Industrie du disque: un déclin qui touche aussi l’Acadie

Comment arriver à vivre de sa musique aujourd’hui? Avec les transformations qui secouent l’industrie du disque, la mise en marché des albums emprunte de nouvelles voies. Les membres de Musique NB qui se réunissent en fin de semaine à Miramichi dans le cadre du Festival (506) se pencheront sur cet enjeu majeur du secteur musical.

Le débat entourant les ventes d’albums au pays a refait surface récemment, lorsque l’ADISQ (l’Association québécoise du disque, du spectacle et de la vidéo du Québec) a lancé un cri d’alarme à l’égard de la chute de 25% des ventes de disque en raison de l’essor des plateformes numériques de musique en continu (tel que Spotify, Deezer et Apple Music). L’organisme demande aux gouvernements de revoir la réglementation concernant les distributeurs de musique en ligne et les tarifs de droits d’auteurs. L’ADISQ suggère que les obligations de ces entreprises soient semblables à celles des radiodiffuseurs qui offrent des redevances plus intéressantes aux auteurs-compositeurs-interprètes. À son tour, Musique NB qui regroupe les artistes et les artisans de la province, s’inquiète de la situation. Si l’Acadie connaît une effervescence musicale avec un nombre record de sorties d’albums cet automne (plus de 22), il reste que les ventes sont en constante décroissance.

«L’ironie dans tout ça est que l’industrie du disque est au ralenti, mais en Acadie, cette année, il n’y a jamais eu autant de disques. Les artistes sont au courant de cette réalité et quand on lance un disque, il faut avoir un plan», a déclaré le directeur général de Musique NB, Jean Surette. Il souligne que les représentants de l’industrie de la musique du pays réclament depuis longtemps auprès du gouvernement fédéral, notamment le CRTC, des changements à la réglementation.

«Les gens paient des abonnements chaque mois pour ces sites de musique en continu, il y en a un peu qui va à l’artiste, mais la plupart des recettes vont à ces entreprises. La façon que le public consomme la musique a changé et ces sites poussent les abonnements et mettent moins d’emphase sur les achats potentiels», a expliqué M. Surette. Il convient que la solution n’est pas facile parce que le public est déjà habitué à payer très peu pour avoir accès à un contenu illimité de musique sur ces sites.

D’après lui, toute la mise en marché d’un disque est en train de changer. Les artistes ont encore besoin de cet outil pour obtenir des tournées, des vitrines et jouer dans les festivals.

«Ce n’est pas assez de juste lancer un disque. Il faut avoir un plan de mise en marché parce que faire un lancement et juste mettre ça dans les magasins, ça ne passe pas. Avant, on faisait un lancement, les gens venaient et achetaient le disque parce qu’ils savaient qu’ils ne pouvaient pas pouvoir l’entendre sur internet parce que ça n’existait pas. Maintenant, les artistes ont besoin de mettre en place des initiatives vers leur lancement, avec des vidéos promotionnels pour piquer la curiosité. Ce que les artistes font sur les médias sociaux est très important.»

Crise à l’horizon

La propriétaire de la maison de disque Le Grenier Musique, Carol Doucet, mentionne que ses rapports de vente ont diminué de façon considérable depuis deux ans. Rares sont les artistes acadiens qui réussissent à vendre 2000 disques.

Carol Doucet, propriétaire de la maison de disque Le Grenier Musique - Archives
Carol Doucet, propriétaire de la maison de disque Le Grenier Musique – Archives

«Il n’y a presque plus de vente après la sortie des spectacles, ni dans les magasins, ni sur iTunes. C’est vraiment juste l’écoute en ligne que les gens font. Pour 1000 écoutes, ce n’est presque rien comparativement à une vente de disque où habituellement un tiers des recettes revient à l’artiste», a-t-elle indiqué.

Celle-ci rappelle que la technologie a fait en sorte que les gens écoutent tout à la maison, que ce soit la musique ou les spectacles.

«Il n’y a pas de raison de sortir voir un spectacle parce qu’il y a tout chez soi. Avant, quand un artiste arrivait dans la ville, on avait hâte d’entendre les chansons, mais maintenant tout le monde les a entendues parce qu’elles sont disponibles en ligne», a-t-elle poursuivi.

L’album sera toujours nécessaire pour le musicien, un peu comme le tableau ou la sculpture le sont pour l’artiste visuel. Carol Doucet croit aussi que le gouvernement devrait intervenir pour que les revenus soient mieux partagés entre les grandes entreprises et les artisans du milieu musical. Elle invite les gens à encourager davantage les artistes locaux qu’ils aiment en achetant leur musique. D’après celle-ci, les auteurs-compositeurs-interprètes vivent en ce moment une véritable crise du revenu, notamment en raison de la chute des ventes de disque et de la baisse de fréquentation dans les salles de spectacle.

«Les artistes vivent une période difficile parce que la technologie a fait en sorte que le disque ne se vend pas alors les gens devraient davantage encourager les artistes parce que sérieusement nous avons une mine d’or en musique en Acadie», a ajouté Mme Doucet, précisant qu’il y a de l’argent qui circule dans le monde du spectacle à voir comment les billets s’envolent rapidement pour certains grands concerts comme celui de Francis Cabrel.

Le directeur général de Distribution Plages, Francis Sonier, considère pour sa part qu’il est encore possible de faire un bout de chemin dans ce domaine et même de le développer.

«Nous avons fait l’acquisition de la compagnie pensant qu’on est capable de maintenir ça pour un bout de temps parce que nous avons les plateformes pour faire la promotion des artistes et de la culture. Nous pensons pouvoir faire un bout de chemin là-dessus, maintenir et même développer, mais on est aussi conscient de la réalité du marché», a-t-il fait valoir.

Distribution Plages entend communiquer avec tous les points de vente dans la province pour vérifier l’état des stocks. Le distributeur évaluera aussi s’il doit ajouter des points de vente.