Des artistes s’unissent pour la survie de Radio-Canada Acadie

MONCTON – Peut-on bonifier Radio-Canada Acadie? Le chanteur Donat Lacroix et le président de la Société nationale de l’Acadie, René Légère, estiment qu’il est primordial d’accroître les moyens du diffuseur public afin de lui permettre d’accomplir son mandat.

Dix groupes et artistes uniront leur voix dans un spectacle gratuit, au Théâtre Capitol à Moncton, dimanche, pour la survie et l’avenir de Radio-Canada Acadie. L’objectif de l’événement Ici on aime Radio-Canada Acadie, qui s’inscrit dans un mouvement national de manifestations culturelles, est de sensibiliser la population et les dirigeants politiques au rôle et à l’importance du diffuseur public. Selon les organisateurs, la vague de compressions successives récentes nuit à la qualité de la programmation et à l’avenir du diffuseur. Donat Lacroix, l’un des présidents d’honneur du spectacle, se souvient d’il y a 35 ans lorsqu’il animait l’émission de variétés Pistroli à la télévision qui mettait en vedette des artistes de l’Atlantique. Plus de la moitié des épisodes ont été diffusés sur le réseau national. L’auteur-compositeur-interprète de Caraquet s’insurge contre les compressions.

«Astheure, il n’y a plus ça et pourtant on a du matériel pour faire des émissions musicales, mais on ne produit à peu près plus rien. Pour voir nos artistes, il faut aller à Montréal. Il faut arrêter les coupes. On va maigrir et quand on devient faible, on se fait bouffer par les plus gros, par l’assimilation», a déclaré le chanteur, rappelant qu’il n’y a qu’une seule station de télévision francophone en Atlantique.

René Légère implore la direction du réseau national de Radio-Canada et le gouvernement fédéral de donner au diffuseur les moyens de ses ambitions.

«J’ai toujours dit que la journée où la station d’ici produirait des émissions pour le réseau avec une perspective émanant de l’Acadie, ce serait le point de départ d’un réel positionnement de l’Acadie au sein du réseau national, ce qui n’est pas le cas actuellement. La situation s’est dégradée. Avec les récentes coupes, on a effrité les capacités de la région de produire davantage de contenu et il n’y a rien qui indique qu’elle va s’améliorer parce que là, la société déménage dans un espace plus petit qui va apporter ses contraintes. Je ne vois pas comment on va réussir à produire plus avec moins», a exprimé René Légère qui participera au spectacle dimanche.

«J’y vais avec enthousiasme, mais je ne m’attends pas à ce que, le lendemain matin, Hubert Lacroix (président-directeur général de Radio-Canada) appelle pour dire qu’il a de l’argent additionnel pour la station de Radio-Canada Acadie», a-t-il laissé tomber.

Réfléchir à l’avenir du diffuseur

Les récentes compressions à Radio-Canada Acadie ont fait en sorte, par exemple, que la captation de musique classique et de grands spectacles à la radio a été éliminée et qu’Espace Musique en Acadie n’existe plus. La représentante du Syndicat des communications de Radio-Canada, Jimena Vergara, juge que ce genre de manifestation de solidarité permettra de réfléchir à l’avenir du diffuseur.

«Ce n’est pas un cri d’alarme pour sauver nos emplois, c’est beaucoup plus large que ça. C’est vraiment l’avenir du diffuseur public qui est en péril pour sa qualité, remplir son mandat et même sa survie. Nous voulons sensibiliser la population et les dirigeants politiques», a soutenu Jimena Vergara, précisant que même si Moncton a pu conserver son téléjournal d’une heure lors des récentes coupes, rien n’est garanti pour le futur.

«C’est correct de critiquer, mais pour être capable de critiquer, il faut le faire survivre, le diffuseur, sinon on n’aura rien. Ça ne veut pas dire qu’il faut adorer Radio-Canada tel qu’il est présentement. Les compressions empirent ce phénomène parce qu’un moment donné, on ne peut pas en faire plus parce qu’on n’a pas la capacité», a ajouté Jimena Vergara.

Abbé Lanteigne (coprésident d’honneur du spectacle) qui a oeuvré au sein de Radio-Canada pendant 35 ans, rappelle que le diffuseur public a été un des moteurs qui a animé la collectivité acadienne et maintenu un dynamisme salutaire pour l’avenir de la communauté.

Animé par Diane Losier et Serge Brideau, le spectacle réunira Les Hôtesses d’Hilaire, Les Hay Babies. Caroline Savoie, Viola Léger, Donat Lacroix, Michel Thériault, Pascal Lejeune, Danny Boudreau et Radio Radio. Des personnalités publiques et des élus prendront aussi la parole. L’événement débute à 13 h 15, tandis que le spectacle se déroulera de 14 h à 16 h. La direction artistique a été confiée à Serge Brideau, tandis qu’Angèle Bertin assume la régie et la mise en scène.