Une première tournée d’art performance au N.-B.

Les tournées de spectacles sont souvent associées à la musique, au théâtre ou à la danse, mais rarement à la performance artistique. Les artistes Mathieu Léger et Linda Rae Dornan visiteront neuf villes de la province afin de faire connaître cette pratique en arts visuels plutôt méconnue.

Présentée par la Galerie Sans Nom, la tournée appelée PERFform17 qui a pris son envol vendredi à Moncton met en vedette deux artistes chevronnés dans le domaine de l’art de la performance. Linda Rae Dornan, de Sackville, et Mathieu Léger, de Moncton, pratiquent cette forme d’art depuis plus de 20 ans.

«La province finance des tournées en théâtre et en musique, alors pourquoi pas la performance», soulève l’artiste de Sackville qui travaille aussi dans le domaine de la vidéo et de l’installation.

Chacun des artistes présentera une série de deux performances qui se transformeront à chaque escale. Mathieu Léger a l’intention de s’inspirer des éléments du drapeau du Nouveau-Brunswick pour réaliser des actions qui se veulent en quelque sorte des commentaires politiques, des observations sociales et économiques dans la province. Dans l’une de ses performances, l’artiste de Moncton tentera de provoquer une réflexion sur l’usure de l’économie en sculptant une planche de bois.

«Jusqu’où peut-on abuser d’une matière ou d’une ressource pour le bien de l’économie?», questionne Mathieu Léger.

Comme l’art en général, la performance cherche à susciter une réflexion. Les artistes exécutent avec audace des actions dans leur environnement qui peuvent parfois paraître abstraites. L’objectif est d’interpeller les gens, les invitant à sortir de leur zone de confort. Le public devient souvent partie prenante de l’oeuvre.

«Les spectateurs n’ont pas le choix d’être beaucoup plus actifs quand ils observent une performance que quand ils regardent un tableau dans une galerie. Je dis toujours aux gens qu’ils doivent se faire confiance et qu’ils peuvent comprendre ce qui se passe devant eux. Quand on voit un artiste faire une action, il faut arrêter de réfléchir à ce que ça veut dire, regarder les éléments qu’il utilise et se demander surtout ce que cela veut dire pour soi. On n’a pas besoin d’aller avec une grande réponse philosophique», a affirmé Mathieu Léger.

Certains créateurs sont reconnus mondialement pour leur performance troublante, comme l’artiste française Orlan qui a utilisé son propre corps comme matériau pour dénoncer les stéréotypes de la beauté féminine. Linda Rae Dornan trépigne d’impatience quand vient le temps de réaliser une performance.

«Ça vient de l’intérieur. C’est plus fort que moi. J’aime bouger et je suis très physique et les performances me donnent l’opportunité de travailler avec les idées dans un espace. Je suis consciente que ça prend une personne différente qui veut être à l’avant-scène. Ça prend du courage et de l’audace», a expliqué l’artiste qui s’intéresse à la manipulation du langage dans ses performances. Elle mangera, entre autres, une langue en chocolat d’un pied qui révélera petit à petit des images et des icônes de la société. Certaines actions seront aussi diffusées sur les médias sociaux.

Si la performance est une forme d’art plus obscure, c’est qu’il y a peu d’artistes visuels au Nouveau-Brunswick qui pratiquent la performance, notent les directeurs de la GSN, Rémi Belliveau et Annie-France Noël. Les programmes d’art visuels dans les universités de la province n’enseignent pas la performance.

«De plus, il n’y a pas beaucoup d’opportunités pour nos artistes pour présenter des performances. On espère que cette initiative va engendrer un intérêt du public, des artistes et des institutions», a fait savoir Annie-France Noël.

Neuf villes font partie de la tournée qui s’étend jusqu’au 28 février. Après Moncton, les artistes s’arrêteront, entre autres, à la Galerie Colline à Edmundston (26 janvier), à la Galerie Restigouche à Campbellton (2 février), à la Galerie Bernard-Jean à Caraquet (3 février), au Centre culturel Kent-Sud à Bouctouche (24 février). Après les performances, les artistes s’entretiendront avec le public.

Voici quelques «règles» de l’art performance

  • Forme d’art un peu imprévisible
  • Il peut ou ne pas avoir de spectateurs
  • Normalement, il n’y a pas de répétitions contrairement au théâtre
  • Souvent ça arrive qu’une seule fois
  • Ça implique le corps d’un artiste qui fait une série d’actions dans un espace-temps