Après 45 ans, la Sagouine rejoint encore le public par son propos criant de vérité. Salué par une longue ovation, le célèbre personnage d’Antonine Maillet incarné par l’inimitable Viola Léger a conquis le cœur de la foule au théâtre l’Escaouette à Moncton.

Présentée à guichets fermés, la Sagouine a littéralement séduit les spectateurs. C’était la première fois que cette œuvre, ayant vu le jour à Moncton en 1971, était à l’affiche du théâtre l’Escaouette. Un grand honneur pour la compagnie d’accueillir ce texte fondateur de la dramaturgie acadienne qui a une feuille de route impressionnante, a soutenu Marcia Babineau, quelques minutes avant la représentation.

«Je l’ai vu dans ses débuts sur la rue St-Georges. Ça fait plusieurs fois que je la vois, mais on ne sait jamais quand ce sera la dernière fois avec Viola Léger, alors il fallait la voir. C’est toujours aussi touchant que la première fois. Ça nous fait réfléchir à notre passé et aussi à notre futur», a exprimé un spectateur, Paul LeBlanc.

Antonine Maillet, qui a assisté à la représentation, a parlé d’un rêve qui s’est concrétisé.

«C’est le plus grand cadeau que j’ai reçu dans ma vie parce qu’un écrivain ce qu’il veut, c’est avoir fait quelque chose qui remplace les enfants qu’il n’a pas eus et c’est mon enfant chéri. Grâce à Viola Léger qui a un talent énorme, cet enfant-là a grandi et grandi et il est devenu la propriété de toute l’Acadie parce que c’est l’Acadie qui me l’a donné et moi je le lui rends», a affirmé l’écrivaine, rappelant que les arts, la musique et la littérature représentent bien le peuple acadien.

«On n’a pas de gouvernement qui nous est propre, mais nous avons les arts alors, dites à vos gouvernements qu’on a besoin des arts», a déclaré Antonine Maillet lorsqu’elle a pris la parole avant la représentation.

Pour cette première à l’Escaouette, Viola Léger a choisi d’interpréter ses classiques: la mort, le recensement, les bancs d’église et le printemps. Doté de son superbe franc-parler, la ménagère philosophe vêtue de ses hardes un peu défraîchies raconte des histoires parfois touchantes, comiques qui souvent incitent à la réflexion. Même si son bonnet a jauni avec le temps, Viola Léger est toujours aussi vraie dans son jeu. On rit, on s’émeut et on réfléchit.

«Je dis qu’elle est d’une grande actualité parce qu’elle est vraie, elle est authentique, elle est sortie d’un peuple qui avait des choses à dire et ces choses-là demeurent. Elle est toujours juste et vraiment sentie, maintenant la question c’est de savoir jusqu’où le souffle pourra durer», a poursuivi Antonine Maillet.

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Les spectateurs ont été éblouis par sa prestation. Danielle LeBlanc qui a lu la Sagouine la voyait pour la première fois sur scène.

«C’est quelque chose que tous les Acadiens devraient voir. Avoir l’occasion de voir Viola Léger jouer la Sagouine et d’avoir Antonine Maillet ici en salle pour le voir, c’était une expérience incroyable. Ce sont encore des réalités auxquelles les Acadiens font face. C’est notre patrimoine, notre langue, notre histoire et de la voir jouer sur scène, c’est vraiment spécial», a confié Mme Leblanc.

Bien que cette œuvre date de près d’un demi-siècle, le jeune comédien Ludger Beaulieu considère qu’il est très intéressant de voir l’Acadie raconter d’une si belle manière par un personnage aussi éloquent.

«Si je suis encore capable de jouer comme elle quand je vais avoir son âge, sincèrement, je pourrais dire que je suis très satisfait. C’est assez impressionnant de la voir aller», a-t-il commenté.

La Sagouine était à l’affiche du théâtre l’Escaouette jeudi et vendredi. La mise en scène est d’Eugène Gallant.

«Personne ne pourra la remplacer»

Le metteur en scène de la Sagouine, Eugène Gallant, estime qu’il est impossible de remplacer Viola Léger dans ce rôle, tant elle est enracinée dans l’imaginaire du public.

«Ça fait très longtemps qu’elle la joue, puis dans la mentalité de tout le monde, la Sagouine c’est Viola Léger. À mon avis, il n’y a personne qui pourra la remplacer. D’ailleurs, ils ont fait des essais au Pays de la Sagouine et ça n’a pas marché», a déclaré Eugène Gallant qui a assisté à la représentation de la Sagouine au théâtre l’Escaouette et qui suit son parcours depuis les débuts.

Il a vu environ 500 fois cette pièce. À son avis, une des seules façons de perpétuer cette œuvre d’Antonine Maillet sans Viola Léger, c’est qu’elle soit jouée par une comédienne qui incarnerait sa fille ou sa petite-fille qui parlerait de son aïeule.

«Elle pourrait dire: comme ma grand-mère dirait et puis elle reprendrait des extraits de la pièce que joue Viola Léger en ce moment», a souligné Eugène Gallant.

L’homme de théâtre n’a pas soumis cette idée à la direction du Pays de la Sagouine qui présente la pièce chaque été. Cette idée lui est venue en discutant avec Viola Léger à l’époque des apprenties Sagouine.

«Ça fait 45 ans que je la suis et je ne peux pas voir comment Viola Léger peut continuer indéfiniment et elle est tellement imprégnée dans l’imaginaire de tout le monde y compris celle d’Antonine Maillet, ça va être difficile pour ne pas dire impossible de la remplacer», a ajouté Eugène Gallant.

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