Le département d’art dramatique de l’U de M souffle ses 40 bougies

MONCTON – Sans le département d’art dramatique de l’Université de Moncton, le paysage théâtral et culturel de l’Acadie ne serait pas aussi vibrant, estiment des artisans du milieu.

En 40 ans, près de 200 diplômés sont sortis du département d’art dramatique. Des artistes comme Luc LeBlanc, Diane Losier, Christian Essiambre, Robert Gauvin, André Roy, Mathieu Chouinard et Claire Normand, pour ne nommer que ceux-là, sont passés par ce département. Les réalisations et les impacts du programme de baccalauréat sont notables, même s’il s’agit d’un tout petit département à l’université, mentionnent Marcia Babineau et Andréi Zaharia.

«Je pense qu’il n’y aurait pas le milieu théâtral qu’on connaît avec toute sa vitalité aujourd’hui si ce n’était pas du département d’art dramatique», a déclaré la professeure et directrice du Théâtre l’Escaouette, Marcia Babineau, qui a fait partie de la première cohorte de finissants en 1978.

«Toute la notion de créer le théâtre l’Escaouette s’est passée ici pendant qu’on était aux études. Quand je regarde d’autres milieux au Canada français qui n’ont pas les mêmes outils de travail et qui doivent constamment faire appel aux artistes du Québec pour venir travailler avec eux, ça coûte extrêmement cher et je pense qu’il n’y a peut-être pas une prise de parole comme il peut en avoir une en Acadie», a affirmé Marcia Babineau.

Fondé en 1975, le département organise une journée de célébration le 18 février avec une table ronde, une conférence et la présentation de la pièce Le jeu de la mélancolie de Sarah Ruhl, traduite par Herménégilde Chiasson, au théâtre l’Escaouette. Andréi Zaharia, qui dirige le département depuis 15 ans, rappelle qu’il s’agit du seul programme universitaire au Canada français, à l’extérieur du Québec, axé sur le jeu de l’acteur et qui forme des comédiens professionnels.

Le département d’art dramatique, comme d’autres petites spécialités de l’Université, a souvent été menacé pendant ses 40 ans d’existence. Marcia Babineau se réjouit que l’institution ait pu survivre à travers les années et les aléas budgétaires. Créé d’abord pour quatre professeurs à temps plein, le programme a perdu un poste au cours des dernières années. Le département a donc recours à des chargés de cours, ce qui a permis d’apporter une spécialisation au corps professoral.

«Le département représente peu d’étudiants par rapport au nombre de professeurs et c’est un département coûteux parce que ça nécessite tout un studio de théâtre et des coûts de production», a expliqué Andréi Zaharia. En 15 ans, le studio théâtre La Grange a été complètement rebâti depuis ses fondations. «Ce n’est plus une grange, elle en a seulement le nom», a poursuivi André Zaharia qui est très fier des réalisations du département, en commençant par la participation des finissants au Festival international de théâtre à Sibiu en Roumanie à plusieurs reprises. D’ailleurs, le directeur de ce festival, Constantin Chiriac est l’un des invités d’honneurs des fêtes du 40e anniversaire.

Avec l’arrivée de Marcia Babineau à titre de professeure, le directeur se réjouit aussi du rapprochement qui s’opère entre le département et le théâtre professionnel. Le jeu de la mélancolie est la troisième production départementale à être reprise en saison régulière par le théâtre l’Escaouette.

Les débouchés

Si les diplômés ne travaillent pas tous comme comédiens, ils arrivent à se frayer un chemin dans des domaines connexes, soit en technique, en écriture, animation, humour ou en développant leur propre compagnie théâtrale, a fait savoir Caroline Bélisle, finissante en art dramatique. Ce sont des domaines qui permettent aux finissants d’utiliser leurs études. Certains travaillent comme journalistes, communicateurs, ou encore comme enseignants.

«Moi-même je viens de sortir et j’ai déjà des occasions vraiment le fun. J’ai écrit des textes pour le Festival à Haute Voix, je joue dans Le jeu de la mélancolie et j’enseigne le théâtre à l’École des arts de la scène du Capitol, ainsi que la danse à DansEncorps. J’ai un paquet de petits contrats qui me permettent de ne pas être obligée d’avoir un emploi à temps plein comme serveuse en soupirant de mélancolie à l’idée que je ne suis pas une actrice», a expliqué Caroline Bélisle. Avec seulement quelques productions acadiennes par année, il est impossible pour tous les comédiens d’obtenir des rôles dans ces créations. Selon la finissante, les nouveaux diplômés doivent être prêts à s’ouvrir à d’autres possibilités.

«Il y a des ouvertures. Moncton est une petite ville où la communauté artistique est belle et florissante, donc, il y a de la place et tout le monde t’accueille à bras ouverts», a-t-elle ajouté.

ACCROÎTRE LA VISIBILITÉ À L’ÉCHELLE NATIONALE ET INTERNATIONALE

Au-delà des défis de recrutement et de ressources, Andréi Zaharia rêve de donner de l’ampleur au département d’art dramatique et accroître la visibilité du programme sur le plan national et international.

«Je voudrais arriver à faire reconnaître davantage le département et le théâtre dans le milieu acadien, et ça, je crois que nous avons besoin de toute la communauté pour ça. Le département a été soutenu, mais j’ai l’impression qu’il y a des doutes qui ne sont pas justifiés quant à la capacité de vivre de ce métier. Je voudrais aussi qu’on arrive à combattre les préjugés», a commenté le directeur. Le département fait face aussi à des défis de recrutement. Ayant habituellement une moyenne de 20 à 30 étudiants dans l’ensemble du programme de quatre ans, le département ne compte actuellement que neuf étudiants. Selon M. Zaharia, les étudiants, ailleurs au Canada, ne savent même pas que le département existe. Pour entrer en art dramatique à l’Université de Moncton, les postulants n’ont pas besoin de passer par le processus d’audition comme dans d’autres écoles de théâtre. L’objectif du département est d’augmenter le nombre d’étudiants, sans pour autant faire de concession quant à la qualité de la sélection et de l’enseignement.

«C’est un travail de l’ombre qui se fait avec une patience à tout casser pour qu’on sorte de chacun le meilleur et ce, dans des conditions difficiles parce que tout le monde a l’impression qu’il est dans un coin isolé du pays où les professeurs ne sont pas des vedettes (Dans les écoles du Québec, les enseignants sont souvent des vedettes)», a poursuivi le directeur du département d’art dramatique.