FICFA: Phil Comeau honore l’histoire du peuple acadien avec Zachary Richard

Phil Comeau est de ceux qui croient fermement à l’importance de ne pas oublier la déportation. C’est en partie ce qui a forgé le peuple acadien, soutient le cinéaste qui présente la première de son long métrage documentaire Zachary Richard, toujours batailleur. Cette œuvre retrace le parcours émouvant de l’héritage du célèbre chanteur louisianais.

«Il y a des gens qui disent: arrêtons de parler de la déportation, on en parle trop, ça nous diminue. Moi je suis de l’autre école qui dit que la déportation c’est super important, c’est ça qui nous a forgé, c’est ça qui a fait que notre peuple est international, un peu comme les Juifs à travers le monde. Ça n’empêche pas d’avoir un projet de société et de se moderniser, mais il ne faut jamais oublier son histoire parce que si on oublie son histoire, on ne se respecte plus. C’est à cause de la déportation qu’on a des cousins partout dans le monde», a affirmé, en entrevue, Phil Comeau.

Après avoir présenté son nouveau court métrage Belle-Île-en-Mer, Île bretonne et acadienne, à guichets fermés au Festival international du cinéma francophone en Acadie, il offre la première de son long métrage Zachary Richard, toujours batailleur (Bellefeuille Production) au Théâtre Capitol, lundi, en compagnie de l’artiste louisianais. La version écourtée de 52 minutes avait été diffusée sur Unis TV en août. Le film sera aussi présenté mercredi, à 18h30 (en présence de Phil Comeau et de Zachary Richard), et jeudi, à 17h, au Cinéma du Centre de Caraquet.

«Ce n’était pas prévu au début qu’on fasse un long métrage, mais nous avions tellement de bon matériel. Zachary s’est donné corps et âme dans le film et il y avait beaucoup de scènes qu’on n’avait pas eu le temps de mettre dans le 52 minutes. Nous n’avions pas fait le tour de la question de la résilience, de l’identité et des liens entre l’Acadie du Nord et la Louisiane», a mentionné le cinéaste qui a fait appel à son équipe et à des artisans du cinéma pour l’aider à compléter son long métrage. Ils ont accepté de donner leur temps pour concrétiser son projet.

«Je suis comme ça quand je veux faire un film, je vais y aller à fond. C’est un peu comme dans tout le milieu des arts. Les musiciens vont conduire pendant 300 km pour jouer dans une salle de 100 personnes. Ce n’est pas vraiment rentable à la longue, mais on aime ça et on veut faire des films, on veut faire de l’art et on a des choses à dire. On souhaite que le public retienne quelque chose et que l’on arrive peut-être à faire changer des attitudes sur certaines questions», a-t-il poursuivi.

L’Acadie dans le sang

Dans ce nouveau documentaire de Phil Comeau, il est question d’identité acadienne, de résilience et d’héritage. Zachary Richard, qui parcourt les trois provinces maritimes et la Louisiane, pose des questions pertinentes sur ce qui a façonné le peuple acadien, témoignant de leur grande résistance. Dans ce film, on visite des lieux qui ont été peu montrés à l’écran, comme l’île George en face de la ville d’Halifax où près de 2000 Acadiens ont été détenus. L’histoire de ce lieu est assez troublante, comme celle des anciens camps de réfugiés à Miramichi et à Cocagne. Phil Comeau rappelle qu’il s’agit des seuls camps de réfugiés qui ont existé dans toute l’histoire du Canada. Entre la révolte et la volonté de faire la paix avec son passé, le chanteur louisianais vit plusieurs émotions tout au long de son périple. Il se laisse aller à un cri du coeur lorsqu’il refuse d’entrer dans l’église de Grand-Pré. Une scène puissante du film, comme celle où il chante Réveille au-dessus de la crypte de Charles Lawrence.

«L’équipe au complet a pleuré. Après ça, on a eu un silence pendant cinq minutes. Après tout ce qu’on venait vivre, c’était comme une petite revanche et une certaine forme de réconciliation avec le passé», a-t-il raconté.

La musique de Zachary Richard, dont la chanson Ce médaillon, composée avec Denis Richard, accompagne les images. Phil Comeau a réalisé plus de 30 documentaires sur l’Acadie.

«C’est viscéral. J’ai été élevé par un père qui était nationaliste. Quand mon père (Julius Comeau) était étudiant à l’Université de Montréal, il était président de l’Association des étudiants acadiens. Il a fondé le Festival acadien de Clare», a confié celui qui a envie de consacrer le reste de sa carrière à réaliser des films acadiens. Il a d’ailleurs entamé un nouveau projet de documentaire sur la musique et le rayonnement des artistes acadiens dans le monde. L’auteur-compositeur-interprète Joseph Edgar en sera le narrateur.