Herménégilde Chiasson: ode à la modernité (VIDÉO)

Comme le chat, l’artiste Herménégilde Chiasson semble avoir plusieurs vies, tant son œuvre est immense. Dans son nouveau documentaire, la cinéaste Ginette Pellerin célèbre le parcours de ce créateur prolifique, passionné d’images et de mots.

Pour clore le 30e Festival international du cinéma francophone en Acadie, le public est convié à découvrir ou à redécouvrir l’oeuvre d’Herménégilde Chiasson; un artiste qui depuis près de 50 ans, s’applique à enrichir l’Acadie contemporaine. Le film Herménégilde Chiasson, de ruptures en contraintes, qui survole la vie de l’artiste, offre un portrait plutôt impressionniste.

«Je crois qu’en Acadie, il n’y a pas d’autres artistes de cette trempe, ayant un corpus artistique de cet ordre-là. C’est gigantesque. En plus, Herménégilde Chiasson a décidé de s’inscrire dans la modernité, de rester ici et de nourrir cette Acadie si chère à son coeur. Je trouve ça important qu’on sorte des vieilleries de la déportation, sans renier notre histoire. Il en parle de l’histoire, mais il s’applique au quotidien à nourrir cette Acadie et à la dynamiser. C’est très courageux et je croyais que c’était important de rendre hommage à ça et c’est pour ça que j’ai voulu faire ce film», a déclaré, en entrevue, Ginette Pellerin qui invite le cinéma acadien a sortir un peu de la nostalgie pour s’inscrire davantage dans la modernité. Plusieurs films ont abordé l’histoire de l’Acadie au fil des années.

«Revenir sur les traces des ancêtres, c’est louable, vénérable, mais pourquoi ne s’inscrit-on pas dans l’actualité et dans la modernité sans toujours revenir à l’an premier. C’est ce que j’ai voulu faire avec ce film sur Herménégilde parce qu’il veut inscrire l’Acadie dans la modernité.»

À l’image de l’artiste, la réalisatrice s’est imposé des contraintes pour réaliser son documentaire, en s’inspirant des 12 lettres du prénom de l’artiste. Chaque lettre ouvre une fenêtre sur son univers. La cinéaste a tourné sur plusieurs saisons.

«L’idée était de faire une célébration du travail d’Herménégilde Chiasson et peut-être inciter les gens à découvrir ou redécouvrir son œuvre. Il écrit avec une élégance extraordinaire et avec beaucoup d’émotion. Je lis ses textes, entre autres, Climat, et j’ai de grandes émotions qui me montent.»

Dans ce documentaire, Herménégilde Chiasson se raconte. Tout en le voyant travailler dans son atelier, évoluer dans sa maison à Robichaud, marcher sur la plage et dans divers lieux de la région de Moncton, l’artiste parle de son parcours d’artiste et de sa démarche. Après plus de 150 expositions, 15 films, une quarantaine de livres et 25 pièces, l’artiste continue de produire. Herménégilde Chiasson s’ennuie quand il ne travaille pas. Pour lui, une oeuvre d’art doit être la plus articulée possible parce qu’il s’agit d’un acte de communication. «Une œuvre d’art c’est comme un rendez-vous avec la beauté (…) et c’est la seule chose qui peut sauver le monde pour compenser à toute la laideur dans le monde», exprime l’artiste dans le documentaire.

On apprend, entre autres, que ses parents étaient pratiquement analphabètes et que l’artiste natif de Saint-Simon a grandi dans une maison où il n’y avait pas de livres, ni images. Or, ses parents croyaient tout de même à l’importance des études et du savoir pour accéder à autre chose. La cinéaste a choisi de ne pas interviewer d’experts ou encore des proches de l’artiste, afin laisser toute la place à son discours. C’est un portrait non conventionnel.

«Je voulais que le film arrive par lui et par des extraits de ses textes. On voulait qu’on s’approche de lui», a indiqué la documentariste qui travaille dans ce domaine depuis 1990. Elle a une trentaine de réalisations à son actif.

«C’est toujours miraculeux de réussir à faire un film. Même si j’ai ma propre compagnie de production, ce n’est pas plus facile. Il y a beaucoup de monde qui présente des projets et peu d’élus.»

Ginette Pellerin a commencé à travailler à un nouveau projet qui portera sur Claude Roussel. Herménégilde Chiasson, de ruptures en contraintes est présenté au Théâtre Capitol vendredi, à 20h. La remise des prix La Vague suivra la projection. Ce film produit par Améri Ka Productions sera diffusé éventuellement sur Unis TV.