L’homme derrière le succès du Festival baroque

Mathieu Duguay a contribué à la fois au rayonnement de Lamèque à travers le monde et à la renaissance de la musique ancienne. - Archives
Mathieu Duguay a contribué à la fois au rayonnement de Lamèque à travers le monde et à la renaissance de la musique ancienne. – Archives

Enfant, Mathieu Duguay rêvait déjà de faire connaître Lamèque au monde entier par ses mélodies d’antan et ses instruments baroques.

Plusieurs souvenirs de jeunesse ont façonné la route musicale qu’a choisi Mathieu Duguay au cours de sa vie. Le Festival international de musique baroque de Lamèque est issu d’un amour inconditionnel pour la musique ancienne et ce qu’elle peut apporter à un individu et à une culture.

«Ma grand-mère me racontait des histoires qui m’émerveillaient. À travers ces histoires, et sans le savoir, elle a allumé une flamme en moi qui ne s’est jamais éteinte», explique-t-il.

À un moment où le monde de la musique prenait un tournant significatif – où la musique ancienne se faisait happer par l’arrivée du rock – Mathieu Duguay a réussi à faire revivre les mélodies de Bach et de Händel.

«Enfant, quand j’écoutais de la musique, j’avais les larmes aux yeux. La musique m’a toujours grandement émue», dit-il.

Avant même d’avoir l’idée de créer un festival, Mathieu Duguay avait monté un petit récital de clavecin dans l’Église Sainte-Cécile de Petite-Rivière-de-l’Île, en 1971. Il a tout de suite été charmé par l’acoustique et la résonance de l’endroit. À sa grande surprise, plus de 60 personnes ont assisté au concert.

À cette époque, il habitait toujours à Montréal. À son retour au Québec, il discutait avec un ami de son idée de créer un festival de musique baroque. Un an avant son retour en terre acadienne, il a décidé de tenter le coup et de se lancer dans l’aventure.

Après de longues heures de travail, son voeu a été exaucé en 1976: le premier Festival de musique baroque de Lamèque voyait le jour.

«Je me souviens encore que la première soirée, on avait plus de 50 mélomanes de partout dans la Péninsule acadienne. Il y avait Marie-Esther Robichaud et le père Ernest Chiasson, entre autres», raconte le fondateur.

«Même le premier ministre de l’époque, Richard Hatfield, était venu ce soir-là. Il était arrivé en hélicoptère et on nous avait dit de garder le secret […]. Il ne venait pas dans le cadre de ses fonctions, mais pour des raisons personnelles. Il était, lui aussi, un amoureux de la vieille musique.»

Le premier festival s’était étendu sur deux grands concerts. Après le succès grandiose de l’événement, Mathieu Duguay n’a pas été en mesure d’arrêter, même si ce n’était pas toujours facile pour lui.

«Moi je jouais de la musique, j’enseignais et là, je montais des festivals. À cette époque, tous les gens qui faisaient des choses du genre étaient des prêtres ou des soeurs.»

Toutefois, il se souvient que l’idée a chaudement été accueillie par le clergé et la communauté en général. À travers les années, le festival s’est réellement trouvé une place dans le coeur des gens.

«Je crois que le festival a ajouté une qualité supplémentaire à Lamèque. Ça amène un élément touristique d’envergure. Les musiciens habitent chez des gens, ça crée un contact direct entre la communauté et le monde musical.»

Ce n’est qu’en 2000 que Mathieu Duguay s’écarte de son joyau pour laisser d’autres mélomanes s’en occuper. Il raconte que ce n’a pas été chose facile.

«Je me suis séparé du festival à contrecœur, pour des raisons de santé. Ça n’a pas été rose, au début, avec l’organisation. Les cheveux me dressaient sur la tête», explique M. Duguay.

Peu de temps après, il est revenu au sein du conseil d’administration. En 2007, il est devenu directeur artistique pour une édition et cette date marque sa dernière implication directe avec le festival.

«Le directeur artistique de cette année a ajouté une qualité précieuse au festival. Pour un fondateur, voir un jeune comme Vincent (Lauzer) se démener et donner son 100%, c’est de belles émotions pour moi.»

 

Le Choeur de la Mission Saint-Charles a 30 ans

 

Cette année, le Choeur de la Mission Saint-Charles fête ses 30 ans d’existence. Créé en 1985, l’orchestre a été mis sur pied explicitement pour le Festival de musique baroque de Lamèque, qui rendait hommage, cette année-là, à Sebastian Bach. Depuis, le Choeur de la Mission Saint-Charles s’est fait connaître des mordus de musique à travers des spectacles professionnels et souvent très difficiles à jouer. Année après année, le groupe présente des oeuvres grandioses du répertoire baroque, toujours attendu du public. De grands directeurs ont prêté leur baguette le temps d’un moment: Hervé Niquet, de France, Andrew Parrot, de la Grande-Bretagne, Christoph Spering, de l’Allemagne, Bernard Labadie, du Canada et Rinaldo Alessandrini, de l’Italie, pour ne nommer qu’eux. Plusieurs Acadiens ont aussi pris les rangs du Choeur de la Mission Saint-Charles au cours des années, comme Suzie Leblanc, Pascale Beaudin et Nathalie Paulin, qui sont aujourd’hui reconnues sur la scène internationale. – JS