Le chanteur country acadien Albert Babin meurt d’un cancer (VIDÉO)

L’Acadie a perdu l’un de ses pionniers de la musique country, dimanche, avec la décès de l’auteur-compositeur-interprète Albert Babin. L’artiste de Rogersville, qui devait célébrer son 70e anniversaire de naissance lundi, s’est fait connaître du public avec des succès comme Dans mon shack, Fier d’être Acad’jin, Fly Phonzyne, Le Marie-Carole et Esclave d’une hache p’in buck-saw.

Albert Babin a été l’un des premiers Acadiens à faire carrière au Québec avec les Bobby Hachey, Larry Robichaud, Patsy Gallant, Jerry Cormier, Ovila Landry, Gerry Aubé, Aldéi Duguay et Réjean Savoie.

Au cours de sa longue carrière qui a pris son envol en 1962 à l’âge de 16 ans, Albert Babin a lancé pas moins de 58 albums, écrit au-delà de 400 chansons et présenté plus de 5000 spectacles à travers la francophonie canadienne. Son dernier album, intitulé Mon ami c’est toi, avait été lancé en 2014.

Jerry Cormier, avec qui Albert Babin a partagé la scène à la fin des années 1970 et au début des années 1980, n’a jamais oublié que c’est avec lui qu’il a fait ses véritables premiers pas. Ils se retrouveront même en nomination au tout premier Gala de l’ADISQ, en 1979, pour le Félix du meilleur artiste country avec l’album Babin-Cormier.

«Même si je faisais de la musique depuis 1972, c’est avec Albert que j’ai vraiment débuté, affirme le chanteur de Dieppe. Nous avons fait un petit bout de chemin ensemble. Nous avons eu un petit froid qui a mené à notre séparation, mais nous étions ensuite redevenu amis. Albert était tout un guitariste. Il avait un son qui ressemblait à ce que faisaient entre autres des gars comme Merle Haggard et Waylon Jennings.»

«Nous avons eu du plaisir en masse ensemble. Je me souviens de la fois où Terry Hachey, le frère de Bobby, faisait la tournée avec nous. C’était à la fin des années 1970 et au début des années 1980. Il venait de s’acheter un autobus scolaire qu’il voulait transformer en véhicule récréatif pour faire les tournées. Un bon jour, Albert et moi sommes allés retrouver Terry au camping pour lui donner un coup de main à la transformation du véhicule. Terry s’était procuré des retailles de tapis pour insonoriser les murs et le plafond de l’autobus. Terry appliquait la colle et Albert et moi on collait les retailles. Au bout de 45 minutes, Albert et moi on a commencé à rire sans aucune raison particulière. Terry a aussi commencé à rire à son tour. Nous n’étions plus capables de nous arrêter de rire. Nous sommes sortis de l’autobus tous les trois pour finalement réaliser que nous nous étions intoxiqués à la colle. Nous nous sommes rappelés de cette anecdote pendant plusieurs années», raconte Jerry Cormier.

«Une autre fois, nous sommes en route vers Richibucto à bord du même autobus, où nous allions jouer pendant deux semaines. Chemin faisant, nous nous sommes arrêtés pendant la nuit pour faire le plein d’essence et nous rafraîchir un peu. Lorsqu’est venu le moment de partir, celui qui était au volant a demandé si tout le monde était à bord. Nous étions six ou sept personnes et tous ont répondu oui. Au bout d’une vingtaine de minutes, j’ai demandé où était Albert. Nous étions partis sans lui. Alors on fait demi-tour et nous retournons à la station d’essence où Albert nous attendait. Disons qu’il n’était pas de bonne humeur. Il a quand même fini par nous pardonner», lance-t-il en riant.

«Je savais qu’Albert était très malade ces temps-ci, ajoute Jerry Cormier. Il avait réussi à vaincre un cancer du colon il y a quelques années, mais la maladie était revenue. À la fin, il se battait contre trois cancers.»

Larry Robichaud se souvient fort bien des débuts d’Albert Babin dans les années 1960.

«C’est même moi qui lui a permis de se faire connaître sur la Côte-Nord dans le cadre d’une tournée que nous y faisions. Albert y est ensuite retourné à plusieurs reprises», se souvient le chanteur originaire de Néguac qui, à 81 ans, est toujours actif.

«Quand j’étais musicien résident à l’émission La Bastringue, animée par Roger Lavallée, Albert venait régulièrement comme artiste invité. Albert était un excellent guitariste. Dans ses solos de guitare, il me faisait beaucoup penser à Buck Owens. C’est un musicien pour qui j’avais un grand respect. C’était aussi un excellent producteur de disque. Dans son studio, il a réalisé plusieurs albums d’artistes connus (Lévis Bouliane, Marcel Martel et Paul Brunelle, entre autres)», ajoute Larry Robichaud, qui sera par ailleurs en spectacle ce samedi au Club sportif de Lagacéville.

Lors d’une entrevue pubiée dans nos pages, en août 2014, Albert Babin avait décrit modestement sa contribution à la musique country.
«Je ne me suis jamais pris pour un autre. J’ai toujours dit que j’étais plus un chanteux qu’un artiste. C’est comme ça que je le vois. Combien j’ai vendu d’albums? Je n’en ai aucune idée. La seule chose dont je suis certain, c’est qu’il n’y a probablement pas une seule maison en Gaspésie où on ne retrouve pas l’album Dans mon shack», avait-il révélé avec humour.