L’art religieux réinventé par Joël Boudreau (VIDÉO)

Avec ses sculptures qui réinventent des icônes religieuses, Joël Boudreau cherche à susciter une réflexion sur des thèmes actuels. L’artiste originaire de la Péninsule acadienne propose une rencontre entre le passé et la vie moderne.

Depuis un mois, Joël Boudreau effectue une résidence de création au Centre des arts et de la culture de Dieppe (CACD). Il occupe le grand atelier de sculpture, lui permettant ainsi d’approfondir sa démarche et de consacrer tout son temps à la réalisation d’un triptyque. Après avoir créé deux immenses sculptures qui revisitent la célèbre pièce La pietà de Michel-Ange et Les portes de l’enfer d’Auguste Rodin, il s’est attaqué à la crucifixion de Jésus. Les trois sculptures sont exposées pour la première fois ensemble. L’exposition Perception et émergence a pris son envol officiellement jeudi dernier, à la galerie d’art du CACD.

«Ce qui m’intéresse avec les icônes religieuses, c’est qu’il y a comme une piste de départ que les gens sont capables d’identifier. Je prends ça, je les transforme et je les actualise et je fais passer le message que je veux faire passer. Les gens sont un peu déboussolés parfois en voyant les oeuvres», a expliqué Joël Boudreau en entrevue à l’Acadie Nouvelle pendant qu’il complétait ses œuvres.

Tout a commencé il y a une dizaine d’années, avec La pietà, suivi des Portes de l’enfer. Au fil des années, le sculpteur a imaginé ce triptyque qui reprend ses thèmes de prédilection: la mythologie, la spiritualité, les rituels et les enjeux sociologiques. Ayant grandi dans un milieu où la religion catholique prédominait, les icônes de sa jeunesse l’habitent depuis longtemps. Avec La pietà où l’on voit une mère pleurer le décès de son fils, il invite le public à réfléchir sur la mort d’un siècle, la fin d’un millénaire et à se regarder à travers les miroirs qui ornent l’ensemble de la sculpture. Il a utilisé le plâtre, les plumes et des pièces de miroir pour créer cette œuvre. Avec Les portes de l’enfer, il pose son regard sur la surconsommation et l’environnement avec les multiples figurines commerciales qui composent l’immense sculpture.

«Je n’essaie pas de promouvoir la religion catholique, mais cela a été présent dans ma jeunesse. C’est une sorte d’hymne à cet éveil spirituel et au monde imaginaire. Mon approche est un peu comme si j’avais eu une commande du Pape qui m’aurait appelé en me demandant de faire trois sculptures, mais de façon moderne. J’essaie d’aborder des sujets très modernes avec des icônes qui sont très vieux.»

Figurines, styromousse, papier, colle, plâtre, bois, tissus, plastique, plumes et moules figurent parmi les matériaux qui ont été utilisés par l’artiste pour la réalisation de ses sculptures.

«Habituellement, le matériau est au service de la création. Je choisis le meilleur matériau pour dire ce que je veux dire. Je n’ai pas de limite du tout et j’aime utiliser les matériaux à leur avantage.»

Pour la crucifixion, il a choisi de suspendre la silhouette humaine au plafond de la galerie. Intitulée Répandue pour vous, cette oeuvre sera recouverte de 300 pieds de tuyaux de plastique qui sortiront du corps crucifié.

«Ça va être comme une boule de tuyaux. En dessous du personnage, il va y avoir des seaux d’eau un peu comme une érablière. Cela représente un peu la source», a indiqué celui qui ajoute parfois une touche absurde à son travail.

Établi depuis quelques mois à Ottawa, Joël Boudreau travaille comme coordonnateur de design graphique pour un festival de musique dans la capitale fédérale. La Ville d’Ottawa vient également d’acquérir une de ses œuvres, La machine à étirer des nuages.

Son exposition Perception et émergence est présentée à la galerie du CACD jusqu’au 30 septembre. L’artiste ajoute qu’il s’agit d’une exposition majeure dans son parcours.