Les histoires de famille d’Annie-Claude Thériault

Avec un imaginaire profondément ancré au Nouveau-Brunswick, l’auteure Annie-Claude Thériault s’inspire des histoires racontées par sa famille. Son plus récent roman, Les filles de l’Allemand, traverse l’Atlantique de la Péninsule acadienne jusqu’en France.

Roman sombre sur la puissance de l’hérédité, Les filles de l’Allemand (Éditions Marchand de feuilles 2016) trace le parcours de deux jumelles, Rose et Marguerite, qui ont été séparées à l’enfance. Marguerite a été vendue à un cirque par son père, un Allemand rachitique et ténébreux plus habile avec les animaux qu’avec les êtres humains. Les jumelles en seront meurtries pour le reste de leur vie.

Annie-Claude Thériault a été inspirée par une histoire semblable que lui avait racontée son oncle à Caraquet.

«Cette histoire me hantait un peu parce que je trouvais ça tellement terrible. Je ne pouvais pas croire que ce soit véritablement arrivé au Nouveau-Brunswick. Une jumelle avait été vendue à un cirque par son beau-père. Elle a été finalement retrouvée à Berlin (New Hampshire) dix ans plus tard. J’ai voulu essayer d’imaginer un futur à ces jumelles et voir comment elles ont pu survivre à tant d’atrocités», a indiqué Annie-Claude Thériault au cours d’un entretien avec l’Acadie Nouvelle.

Les filles de l’Allemand se déroule à la fois à Lavillette, dans la Péninsule acadienne, et à la Villette en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans son récit où les personnages plutôt atypiques évoluent dans une ambiance sordide, la fable n’est jamais très loin. Cette histoire inspirée des doubles qui s’étend jusqu’au New Hampshire et qui traverse l’Atlantique alterne entre la réalité et la fiction, apportant ainsi une authenticité au récit.

«C’est une belle manière de se réapproprier notre histoire et d’y inclure des clins d’oeil sur des événements dont on a entendu parler», a fait valoir l’auteure.

Il est question, entre autres, de cette histoire de sous-marin allemand dans la baie des Chaleurs, de l’incendie de la léproserie, du champ de tir de Tracadie ou encore d’un déraillement de train. Le territoire de ses ancêtres anime l’écriture de la romancière établie à Montréal.

«Je n’ai jamais vécu au Nouveau-Brunswick, mais beaucoup de membres de ma famille – mes oncles, mes tantes, mes cousins – sont tous là. On est pratiquement les seuls de la grande famille qui sont au Québec. Je passe tous mes étés à Caraquet. Les histoires de famille viennent de là-bas. Tout vient de là-bas, donc ça m’inspire énormément. Je pense que je vais avoir de la misère à me détacher du Nouveau-Brunswick», a poursuivi l’auteure qui travaille à l’écriture d’un nouvel ouvrage qui se déroulera aussi dans la province.

Les lecteurs se souviendront peut-être de sa nouvelle L’abattoir qui avait remporté le Prix de la nouvelle Radio-Canada 2015. À partir de cette nouvelle, elle a développé son roman Les filles de l’Allemand qui a nécessité trois années de travail. Pour approfondir et étoffer son récit, elle s’est inspirée de photographies afin de documenter sa recherche. En lisant ce roman, on constate que l’hérédité occupe une grande place et comment de génération en génération, les personnages répètent un peu les mêmes modèles.

«Même si on n’a pas été élevé par nos parents, on dirait que nos vies ressemblent drôlement à celles des générations précédentes (…). Plus je vieillis, plus je constate que je ressemble à mes parents. Je suis comme eux, je n’ai rien inventé. Dans ce livre-là, c’est plus noir, mais c’est un clin d’oeil à l’importance de la famille.»

Les filles de l’Allemand est le deuxième roman d’Annie-Claude Thériault. Son premier, Quelque chose comme une odeur de printemps, a été couronné du Prix des lecteurs Radio-Canada. L’auteure native de l’Outaouais enseigne aussi la philosophie dans un cégep à Montréal.

«Avant d’écrire un roman, j’ai un réflexe de philosophe ou de professeur parce que je choisis un thème. Dans ce cas-ci, j’avais le thème des doubles et de la filiation. Le prochain livre, qui sera un recueil de nouvelles, portera sur la déchéance d’une famille irlandaise et va partir un peu de la famine de la patate en Irlande», a-t-elle ajouté.

Invitée au Festival Frye, elle sera en visite dans les écoles, en plus d’offrir des ateliers d’écriture et des lectures.