Le Prix France-Acadie ne sera pas remis en 2016. Les responsables ont opté pour un moratoire d’une année afin de revoir les statuts et règlements de cette récompense littéraire internationale qui existe depuis plus de 35 ans.

Après toutes ces années, les Amitiés France-Acadie ont décidé de réviser les règles et de voir au renouvellement de son jury afin d’assurer la pérennité du prix, a fait savoir le président du jury, Alain Dubos.

«Y a pas le feu du tout à la maison, mais il y a la nécessité de redéfinir un certain nombre de choses avec un peu de recul et un petit peu de sérénité. Pour pouvoir réfléchir tranquillement, on s’est dit qu’on pouvait effectivement prendre un peu de temps, surtout que le prix existe depuis une trentaine d’années», a déclaré Alain Dubos.

De ce côté-ci de l’Atlantique, le président de la Société nationale de l’Acadie, René Cormier et l’éditeur de Moncton Serge Patrice Thibodeau voient d’un bon œil ce temps d’arrêt afin redéfinir les règles.

«Je trouve ça encourageant d’une certaine façon s’ils veulent renouveler le jury et les règlements parce que c’est sûr qu’il y a des zones grises et cela a donné lieu à des controverses au fil des années, sauf que je trouve que c’est inquiétant et triste pour nos auteurs parce que c’est le 4e prix littéraire qui est remis en question», a affirmé le directeur des Éditions Perce-Neige, Serge Patrice Thibodeau.

Il rappelle que le Prix littéraire Émile-Oliver, donné par le Conseil supérieur de la langue française du Québec et celui des Lecteurs Radio-Canada n’existent plus. Ces deux récompenses étaient destinées à des ouvrages du Canada français. Le prix Champlain est aussi en restructuration. Il pourrait être donné à l’automne au lieu d’avril.

«Cette année, c’est donc probablement quatre prix en moins pour les auteurs surtout acadiens», a poursuivi l’éditeur, précisant que le monde du livre vit de grandes transformations. L’Acadie n’échappe pas à la mondialisation de la littérature.

Alain Dubos assure que le prix France-Acadie sera de retour en 2017 afin de récompenser une œuvre de fiction. La réflexion portera, entre autres, sur les conditions d’admissibilité des œuvres. Chaque année, un ouvrage de fiction ou en science humaine (en alternance aux deux ans) était primée. Même si les règles stipulent que les auteurs canadiens-français doivent se réclamer de l’identité acadienne des Provinces atlantiques, des portes ont été ouvertes au fil des années. En 2014, c’est un auteur de l’Ontario qui a été récompensé pour son roman, tandis qu’en 2015, c’est un ouvrage collectif publié aux États-Unis et en Acadie qui a reçu la palme.

«Est-ce qu’on doit continuer dans le cadre strict de l’Acadie centrée sur elle-même ou on y va avec l’Acadie qui s’ouvre et qui accepte le partage et les influences? Ça n’irait pas jusqu’à primer quelqu’un qui aurait mis juste le mot Acadie dans un livre, mais on peut peut-être ouvrir un peu par rapport à la conception de départ qui était extrêmement serrée un peu comme un verrou», a exprimé M. Dubos. En réécrivant les règles, ils veulent surtout éviter les malentendus qui font perdre du temps et de l’énergie.

À l’époque où le prix a été créé, l’Acadie était une grande inconnue en France. Le prix qui était novateur a permis notamment de faire connaître ce peuple aux Français.

«On est passé d’une période où l’Acadie était une sorte de petite curiosité bizarre de l’autre côté de l’Atlantique qu’on faisait découvrir par l’Association des Amités France-Acadie et le prix littéraire. Maintenant, on est au point où par exemple, un organisateur de spectacle acadien est capable de vendre 90 spectacles sur l’Acadie en France», a commenté le président du jury, soulignant que l’association des Amitiés France-Acadie doit suivre cette évolution.

Alain Dubos mentionne que l’Association compte uniquement sur des bénévoles qui se sont tous pris de passion pour l’Acadie et que le prix est un élan français vers ce peuple. L’Association tentera aussi de trouver des moyens de renouveler son jury qui commence à prendre de l’âge.

«On n’est pas du tout dans un questionnement sur la qualité ou la quantité des œuvres de l’Acadie. C’est juste un problème interne de clarifier et de simplifier les choses et de pouvoir repartir ensuite sur de bonnes bases», a ajouté Alain Dubos.

 

Un bon rayonnement
Serge Patrice Thibodeau, qui a reçu le prix France-Acadie en 1991 pour son premier recueil de poésie, La septième chute, estime qu’il s’agit d’une récompense importante, surtout qu’il n’y a pas beaucoup de prix littéraire destiné à des auteurs acadiens. C’est probablement le seul prix littéraire international destiné à des œuvres de l’Acadie. Il avait alors effectué une tournée au Poitou et en Bretagne, dont les retombées se sont fait ressentir pendant plusieurs années.

«Pour un éditeur, il y a un certain rayonnement et pour l’auteur, il y a une bourse qui est rattachée qui est aussi en train de diminuer d’année en année, mais quand même ça donne un rayonnement et ça aide l’auteur à aller chercher des bourses de création.»

René Cormier précise que le processus de réflexion appartient aux Amitiés France-Acadie, mais ils sont prêts à collaborer afin d’assurer la continuité du prix.

«Le processus leur appartient en tant que tel. La SNA est un relais dans ce projet. Pour la littérature et l’Acadie entière, le prix France-Acadie est un prix important et c’est clair qu’on va vouloir travailler avec eux pour assurer sa pérennité et faire en sorte qu’il soit le plus pertinent possible», a ajouté M. Cormier, précisant que la force de ce prix réside dans le fait qu’il reconnait des œuvres qui contribuent au rayonnement de l’Acadie.

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