Production télévisuelle en région: beaucoup de créativité, peu de moyens

Si les producteurs en télévision des régions francophones minoritaires du pays bénéficient d’une enveloppe spéciale du Fonds des médias du Canada (FMC), il reste que les défis demeurent nombreux.

La créativité ne manque pas dans les régions francophones du pays tellement que la demande de financement pour des projets télévisuels dépasse largement les fonds disponibles.

«C’est un programme sélectif où il y a beaucoup plus de demandes que de fonds disponibles. C’est facilement du trois pour un», a laissé entendre le vice-président, affaires publiques et relations avec l’industrie au FMC, Stéphane Cardin, de passage à Moncton.

En vertu de son entente d’attribution avec le ministère du Patrimoine canadien, le Fonds des médias du Canada s’engage à ce qu’un minimum de 10 % (environ 10 millions $) de l’ensemble de l’enveloppe francophone soit réservé aux producteurs des régions minoritaires du pays, l’autre 90 millions $ étant versés au Québec. Des enveloppes spéciales sont aussi réservées à la production autochtone du pays et anglophone du Québec.

L’organisme canadien qui mène une vaste consultation nationale s’est arrêté à Moncton, mardi, pour sonder l’industrie télévisuelle acadienne. Selon le président de Média NB, René Savoie, cette enveloppe spéciale est absolument nécessaire à la production en Acadie. Or, la demande pour ce programme a atteint près de 16 millions $ en avril, alors que le fonds ne disposait que d’environ 8 millions $. D’après les producteurs et Stéphane Cardin, l’arrivée de la chaîne Unis a certainement contribué à faire bondir le nombre de projets acheminés au FMC. «C’est une bonne nouvelle, mais nous n’avons pas augmenté le budget du programme.»

Les producteurs ont donc entamé des démarches afin de trouver des façons de bonifier cette enveloppe. Stéphane Cardin prévoit que le programme demeurera en place, mais il est difficile pour le moment de dire si son financement augmentera. Il précise qu’avec les transformations des habitudes de consommation des Canadiens qui commencent à se désabonner du câble, le budget du FMC plafonne et pourrait même diminuer au cours des prochaines années. Le Fonds est financé en partie par les redevances des câblodistributeurs et le ministère du Patrimoine canadien.

«Les décisions qu’on prend sont toujours aussi en lien avec les sommes qui sont disponibles. Si notre financement commence à diminuer, il va falloir voir comment on répartit ça dans nos programmes», a-t-il poursuivi.

Cette enveloppe destinée à la production francophone des régions minoritaires fait même des jaloux. Un ancien producteur québécois qui a déjà travaillé au sudio de l’ONF en Acadie, Jacques Turgeon, en réclame un semblable pour les régions du Québec. Ce qui a fait sursauter Cécile Chevrier de Phare-Est Média, précisant qu’il existe déjà des mesures pour les régions québécoises.

«L’enveloppe francophone, il a fallu se battre pour l’avoir. On l’a eu pour des raisons bien précises, certainement liées à la Loi sur les langues officielles», a affirmé Mme Chevrier, rappelant que cette enveloppe contribue à une grande part du financement des projets télévisuels. René Savoie soutient que sans cette enveloppe, la production en région minoritaire serait quasi inexistante. «Cette enveloppe est bonne pour notre industrie pourvu qu’il y ait un financement complémentaire du Nouveau-Brunswick. On attend toujours après la province pour voir si on aura un programme de financement. Sans la province, on n’existerait pas non plus», a-t-il fait savoir. D’ailleurs, les producteurs estiment que le problème provient beaucoup plus du gouvernement provincial qui tarde à mettre en place des mesures stables que du FMC.

Jacques Turgeon, qui est candidat libéral aux élections fédérales au Québec, précise qu’il n’a pas voulu nuire aux producteurs francophones de l’Acadie en faisant cette déclaration dans les journaux. D’après celui-ci, si les maisons de production acadiennes arrivent à vivre relativement bien, c’est en partie en raison de ce fonds spécial.

«Le grand message, c’est que les régions devraient avoir plus pour ne pas que ça continue d’aboutir à Montréal», a déclaré M. Turgeon.

En menant cette consultation nationale, le Fonds des médias du Canada veut prendre le pouls de l’industrie afin de revoir ses programmes pour mieux s’harmoniser avec les transformations des habitudes de consommation des Canadiens et ainsi soutenir une plus grande variété de contenus, comme les webséries. Les producteurs ont émis certaines préoccupations notamment à l’égard du montant global de l’enveloppe budgétaire, du nombre de demandes en croissance et des balises qui gèrent l’accès au financement.

 

Quelques chiffres

 

Depuis le début de l’existence du Fonds des médias du Canada, il y a cinq ans, le programme qui appuie la production francophone en milieu minoritaire a accordé près de 50 millions $ à 135 productions. Près du tiers a été attribué à des productions du Nouveau-Brunswick, soit 14,6 millions $ pour 48 projets. Cette part reflète l’importance de la communauté francophone, a ajouté Stéphane Cardin.