Les coups de coeur culturels 2015 de… Martin Roy

1. Festival international de musique baroque de Lamèque

 

Alléluia! Cette incantation divine pourrait à elle seule résumer la 40e saison du Festival international de musique baroque de Lamèque, qui s’est tenue du 23 au 25 juillet. Du tonus et de la créativité, notamment avec le concert Duel au clavecin avec les musiciens Jean-Christophe Dijoux et Mark Edwards, de l’humour et de la légèreté grâce au flûtiste Vincent Lauzer – en outre le nouveau directeur artistique du festival, à qui je me dois de lui donner une mention plus qu’honorable pour son judicieux travail – et sa bande (Hélène Plouffe, Émilie Brûlé et Luc Beauséjour) qui ont dégainé leur fantaisie et leur virtuosité dans Ceci n’est pas un concert, ainsi que de la relève prometteuse grâce au Concours de musique ancienne Mathieu-Duguay. Mais c’est surtout Le Messie de Haendel qui marquera ce 40e été baroque. Je suis encore subjugué en repensant à ce moment de pure grâce que nous ont offert le Choeur et l’Orchestre de la Mission Saint-Charles, sous la direction du réputé chef Ivars Taurins. On dit que la perfection n’est pas de ce monde, mais l’ensemble et ses chanteurs solistes – dont les excellents Acadiens Suzie LeBlanc et Dion Mazerolle – l’ont frôlée à plusieurs égards. Moment marquant non seulement de ce 40e festival, mais aussi pour l’ensemble de son histoire.

 

2. Sandra Le Couteur

 

Dans mon analyse et dans mon coeur, Sandra Le Couteur arrive presque ex-aequo avec le Festival de musique baroque. D’abord pour Le phare, magnifique album qu’elle nous a dévoilé au printemps et que je ne me lasse pas d’écouter depuis. Ensuite pour Voir Miscou et mourir, une idée folle qu’elle a eue il y a sept ans d’organiser des spectacles intimes à l’intérieur du phare de cette île paradisiaque, et dont elle est assurément la gardienne par excellence. Pari réussi pour cette riche idée dont le succès ne se dément pas. Cet été, Wilfred Le Bouthillier, Joannie Benoit, François Lachance, Lisa LeBlanc et Denis Richard ont notamment foulé les planches du Phare de Miscou, en plus de Sandra elle-même. Voir Miscou et mourir s’est inscrit en point d’orgue dans cette belle année remplie de projets et de spectacles pour la chanteuse acadienne dont la voix maritime et chaude me fait toujours vibrer.

 

3. André-Carl Vachon

 

Le sympathique Québécois aux racines acadiennes bien ancrées a remporté, en juin, le prix Acadie-Québec pour son ouvrage historique Les déportations des Acadiens et leur arrivée au Québec, publié aux Éditions La Grande Marée. Avec son livre, André-Carl Vachon s’est immiscé dans une zone où peu de gens sont allés avant lui, même si près d’un million de Québécois ont un ou des ancêtres acadiens. Du coup, c’est tout un pan d’informations méconnues que ce boulimique d’histoire et de généalogie nous dévoile dans une écriture passionnante garnie de nombreuses références et autres documents. L’Acadie du Québec existe, avec sa propre histoire. André-Carl Vachon le clame avec conviction et appuyé sur des faits mis au jour à la suite d’une longue et rigoureuse recherche. À nous, donc, de découvrir cette histoire de nos frères, qu’André-Carl Vachon contribue à garder bien vivante.

 

4. Salon du livre de la Péninsule acadienne

 

Le 12e Salon du livre de la Péninsule acadienne tenu en octobre a connu un grand succès. Plus de 13 500 personnes ont bouquiné au Centre Rhéal-Cormier de Shippagan et assisté aux différentes conférences et ateliers offerts un peu partout dans la Péninsule. Les jeunes lecteurs ont également été au rendez-vous en grand nombre. Cette année, j’y étais en tant que poète. Évidemment, je ne peux passer sous silence l’accueil chaleureux que l’équipe du Salon du livre m’a réservé, ainsi qu’aux quelque 70 autres auteurs. Les heureuses rencontres ont également été nombreuses! Par contre, pour avoir couvert plusieurs salons du livre péninsulaires par les années passées, j’étais aussi à même de constater, de l’intérieur, à quel point la «machine» est bien huilée. Voir la directrice Shannan Power et son armée de bénévoles s’affairer à ce tout roule comme sur des roulettes et me fondre dans l’ambiance féerique du salon fut un véritable ravissement. Le Salon du livre de la Péninsule acadienne a bien grandi, malgré ses 12 jeunes années, et s’inscrit déjà parmi les événements événements littéraires incontournables en Acadie.

 

5. Brigitte Harrison

 

La poète gaspésienne demeurant en Acadie depuis plusieurs années a publié tout récemment son quatrième recueil, L’homme tranquille, aux Éditions Perce-Neige. Recueil personnel, le plus intime que Brigitte Harrison ait publié, L’homme tranquille nous conduit dans le chemin parfois sinueux du deuil d’un être aimé. À travers une poésie ronde, émouvante, au diapason du temps et des éléments de la terre et de la mer, parfois presque dansante, la poète cherche à faire ultimement la paix avec ce départ funeste, auquel elle répond de manière posée par un urgent désir de vivre et de se souvenir. Les mots de Brigitte Harrison dans L’homme tranquille et leur douce mélancolie réconfortante constituent une grande ode à la vie, dans le sens noble du terme, dans lesquels chacun de nous peut se retrouver et nous donnent envie, à notre tour, de célébrer la mémoire de ceux que nous avons aimés.

 

6. Michèle Losier

 

Londres, Bruxelles, Montréal, Amsterdam… La mezzo-soprano Michèle Losier poursuit sa route de brillante façon et récolte, au passage, de nombreuses critiques enthousiastes. La carrière internationale de la mezzo acadienne a véritablement pris son élan au cours des dernières années et elle partage régulièrement la scène avec de grosses pointures, tels que Jonas Kaufmann, Nathalie Dessay, Christian Immler et plusieurs autres. Cet été, le grand public a pu la voir sur scène avec l’Orchestre symphonique de Montréal sous la direction de Kent Nagano dans une version récital de l’opéra Carmen, de Bizet. Michèle Losier y a interprété le rôle-titre avec brio. Tout récemment, la mezzo-soprano était de la distribution de la version enregistrée de l’opéra-comique La colombe, de Gounod, sorti récemment sous l’étiquette Opera Rara et pour lequel, là encore, elle a obtenu d’excellentes critiques – et avec raison: sa voix agile, mi-velours mi-cuivrée et toujours plus belle sert l’oeuvre de manière superbe.

 

7. Les Hôtesses d’Hilaire

 

C’est fou tout le chemin qu’a parcouru Les Hôtesses d’Hilaire en cinq ans! Déjà trois albums – dont le dernier, Touche-moi pas là, sorti à la fin octobre –, plusieurs prix dont deux au plus récent gala de Musique NB, une feuille de route bien garnie tant en Acadie qu’au Québec… Le quintette de joyeux lurons a le vent dans les voiles! Je me souviens encore d’une prestation qu’ils avaient donnée au tout début de leur carrière, au Dooly’s de Caraquet. Je n’avais pas accroché à 100 % sur leur style parfois au ras les pâquerettes, bien que leur humour délicieusement grinçant ne m’avais pas laissé indifférent. L’été dernier, je les ai revus sur scène au Festival acadien. J’ai été surpris de voir à quel point la bande avait mûri musicalement, les Mico Roy, Michel Vienneau, Léandre Bourgeois et Maxence Cormier faisant preuve d’une redoutable virtuosité, pendant que le chanteur Serge Brideau déclamait leurs chansons abrasives avec sa bouille de barbu volontairement mal léché et son humour théâtral. Ce soir-là, j’ai été totalement séduit par le côté bon enfant de la chose ainsi que par la qualité de leurs chansons au ton parfois politique et joliment polisson. Le rock pink-floydien des Hôtesses a embrasé la salle comble, ce soir-là, et leurs flammes se sont rendues jusqu’à moi! Les Hôtesses sont uniques en leur genre et on en redemande!

 

8. Joseph Edgar

 

2015 restera sans doute gravée dans la mémoire de Joseph Edgar. Et pour cause: l’Acadien établi depuis peu à Montréal a reçu sa première nomination pour le Gala de l’ADISQ dans la catégorie Chanson de l’année pour Espionne russe. Le vidéoclip de la chanson, lancé en 2014, a été vu à ce jour plus de 1,5 million de fois sur YouTube et a caracolé en tête de plusieurs palmarès québécois et acadiens depuis sa sortie. Personnellement, je retiens surtout sa magnifique prestation l’été dernier au Festival acadien de Caraquet, en première partie du groupe Zébulon. Une première partie trop courte qui a fait mon grand bonheur. Je me suis totalement laissé porter par le folk tantôt galopant, tantôt plus mordant, de ce Joseph Edgar généreux et très affable avec son public. Vivement 2016! Un nouvel album pointe d’ailleurs à l’horizon pour l’ex-Zéro degrés Celcius. Après l’excellent Gazebo, je suis impatient de découvrir ce nouvel opus!

 

9. Festival acadien de Caraquet

 

Près de 60 000 personnes ont franchi les tourniquets des différentes activités du 53e Festival acadien de Caraquet, en août. Un succès populaire, il va sans dire, auréolé d’une programmation à la fois diversifiée, multigénérationnelle, communautaire et ouverte sur la nouveauté. J’ai pu observer l’effervescence qui a régné tout au long du festival, que ce soit en salle lors des spectacles dont plusieurs affichaient complet ou presque, ou encore à la Place du Festival, près du Centre culturel. Sans oublier la Course des Tacots et le Grand Tintamarre du 15 août, qui ont eux aussi attiré des foules imposantes. Je retiens surtout la qualité de la programmation en salle, qui s’est avérée particulièrement équilibrée entre les têtes d’affiche venues d’ailleurs – comme Marc Dupré, Dan Bigras, Soldat Louis ou encore Zébulon – et la mise en lumière de nos artistes acadiens, tels que Danny Boudreau, Joey Robin Haché, Les Hôtesses d’Hilaire, la soprano Nathalie Paulin et plusieurs autres. Beaucoup de plaisir pendant ce 53e Festival acadien! J’en profite également pour saluer bien bas son directeur général et directeur de la programmation Daniel Thériault, qui effectuera sont chant du cygne après le prochain festival, en 2016. Arrivé à une époque où le Festival acadien affichait un sérieux déficit et où l’aide gouvernementale chutait, Daniel Thériault a su sortir des sentiers battus tout en contribuant à remettre l’événement sur les rails.

 

10. Raymonde Fortin

 

Pour l’ensemble de son oeuvre et parce qu’elle a connu une année particulièrement florissante, avec de nombreuses expositions aux quatre coins de la province. Raymonde Fortin a cette qualité de créer de façon intuitive en fabriquant sur toile des univers éclatants de beauté et dans lesquels chacun peut composer sa propre histoire. J’ai eu le plaisir de la croiser l’été dernier à Caraquet, au Festival des arts visuels en Atlantique, et d’échanger un peu avec elle. Raymonde Fortin est une artiste d’une grande profondeur et la voir travailler se révèle toujours une expérience enrichissante.