Symposium d’art nature: imaginer l’espace autrement

Le 4e Symposium d’art nature au Parc écologique du Millénaire à Moncton rassemble neuf artistes et collectifs qui créeront des œuvres en lien avec l’environnement. Pendant les 10 prochains jours, le public est invité à assister à la naissance et au développement de ces créations qui façonnent le territoire.

Un petit groupe d’artistes et de chercheurs se sont réunis jeudi, sous un soleil radieux, au pavillon du parc écologique sur le campus de l’Université de Moncton afin d’assister au lancement du Symposium d’art nature. Des créateurs de Moncton, de Caraquet, de Tracadie, de Montmagny, de Québec, de Montréal, de Vancouver et de la France réaliseront des œuvres éphémères sur place. Le parc et la ville deviendront des laboratoires de création in situ. La nature est au coeur de ce vaste projet. Depuis sa fondation au tournant du nouveau millénaire, le parc écologique fait place à l’art nature. Quelques œuvres permanentes ont déjà été réalisées au cours des dernières années. Au fil du temps, les responsables ont voulu changer le look de cet espace en laissant la nature prendre le dessus. En y intégrant de l’art et des pièces plus permanentes, les responsables veulent que le parc devienne un musée à ciel ouvert pour faire face à la crise écologique, a mentionné un des responsables du projet, Ronald Babin. Négocier le territoire constitue la thématique du Symposium.

Des performances, du tressage d’herbe, de la construction, des miroirs solaires, de la transformation de déchets, du bricolage réinventé, des interventions à même le mobilier du parc et de la création vidéo figurent parmi les travaux qui seront développés pendant l’événement.

Le duo formé de Valérie LeBlanc et Daniel Dugas, de Moncton, se prépare à réaliser une série de vidéos appelée Visible/Invisible.

«C’est une série de performances et une œuvre participative. Nous avons des costumes bleus et blancs et on va demander aux gens de les porter et de se gambader un peu dans le paysage et nous allons les enregistrer sur vidéo et avec les logiciels, on pourra enlever le bleu et faire comme s’ils étaient presque invisibles», a expliqué Daniel Dugas. Valérie LeBlanc explique que ce projet se veut un peu une réflexion sur le genre de trace que l’être humain peut laisser ou ne pas laisser dans la nature. Le duo est installé tout près de la Résidence Lafrance pour accueillir les gens intéressés à participer au projet.

Le Symposium accueille notamment l’artiste montréalais Douglas Scholes, qui travaille avec la nature depuis une dizaine d’années. Son travail a été présenté dans plusieurs villes du monde. Il propose au public de poser un regard nouveau sur les déchets avec son installation qui s’intitulera Les semailles de détritus. Il a creusé quatre grands sillons aux formes arrondies au centre du parc. À partir de rebuts trouvés ici et là comme des tasses de café jetables ou encore des piles et des bouteilles d’eau, il créera des pièces moulées en cire d’abeille qu’il plantera dans les sillons.

«Les déchets sont des restes de notre vie quotidienne qui nous expliquent notre civilisation sans nécessairement parler. C’est aussi un signe de notre prospérité. C’est un peu sublime de voir ce qu’on peut faire, mais en même temps, il y a les sites d’enfouissement et le fait qu’on exploite les ressources naturelles pour des choses qu’on utilise une fois et que l’on jette», a expliqué Douglas Scholes qui en est tout au début de son travail de création. Il raconte que sa démarche prend souvent la forme d’un parcours. Il utilise des objets pour témoigner de cette marche. Celui dont l’atelier se trouve dans l’environnement aime cette idée de travailler en plein air devant le public et d’avoir à composer avec les éléments naturels et les conditions météorologiques. À son avis, c’est beaucoup moins encadré qu’un atelier.

Le Symposium, qui se poursuit jusqu’au 2 octobre, rassemble aussi les artistes Carmille Bernard-Gravel, Gilles Bruni, Sonya Hébert, Denis Lanteigne, José Luis Torres, les collectifs M+M+M et Scenocosme. Des conférences à la Salle Neil-Michaud sont prévues les midis durant le symposium. La revue acadienne de création littéraire Ancrages profitera aussi de l’occasion pour lancer le deuxième chapitre du projet littéraire à ciel ouvert Une ville, un livre. Le lancement, qui se tiendra samedi, à 14h, sera accompagné d’une performance littéraire avec les auteurs Caroline Bélisle, Rachel Bonbon et Martine Jacquot.