Ombres des ondes courtes, un documentaire témoin d’une époque révolue

Si au départ, la cinéaste Amanda Dawn Christie s’est intéressée surtout au paysage, rapidement, son documentaire Ombres des ondes courtes est devenu le témoin d’une époque révolue. Aujourd’hui, les tours de radiodiffusion internationale du marais de Tantramar situé à la frontière du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse n’existent plus.

Conjuguant témoignages et superbes images de ces immenses tours ayant dominé le paysage pendant 67 ans, le documentaire d’Amanda Dawn Christie nous fait découvrir l’histoire de ce site. Quand elle a commencé son projet, en 2009, elle ne savait pas encore que Radio-Canada International cesserait ses activités et que les tours allaient être détruites cinq ans plus tard. En avançant dans son projet, elle a compris l’importance du site qui a marqué l’imaginaire des habitants.

Des gens qui vivaient près des émetteurs dans la région de Sackville, entendaient des ondes radio captées par leur réfrigérateur, les tuyaux ou encore leurs éviers. L’artiste qui s’intéresse à l’art sonore depuis longtemps a enregistré ces histoires.

En réalisant ce film sur pellicule 35 mm et de façon indépendante, elle admet que le financement a représenté un défi, notamment pour terminer la production. Quand elle a appris que les tours allaient être démolies, elle a dû trouver du financement supplémentaire afin de filmer la démolition.

«J’ai fait le choix de ne pas travailler avec un diffuseur parce que j’aime la liberté créative. Tourner en 35mm, c’est très cher», a poursuivi la réalisatrice qui a tourné souvent seule sur le site et qui y a même campé afin de filmer pendant la nuit.

Cette œuvre contemplative sur la perte que l’on pourrait qualifier de film expérimental en raison de sa facture singulière témoigne des relations entre la communauté et le site des tours.

Des anglophones, des francophones et des gens de la nation micmaque racontent leurs histoires à propos des émetteurs. Bien avant Internet, les radios à ondes courtes étaient souvent les liens entre les peuples dans le monde. Amanda Dawn Christie a voulu aller voir comment ces tours ont eu un impact dans la vie des gens localement. Parmi les témoignages, la cinéaste se livre aussi, ajoutant ainsi sa voix à celles des autres participants du film. On ne voit jamais les personnes qui témoignent. On les entend plutôt, tout en regardant des images des tours sur quatre saisons, défilées lentement devant nos yeux.

«Je voulais que le public ait l’expérience d’écouter comme s’il écoutait un documentaire radio», a-t-elle fait valoir.

Pendant la projection dimanche, la bande sonore du film sera retransmise simultanément par ondes courtes sur une fréquence radio à Vancouver. La cinéaste a peaufiné la trame sonore en y incorporant des sons provenant des vibrations des tours elles-mêmes. Après avoir filmé le site de tous les angles possibles, elle a grimpé dans ces immenses structures de 130 mètres. Elle raconte son expérience qui a été assez éprouvante.

«La première fois, c’était tellement froid que mes gants collaient à l’échelle. Ce n’est pas comme grimper dans une échelle ordinaire, on grimpe continuellement à la verticale. On a le vent et arrivé tout en haut, c’est le silence. Comme je n’étais pas contente avec les images, je ne les ai pas mises dans le film, je laisse au public les imaginer en racontant mon expérience.»

Amanda Dawn Christie présentera aussi une performance audiovisuelle en lien avec l’océan aux séances éphémères du volet des arts médiatiques du FICFA, samedi, en plus d’entreprendre une résidence de création à la Galerie Sans Nom du Centre culturel Aberdeen, à compter de lundi.

Son film Ombres des ondes courtes est présenté dimanche à 19h au Cinéplex de Dieppe.