Virage majeur chez les éditeurs hors Québec

Après avoir assuré elles-mêmes depuis leur création la distribution de leurs titres, les 15 maisons du Regroupement des éditeurs canadiens-français (RÉCF) ont changé de cap. À partir du 1er avril, les livres provenant des communautés francophones seront distribués sur le marché canadien via des diffuseurs québécois.

Jean-Pierre Dubé
Francopresse

La «décision collective audacieuse» fait suite à une analyse du modèle de commercialisation du RÉCF.

«Elle témoigne de l’importance de la littérature franco-canadienne et de la maturité de ses éditeurs», souligne la présidente Marie Cadieux.

La structure de fonctionnement que s’était donnée le Regroupement avec un représentant commercial était à l’époque novatrice et courageuse. Ce modèle a porté ses fruits.

«L’évolution remarquable qu’a connue l’édition franco-canadienne au cours des 25 dernières années, poursuit la porte-parole, lui permet d’être enfin reconnue et convoitée par des diffuseurs majeurs de l’industrie du livre de langue française.»

La plupart des éditeurs auraient récemment signé des ententes avec l’un ou l’autre des trois diffuseurs suivants: Prologue, Diffusion Dimedia, et Nomade Diffusion.

Les Éditions Prise de parole, de Sudbury, avaient pris les devants il y a quatre ans, souligne la directrice générale Denise Truax.

«Nous sommes très contents de la décision que nous avons prise et ne regrettons pas du tout le changement.»

Les temps sont difficiles pour les petits diffuseurs indépendants, explique l’Ontarienne Dominique Millette, traductrice et rédactrice, spécialiste des industries culturelles.

«Le plus petit volume de transactions par client et le plus petit nombre de clients signifie que le même nombre d’interactions risque de coûter plus cher. De plus, un plus petit diffuseur aura moins de portée, d’influence et de ressources par rapport aux plus grands diffuseurs. Il risque davantage de passer inaperçu, malgré tout son dévouement.»

Mais la diffusion à grande échelle comporte aussi ses défis, note Dominique Millette.

«La mise sur pied d’un diffuseur indépendant consacré entièrement aux éditeurs concernés permet d’assurer le déploiement des efforts voulus. Ce n’est pas toujours le cas lorsqu’on engage les services de diffuseurs plus généraux, qui ont d’autres clients ainsi qu’une vision dépassant les intérêts d’éditeurs particuliers plus spécialisés.»

Selon l’auteure du roman La Delphinée (Prise de parole, 1997), l’ère numérique a modifié les pratiques de diffusion.

«Grâce à l’accessibilité en ligne, les personnes intéressées par un livre particulier ont au moins l’option de le trouver et d’y avoir un accès immédiat. On devrait saisir cette possibilité en milieu minoritaire, justement à cause des difficultés de la distribution du produit physique.»

Le changement permettra au RÉCF de concentrer ses efforts dans la promotion, la formation et la représentation politique. Davantage de ressources seront investies dans la participation aux salons du livre. Le développement de marchés institutionnels, scolaires et numériques partout au pays sera également privilégié pour appuyer les éditeurs, ancrés au Nouveau-Brunswick, en Ontario, au Manitoba et en Saskatchewan.

Le RÉCF maintiendra son site web avoslivres.ca qui constitue son centre d’information.