Phil Comeau célèbre ses 40 ans de cinéma

Après 40 ans de cinéma, Phil Comeau a envie plus que jamais de traiter de sujets acadiens dans ses oeuvres. Le cinéaste qui est revenu s’établir à Moncton vient de compléter sa plus récente réalisation documentaire aux côtés de Zachary Richard. Ce sera diffusé cet été sur la chaîne Unis et possiblement à TV5 Monde.

Phil Comeau célèbre deux anniversaires importants: ses 60 ans de vie et ses 40 années de cinéma. Bien qu’il se soit installé à Montréal en 1982, il a toujours eu l’Acadie de tatouée sur le coeur.

«Mon coeur a toujours été en Acadie et je pense que c’est assez évident par mes films», a exprimé en entrevue le réalisateur.

Sur la centaine de films et d’émissions de télévision qu’il a réalisés dans 23 pays, 33 ont porté sur l’Acadie, dont certaines œuvres marquantes ayant récolté de nombreux prix. Après 33 ans d’exil, le cinéaste est revenu vivre au Nouveau-Brunswick, tout en conservant un pied à terre dans la métropole québécoise afin de continuer ses activités au sein d’associations professionnelles en arts médiatiques.

«Si je suis parti de Moncton en 1982, c’était parce que l’ONF avait fermé ses portes. Sans autres producteurs indépendants, à cette époque, il m’était devenu impossible de travailler, donc il a fallu que je déménage. Aujourd’hui, la province compte une dizaine de producteurs francophones, donc il est plus possible de vivre de son métier», a expliqué le cinéaste qui a aussi développé des projets de coproductions avec l’Acadie tout en vivant à Montréal.

Même si l’industrie du cinéma au Nouveau-Brunswick a subi plusieurs soubresauts au cours des dernières années et qu’elle doit composer avec un manque de financement, Phil Comeau soutient qu’il est possible de travailler dans ce domaine en Acadie.

«C’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup d’argent, mais si on compare avec Montréal où il y a 700 réalisateurs alors qu’en Acadie, il y en a 15 ou 20, ça s’équivaut. Il y a plus d’argent au Québec, mais il y a plus de monde et plus de réseaux de télévision donc l’argent est assez éparpillé. À 60 ans, j’ai le goût de vraiment me concentrer sur des films acadiens. Quand j’allume la télévision québécoise, j’ai l’impression que c’est du déjà vu et que tout a été dit et ça ne me tente pas de faire des choses qui ont déjà faites, alors qu’en Acadie, il y a tellement de beaux sujets qui n’ont pas été abordés qui pourraient être intéressants pour le reste des Canadiens», a commenté le réalisateur qui cite en exemple le sujet de la musique acadienne qui s’exporte plus que jamais.

Il a d’ailleurs plusieurs projets avec des maisons de production. Si la fiction l’intéresse toujours, il admet qu’arriver à réaliser un long métrage de fiction en Acadie relève pratiquement de l’impossible.

«À Téléfilm Canada (agence principale du financement des films de fiction), il y a toujours de 40 à 50 projets qui sont soumis pour quelques films par année. La compétition est énorme et c’est très exigeant. L’industrie est vraiment contrôlée par des Québécois. Il n’y a pas d’Acadiens qui travaillent à Téléfilm Canada donc la fiction c’est extrêmement difficile.»

Son prochain documentaire, Zachary Richard, toujours batailleur, produit par Bellefeuille Productions, risque de frapper fort et de provoquer pas mal d’émois, estime le cinéaste. Ce film qui a été tourné dans les trois provinces maritimes et en Louisiane avec le célèbre chanteur et militant louisianais aborde des questions un peu taboues en lien avec la résilience et la résistance du peuple acadien au Canada et aux États-Unis.

«Zachary Richard a eu plein de surprises pendant qu’on tournait parce qu’on a fait une recherche généalogique sur ses ancêtres. Nous allons à des endroits où personne n’a été. Il y a certaines scènes qui sont déchirantes dans le film, comme celle où Zachary chante Réveille sur la crypte du gouverneur Charles Lawrence (responsable de la Déportation des Acadiens) à l’Église Saint-Paul à Halifax», a raconté Phil Comeau.

Une série de six courts métrages sur des militants francophones et cadiens, Cousins, cousines de la Louisiane, sera présentée sur le site Web de TV5 en même temps que le documentaire. Le cinéaste souhaite également réaliser une version long métrage de ce documentaire qui pourrait être destinée aux festivals.