Mourir à Scoudouc, 43 ans plus tard

En 1974, Herménégilde Chiasson publiait son premier recueil de poésie, Mourir à Scoudouc, alors qu’il n’était pas prédestiné à devenir écrivain. Ce fut un succès en librairie avec 4000 exemplaires vendus. Ce texte fondateur de la poésie acadienne renaît dans une édition revisitée et rafraîchie, publiée aux Éditions Perce-Neige dans la collection Mémoire.

C’est après avoir lu ses textes en public que des gens du milieu littéraire l’ont encouragé à publier. L’artiste natif de Saint-Simon et ancien lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick se disait d’abord et avant tout un artiste visuel. Poussé par un vent de révolte, une soif de changement et de modernité, Herménégilde Chiasson qui était dans la vingtaine en 1974, livre dans ce recueil une collection de textes qui témoigne des grands thèmes (l’amour, la mort, le désespoir, l’Acadie et les inventaires) qui reviendront dans son écriture que ce soit au cinéma, au théâtre ou en poésie.

«Quoi qu’on fasse pour y échapper, on finit toujours par écrire le même livre en espérant le rendre meilleur et en espérant mettre un point final à une phrase qui ne semble pas avoir de fin», indique Herménégilde Chiasson dans un essai sur la genèse du recueil qu’il a ajouté dans cette édition. Une nouvelle mise en page, des photographies et quelques textes écrits à la main composent cet ouvrage qui sera lancé vendredi.

Le recueil se divise en cinq parties: les poèmes romantiques personnels, les textes d’influences politiques et revendicateurs, des poèmes plus formels et la longue fiction fantaisiste Mourir à Scoudouc où l’auteur se laisse sombrer dans un trou. Les lecteurs pourront relire le poème Eugénie Melanson. Ce classique qui figure dans plusieurs anthologies est inspiré d’un personnage fictif vu sur une photo trouvée au Musée acadien.

«Au fond du musée, il y avait une lignée de photos et il y avait celle d’Eugénie Gallant (qu’il a rebaptisée Eugénie Melanson) et je me suis dit que peut-être que ce qu’on a laissé, ce n’était pas grandiose, mais au moins il y a toujours des Acadiens, on est toujours là comme ces gens sur les photos», a raconté l’auteur qui assistera pour la première fois au lancement de son recueil. Lors des autres lancements, il n’était pas présent. Le livre a été réédité deux fois par des entreprises au Québec et en Ontario depuis sa première parution.

L’auteur estime que ces textes politiques sont encore d’actualité, bien qu’il souligne qu’avec les années, il a articulé sa pensée et son écriture.

Après Cri de terre de Raymond Guy LeBlanc et Acadie Rock de Guy Arsenault, il était tout à fait normal de publier à nouveau Mourir à Scoudouc, considère le professeur de littérature, Benoit Doyon-Gosselin.

«C’est un recueil qui est très fort qui n’a pas vieilli d’un miette, dont certains des poèmes devraient être obligatoires au secondaire pour que les étudiants prennent conscience de ce qui bouillonnait à cette époque-là. La pensée et la réflexion de Chiasson ont certainement évolué, mais en même temps les textes sont encore très forts», a commenté le professeur de l’Université de Moncton.

Le titre du recueil fait référence au film Mourir à Madrid. Bien que Scoudouc soit annoncé en gros sur la Transcanadienne, il était difficile de voir les limites du village à l’époque. Il a voulu ainsi faire une métaphore de l’Acadie qui n’a pas de territoire défini. Le poète présente une vision pessimiste de l’Acadie teintée d’humour noir. Benoit Doyon-Gosselin note, entre autres, la suite aux couleurs du drapeau acadien.

«C’est vraiment à l’opposé de la jovialité et de l’espèce d’extase qu’on retrouve dans la poésie de Gérald Leblanc. C’est comme deux côtés d’une médaille. Il se rapproche dans les thématiques du poète franco-ontarien Patrice Desbiens», a-t-il ajouté.

Le lancement a lieu au Centre culturel Aberdeen, vendredi à 17h.