.E.P.A. a remporté le prix de la meilleure série de variétés de l’Association des câblodiffuseurs du Nouveau-Brunswick. Après l’hiver 2015, la série a été diffusée également sur toutes les chaînes communautaires de la province, puis le Festival international du cinéma francophone en Acadie en fait aussi une rétrospective il y a quelques années. 

RÉVEILLER UNE NOUVELLE GÉNÉRATION DE CINÉASTES

En faisant revivre la série C.H.E.P.A., les créateurs espèrent encourager les plus jeunes cinéastes à se lancer dans l’aventure de la fiction.

«À l’époque quand on a créé cette série, on croyait que ç’a aurait un effet de vague artistique de fiction, mais ce n’est pas arrivé», a déclaré Paul Bossé qui avec Chris LeBlanc a réalisé aussi la série Lunatiques.

«En fait, nous avons brisé la glace et elle a gelé de nouveau après. J’espère que la nouvelle génération de cinéastes sera créative et qu’elle cassera encore la glace», a lancé Chris LeBlanc dans un grand rire.

Ils reconnaissent que faire de la fiction nécessite davantage de ressources financières que pour le documentaire. Jean Surette des Païens rappelle que l’équipe a produit cette série avec un petit budget.

«Il y a plein de gens qui font des films. Le gros problème, c’est d’arriver à faire des films professionnels, puis d’avoir un budget et de se faire rémunérer. Le peu de fiction qui se font en Acadie sont toujours des coproductions avec le Québec pour mettre en vedette des acteurs québécois et un star-système québécois. Il n’y a pas de star-système acadien à la télé ou au cinéma», a expliqué Paul Bossé.

Est-ce qu’ils seraient prêts à recommencer? Oui pourvu qu’ils aient les fonds nécessaires. À cette question, Chris LeBlanc répond tout simplement, «Chepa!».  Les épisodes de la série C.H.E.P.A. peuvent être visionnés sur YouTube (http:youtu.be/-IT5QanvH48 ou CHEPA TV).